DIX PETITS CONS…et plus…


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«Progresser, c’est réaliser des utopies», Oscar Wilde, L’âme humaine sous le socialisme.

Il n’a fallu à priori qu’une poignée de politicards tordus et malsains pour faire gober le Brexit aux Anglais, sans doute pourrait-on trouver très facilement les dix premiers responsables de ce mauvais polar, même si les racines du mal révéleraient bien plus de sbires.

Nous sommes entrés dans l’ère de l’absurdité, du reniement, de la posture, du discours creux alimenté par deux gouffres béants celui de l’inculture et celui de la manipulation par les fake-news. Hier ces manigances touchaient des pays totalitaires, cela faisait peur mais prêtait à sourire, car on se doutait bien que ces pays s’effondreraient un jour ou l’autre, aujourd’hui cela touche directement l’Occident et des pays qu’on n’aurait pas pu soupçonner de sombrer dans le populisme le plus crasse.

Si les États ont souvent montré peu de volonté à appliquer les traités qu’ils avaient eux-mêmes signés, les réseaux sociaux leur offrent l’opportunité de faire adhérer un nombre impressionnant de citoyens qui se laissent engluer dans les manipulations d’informations, les propagandes, et les mensonges et ce d’autant plus qu’ils simplifient à outrance les problèmes et trouvent une tête de turc, institution ou États, pour alimenter la vieille machine xénophobe. C’est sans doute avant même le réchauffement climatique le premier fléau terrestre, et les réseaux sociaux sont un boulet que les démocraties se sont mises aux pieds les empêchant de répondre aux vrais problèmes du XXI°s, et les perdant en chimères et convulsions stériles…

Pour le Brexit, historiquement, l’Angleterre semble avoir commis deux erreurs majeures: celle d’abord d’avoir voulu rejoindre l’Europe (quand elle souffrait déjà depuis des siècles d’un syndrome d’insularité aigu) sans avoir voulu comprendre la philosophie de ce projet commun, car le mercantilisme a ses limites…Puis en second lieu celle d’avoir voulu en partir pour les mêmes et stériles raisons mercantiles qui l’ont initialement poussée à y rentrer, en y rajoutant en plus une mauvaise foi stupéfiante.

Le projet européen était d'abord dans les années cinquante un projet humaniste et démocratique, en concurrence sans doute avec les objectifs du bloc communiste qui en était son négatif, et qui devait servir à réparer les cicatrices profondes de la Seconde Guerre mondiale. Cette «philosophie», renvoyée dans les limbes ou les coulisses de l’Histoire, a cédé le pas aux opportunistes de la finance et des marchés où l’on ne voit pas plus loin que la consommation immédiate, et c’était déjà une erreur que d’abandonner l’esprit et l'âme de ce projet européen comme si la guerre, les destructions, les souffrances, les idéologies mortifères n’avaient jamais existé. Cette erreur majeure tous les pays de l’Union Européenne la portent.

« Le projet d’«union des hommes» que constitue l’Union européenne participe de l’expression d’une philosophie humaniste renouvelée au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Cette philosophie est largement oubliée à compter de la fin des années 1970, perdue, emportée par l’évolution technique et économique, la spécialisation des savoirs, le manque de recul historique des élites nées après guerre et l’ignorance juridique du profane.»

In : La philosophie humaniste de l'Union européenne, Frédéric Allemandu, dans Cahiers philosophiques 2014/2 (n° 137)

Je suis triste, moi qui me sens profondément français et européen, de voir aujourd’hui des pays que j’aime se fermer, car la culture, la mienne, est totalement occidentale, chaque pays s’étant nourri des artistes des pays voisins et ce brassage a perduré durant des siècles pour vraiment s’amplifier à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Que deviendra demain, avec les boulets des taxes, des frontières et d’une forme de totalitarisme économique à courte vue, notre ciel d’étoiles qui couvrait l’Europe?

Au sortir des deux guerres mondiales, des hommes politiques très éclairés, ont voulu réglementer la vie des États de ce monde en proposant d’abord la SDN puis L’ONU. Cette organisation mondiale et tous les organismes afférents, notamment financiers, ont permis une relative stabilité de cette planète bouillonnante dont l'histoire des guerres se perd dans la nuit des temps. Toutefois, comme tout finit par s’user, se distendre et lâcher, on constate depuis quelques années, avec des hommes politiques venant de nulle part, et sans culture démocratique, que tout l’édifice des droits internationaux vacille à nouveau.

