Un sel de poésie


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Tableau d'Hugo Laruelle, Caesar
 
"Pour S."


Voici un sel de poésie, fleur de sel doublement concentrée puisqu'elle touche aussi aux découvertes et abandons amoureux. C'est une forme de célébration païenne du corps et de l'esprit, de l'esprit sauvé par le corps et du corps exalté par l'esprit... 

Par exemple, dans la Grèce antique nombre de fêtes étaient consacrées à tel dieu, tel événement et donnaient lieu à des mises en scène parfois sans pudeur, du moins pour nos regards contemporains et encore figés dans les rets de conceptions judéo-chrétiennes; il y avait alors une vraie célébration de la vie, comme encore quelques rares sociétés aujourd'hui la glorifient... 

Dionysos sur une panthère
En effet, vie, sexualité, amours, ont pu éclore sans contraintes ni peurs à certaines époques créant un véritable espace de liberté, celui de l'Humain pour l'humain. Peut-être qu'autour de l'idée de Dionysos en Grèce, et qu'autour de quelques poètes et créateurs à travers les siècles, qui forment le socle des écrivains de notre culture occidentale, certains ont pu l'approcher. 

Pour revenir au "commencement", les poètes grecs et latins, du moins ce qui nous en est parvenu, de Sappho à Straton de Sardes, etc. nous ont laissé par de courts poèmes, épigrammes et distiques, le goût fascinant de ce monde qui n'a pas été que mythique et où tout pouvait se dire ou se faire comprendre, et où la tristesse et la mélancolie n'étaient pas réduites à jouer les portissols de la dépression, en quelque sorte tout ce qui apparait et brille du sel et des larmes de la terre...

* * *
Tableau d'Hugo Laruelle

Tout s'enveloppe de mystères :
Mon désir à ton corps voué,
Ou le tien à mon corps à terre...
Culte d'amour inavoué...

* * *

C'est l'abandon que je célèbre,
Tes muscles forts et si bandés : 
Poème de peau et ténèbres,
Feu de l'orgueil à quémander...

* * *

Un éclair de plaisir qui passe
Et qui ne reviendra jamais,
L'attente des semaines lasses
Pour un appel au coeur inquiet...

* * *
Tableau d'Hugo Laruelle

Regard où je ne suis plus qu'un objet
Presque effacé, presque déjà sans âme,
Tu es le roi dont je suis le sujet,
A tes genoux, dans les fers et les flammes...

* * *






Quel est ce plaisir démultiplié partout?
Courbes, cuisses, reins, tout d'infini rayonne
Et se perd dans l'absence et le bonheur jaloux
D'être le seuil livré aux joies que tu me donnes !

* * *

C'est un serpent qui sous la peau ondule,
Un frisson parvenu des confins noirs
Du corps ! Le collier qui tintinnabule
Donne à la procession le seul espoir
D'être soumis et de s'en prévaloir...

* * *

Au cuir se mélangent tes courbes
Et ces parfums bombés de sexe;
J'appartiens à tes cuisses lourdes
Et te servir est mon réflexe...

* * *
Tableau d'Hugo Laruelle

Je suis à skin, je suis si lisse,
Qu'un seul collier me lie à toi,
Que tu craches ou que tu pisses
Sur mon coeur tout déperlera...

* * *

Il est un mot "appartenance"
Qui est si fort, qui est si beau,
On y devine un roi de France,
Un Théophile ou un Rimbaud !
Il porte en lui l'âme des roses
Et leur piquant au goût de sang,
Il permet les métamorphoses
Comme il peut effacer le temps !
Il donne à voir un précipice
Où vont mourir tous les regrets,
Il offre un infernal délice
Aux remords devenus discrets...

* * *

La chaleur devient peau humide
Et la pulsion transpiration,
Goût haletant d'un suc acide
Où va grandir mon addiction...

* * *
Tableau d'Hugo Laruelle

D'abord c'est ta voix qui résonne !
L'ordre donné à respecter,
Tout faire pour que tu pardonnes...
Ou châties pour m'en délecter...

* * *

Le noir est plus noir que le cuir
Et que le cri de la souffrance;
Le mal te pousse-t-il à fuir
Ou à chercher ta délivrance?