Ce qui se passe autour du Brexit n’est pas qu’un phénomène isolé, cela fait des années que l’on se moque des paroles données et des accords conclus ! On dénonce ainsi des accords pris par d’autres prédécesseurs, comme l’accord de Paris sur le réchauffement climatique, on ridiculise la parole d’un État en cassant des traités commerciaux, on renégocie, en usant de procédés peu recommandables, des accords trilatéraux en Amérique du Nord, et si cela ne suffit pas on en rajoute encore par des chantages basés sur de nouvelles taxes. Et en cerise sur le gâteau on construit des murs pour signifier qu’il y a des hommes et des femmes porteurs de tous les maux et indignes de fouler le sol américain…

Toutes ces constructions intellectuelles et politico-économiques, qui servaient à réguler des États, des échanges, des blocs d’objectifs communs, volent petit à petit en éclat sous la poussée d’aventuriers politiques qui ressemblent plus à des roitelets du Moyen-Âge, cupides et félons, qu’au profil idéal d’un homme du XXI°s.

Ceci semble avoir donné aussi de bien mauvaises idées à certains pays au coeur de notre vieille Europe, au sens géographique du terme, où l’Angleterre, bien mal inspirée, se comporte désormais avec la même légèreté que ce pays au-delà de l’Atlantique qui n’en sort pas de ses contorsions raciales, sectaires, homophobes et où la violence habille chaque citoyen d’une couronne de balles et d’un sceptre en flingue, ce qui n’est plus tout à fait l’image de la Statue de la Liberté. On voit également ce que cela donne par ricochet dans les pays qui ont le point commun de la caricature politique comme le Brésil ou la Turquie.

Faut-il rajouter, qu’à côté du non respect des traités internationaux vient s’ajouter la remise en question de certaines lois dans de nombreux pays, et pas des moindres, notamment autour de la question de l’IVG et des moyens de contraception, sans parler des questions LGBT. Le champ des libertés devient ainsi une peau de chagrin, et le respect des libertés de chacun un accessoire que l’on piétine face aux lobbies religieux d’arrière garde. Ces revirements, ces régressions, ces reniements empêchent toute forme d’évolution de nos sociétés face aux populistes qui veulent figer nos moeurs et nos échanges à leur propres intérêts et à leurs lamentables obsessions.

La voyoucratie c’est n’avoir ni parole ni fiabilité, et chercher des objectifs hors du bien commun. Quand l’argent mène la danse, quand l’opportunisme devient un moyen de négociation, c’est en fait toutes les relations économiques qui en pâtissent et la Paix qui en payera un jour ou l’autre le prix fort. Et le monde retourne dans ces eaux troubles…

Cette intoxication de la démocratie accompagnée des spores de la discorde, de la violence, de la bêtise, de l’ahurissement et de la régression via les réseaux sociaux, se répand maintenant partout.

On file tête baissée vers un monde où les accords, les traités, les conventions ne seraient que des chiffons pour un usage de quelques jours afin d’alimenter les réseaux sociaux; la vieille presse écrite, semble s’effacer car plus à la mode, en plus parler de presse signifierait déjà qu’on puisse savoir lire, réfléchir, choisir et se faire une opinion. Or, ici, il s’agit d’un tout-prêt-à-penser, pour quelques heures, animé d’un flot d’émoticônes qui rabaissent l’intelligence humaine à de dérisoires embryons d’émotion. L’humanité tient dans un bocal de poisson rouge.

Il y a de quoi être inquiet à constater cette déliquescence du monde, à assister impuissant à un naufrage, certes partiel, d’un projet européen qui a tant de mal à se retrouver une substance et une prise de conscience commune.

Bien avant toute forme de traités, il existait déjà des liens supranationaux, comme on découvre des courants profonds à des océans qui semblent à jamais immobiles dans le temps. Ces courants étaient ceux de la culture! Poésie, philosophie, sculpture, architecture, science, peinture, musique, et autres forces artistiques ont survécu à des siècles d’inepties politiques, de folies meurtrières, de xénophobies, d’aliénations religieuses, et ces courants là ont réussi à essaimer malgré tout leurs graines de progrès et d’humanisme.

Désormais, on risque un sacré coup d’arrêt à ce chemin commun des peuples qui pouvaient se retrouver autour d’une même culture; c’est un retour en arrière tragique!

Cela demandera de nouveau beaucoup de temps pour ensemencer ce champ des fleurs du savoir et de la création et du rapprochement des peuples, sans parler de ce travail commun, si urgent à mette en oeuvre, pour lutter contre nos propres bêtises face à nos environnements et face à ces Himalayas d’ignorance. Car l’Économie bête et méchante, celle qui a des oeillères et qui est tournée sur le nombril national, connait une force et une popularité immédiates que n’a pas la Culture qui gagne elle sur la durée.

Oui «Dix Petits Cons et plus», à la surface du globe, essayent de tuer nos rêves…il faut de toutes nos forces les en empêcher…

Jean-Louis Garac

 

Notes

https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques1-2014-2-page-15.htm#

https://www.cairn.info/revue-pouvoirs-2004-2-page-15.htm#

https://www.livredepoche.com/livre/la-civilisation-du-poisson-rouge-9782253101253

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_(droit_international_public)

https://www.ouest-france.fr/europe/pologne/droits-des-femmes-la-pologne-va-sortir-de-la-convention-d-istanbul-le-conseil-de-l-europe-s-alarme-6918785

L’article date de fin 2017 mais il n’y a pas eu à ma connaissance de grands changements sur ce sujet : https://www.huffingtonpost.fr/2017/12/05/ivg-et-contraception-le-droit-des-femmes-regresse-selon-le-conseil-de-leurope_a_23297273/

https://www.lepoint.fr/politique/emmanuel-berretta/brexit-l-avertissement-de-joe-biden-a-boris-johnson-17-09-2020-2392425_1897.php

 

 

 

 

 

 

 

 

Régressions


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RÉGRESSIONS


 
«L'esprit de l'homme est ainsi fait que le mensonge a cent fois plus de prise sur lui que la vérité.»
Erasme, Éloge de la folie

«L'ignorance est un crépuscule ; le mal y rôde. Songez à l'éclairage des rues, soit ; mais songez aussi, songez surtout, à l'éclairage des esprits.»
Victor Hugo, Discours d’ouverture du Congrès littéraire international de 1878
 
S'il fallait désigner d'un mot le monde d'aujourd'hui, je parlerai de régression!

C'est le qualificatif de ces dix dernières années 2010-2020 : régression de l'intelligence, du savoir, de la culture, régression du sentiment religieux, régression de la citoyenneté, régression de la pensée et de la philosophie englouties dans le monde des balivernes, des fake-news, des images et des postures, régression de l'homme dans les machines-gadgets qu'il invente et qui finissent par l'engloutir, régression de la vie partout sur la planète, régression de la beauté, régression de l'amour au profit de tous les archétypes et les facilités apparentes, régression de la pensée et du jugement dans les sables mouvants des mots en décomposition dont on ne connaît plus rien, régression de la justice déboulonnée pour laisser place aux attitudes dupliquées à l’infini et aux grimaces aberrantes, régression politique noyautée par l'opportunisme et les pamphlétaires cyniques, régression de l’idée de République, régression de l’humain!

Partout dans le monde l'imbécillité est montée d'un cran : on montre la nature étouffant sous la pollution et on investit des clowns à la tête des pays pour accélérer encore le mal, les villes sont noyautées par des réseaux mafieux et des racailles de tous horizons et on met à la tête de ces communes des débiles qui crachent sur la police, la folie a fait exploser les religions qui avaient pu trouver un point d’équilibre et la vermine humaine s'est répandue tout autour laissant proliférer les paroles de haine, de meurtres, de violences sans fin comme au pire moment des guerres de religions, et l'égoïsme s'est radicalisé au point de provoquer dans son monde de fantasmes toutes les convulsions du complotisme se déclinant en schizophrénie et en névroses multiples. S'agit-il de malveillance ou de bêtise? Parions, sans doute, que la montée de la bêtise humaine et des abrutissements de toutes sortes, comme on le rappelle dans le «rasoir de Hanlon» («Ne jamais attribuer à la malveillance ce que la bêtise suffit à expliquer.»), suffisent déjà à dépeindre notre époque.(1)

 
 
Ajoutons à cela que la notion du temps a claqué dans les esprits comme un vieil élastique. Les fléaux des siècles passés, comme l'esclavage, les colonisations, les conquêtes et les guerres incessantes sont devenus magiquement contemporains!