* * *

A genoux pour l'offrande
Et le soleil droit dans les yeux !
L'éblouissant demande
A être reconnu pour Dieu !

* * *

Le corps est pétale de rose
Et tout se galbe à son bonheur,
Le plaisir arabesque explose
En jouissant sur ces rondeurs...

* * *
Tableau d'Hugo Laruelle

Ligne de muscle et de puissance
Qui a dessiné ton regard?
Je meurs de ce même rasoir
Qui te dénude en innocence... 

* * *
Comme il est amer le chemin de l'abandon...
Je voulais y trouver un vrai corps de lumière,
Et un corps rassasié d'amour et de chansons
Pour éloigner des jours l'absence et la misère,
Et je n'aurai gagné qu'un souvenir, disons
Plus cruel qu'un espoir qui dort dans son mystère... 

* * *

C'est le sel de l'amour, il excite l'envie
De goûter à nouveau au miroir des folies :
Je suis lui, tu es moi, tout se lit, se délie,
D'un mot, d'un vers, d'un regard nu inassouvi...

* * *

Epure, élévation, étreinte
Avec l'immatériel azur,
Tel qu'il était avant l'empreinte
Du soleil dans nos coeurs impurs.

* * *
Tableau d'Hugo Laruelle

Nous ne faisons que nous convaincre
De valoir mieux que tous ceux là,
Qui croisent nos vies, et parfois
Se laissent aimer pour nous vaincre...

* * *







La chair dénudée longuement s'appelle,
Cherche la chair de son plaisir,
Ondulation de plage telle
Qu'elle est le sablier de l'avenir...

* * *

La caresse redessine le monde,
    Comme le souffle du printemps,
Elle part d'horizon et finit en lumière;
Au velours des passions lignes et rondes
Voluptés lentement s'imposent sur la terre,
    Comme le souffle du printemps...

* * *

La peau est l'étincelle des rêves
Qui en reçoit le dessin de l'amour,
Le bonheur s'y étourdit et lève 
Mille obsessions d'appels et de secours...

* * *
Tableau d'Hugo Laruelle

Jour après jour,
J'essaye de survivre,
Mais qu'espérer suivre
Sans un amour?
Jour après jour,
On vit pour sa famille,
On prend mille détours,
Parfois mille béquilles
Pour seul secours!
Jour après jour,
Le temps est une larme
De sang coulant autour
De nos mains, sans alarme
Autre qu'un coeur trop lourd,
Jour après jour...
Les rêves s'effilochent,
Poussière en fond de poche,
Images sans retour,
Jour après jour...
La vie démente 
Prend une pente
Comme un dernier Monet
Tout brouillonné,
Et tout s'efface
Jour après jour
Dans cet espace...

* * *

S'ouvrir au soleil mouillé
Comme une fleur de rosée fraîche,
Coeur démon déverrouillé
A l'impatient goût de pêche...

Atteindre une nuit sans lune
Où tout s'éclabousse de vie,
L'impudence a forme de prune
Aux courbes noires de l'envie...

Couvrir le corps de l'amour
Comme les étangs sous la brume,
L'éternité prend toujours
L'oubli jaune et vert des agrumes...

* * *

textes Jean-Louis Garac

Hugo Laruelle dans son atelier
Je remercie vivement pour son amitié et sa fidélité, le peintre Hugo Laruelle, et vous invite à découvrir ses œuvres et son univers sur son site :
http://www.hugolaruelle.fr/



A lire notamment :
Straton de Sardes, la muse adolescente
Sappho, poèmes
Marguerite Yourcenar, la couronne et la lyre

1 commentaire:

  1. Combien tes mots fragiles, solides peuvent ils à ce point transcrire tes sentiments intenses et les faire partager ? "mieux vaut mourir de ses passions que vivre sans passion" écrivait Saint Augustin . Et toi , comme Hugo , vous pouvez féconder la terre entière même si vous restez à jeun d'amour. J'ai une profonde admiration pour la peinture insolente et lumineuse d'Hugo tout comme ta poésie couleur d'amour à laquelle tu ne pourras jamais te dérober . Merci à tous les deux et à FB qui m'a permis de vous découvrir.
    MFlore

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