On fait de l’effacement historique et des brouillards de la pensée une donnée d’une étrange libération, et les libérateurs d’hier sont confondus avec les négriers! On veut tout effacer, tout remplacer, comme s'il était possible de réécrire l'Histoire et de faire fi des évolutions compilées à travers le chapelet des siècles…

Le monde devient un présent sans passé, sans société, sans chronologie, sans explication, sans raison, et sans queue ni tête!

De ce merdier magistral, l'Homme-scarabée n’est plus à l'image du soleil et des richesses de la vie, ou du progrès, il se transforme en bousier triste et acariâtre poussant devant lui des querelles sans fin, des inepties sans nom, et des selfies jusqu'au plus près de la mort. Nous sommes aujourd’hui dans la pyramide inversée celle de la décharge et de l’entassement des ordures et nous croyons être les rois du monde.

Il est curieux de constater qu’arrivées à un certain degré de sophistication, de technicité et de progrès, les sociétés commencent à se déliter, à se fissurer comme de vieux murs, à craquer comme des navires qui ont trop longtemps écumé les mers. Les sociétés se suicident, s’effondrent par pans entiers, se retournent contre elles-mêmes, et se mordent avec le venin le plus puissant qui existe, celui de l’absurdité et de l’obscurantisme.

 
 
C’est le grand paradoxe des grandes civilisations : en même temps que le champs des connaissances s’élargit exponentiellement, celui de l’effondrement sur soi, de la rétractation du jugement touche une large part de leur population, mollement installée dans la consommation et l’utilisation des outils techniques devenus magiques car ces consommateurs ne savent même plus comment ils fonctionnent.

Les oppositions traditionnelles riches/pauvres et toutes les classes sociales sont désormais dépassées par le seuil, bien plus infranchissable, de l’intelligence d’une part, et de la naïveté mariée au crétinisme d’autre part.

Si nos sociétés occidentales tiennent encore elles le doivent à certaines catégories professionnelles qui ont dans leur ADN le sens du devoir, du sacrifice, et la notion d’État de droit, en face elles n’ont que des histrions qui jouent des scènes déjà jouées par d’autres, mélangeant les causes, effaçant l’Histoire, alimentant leur compte Facebook pour gagner le plus de followers possible et faire concurrence aux milliers d’échos d’une même image reproduite jusqu'à la nausée. Ce sont les néo-surfeurs de l’absurde dont le monde se limite à une application, une explication, et un seul mot d’ordre.

La Vérité, si elle existe, se trouve dans les interrogations, dans la recherche, dans le tri des informations, dans la déduction, dans l’humilité, et dans la culture, la vaste culture qui englobe le passé et le présent, et tous les frémissements de la réflexion humaine, de son émotion, de sa compassion, de sa quête de l’autre et du partage, un peu partout sur le globe.

 
Il est significatif de constater aujourd’hui que le doute, les explorations et les approfondissements sont bannis au profit de l’arrogance, de l’affirmation et des jugements sans procès. Tout ce qui a construit l’humain est balayé pour une forme d’instinct nouveau, développé autour de l’Internet, pire poison que tous les virus réunis, qui est celui des tueurs, de la férocité et du besoin d’éliminer l’autre.

Selon la Bible le monde a commencé par une faute, celle de l’arrogance de vouloir s’approprier la Connaissance, et par un premier crime, actionné par la jalousie, qui conduit à assassiner son frère. L’Alpha rejoint l’Oméga et les mêmes causes donnent les mêmes conclusions.




Notes :










LE MONDE À L’ENVERS


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Le monde à l’envers c’est le chamboulement permanent dans tous les domaines : le faux prend la place du vrai, le rictus défait l’honnête, la com piétine les simples faits, le stupide règne sur la raison!

Aujourd’hui, ceux et celles qui sont accusés de vols, de détournements, de fraudes, de manipulations, voire de meurtres, viennent se produire directement ou indirectement dans la grande scène de la vertu blessée, de l’innocence piétinée, du malaise au bord de la crise cardiaque ou du suicide, car bien sûr, et les médias les y attendent, la tragédie criminelle réclame des solos d’opéra et des contorsions qui semblent plus crédibles que la vérité elle-même…

La concomitance de ces comportements à tous les niveaux produit lentement et irréversiblement la dilution de notre Démocratie. A force de vouloir empêcher l’autre, car on convoite uniquement sa place, nuire à l’autre par tous les moyens, refuser systématiquement des résultats d’élections, transformer une réalité en un cauchemar de rhétorique, ou comme par magie faire passer des assassins pour des agneaux égarés, on détruit tous les fondements de notre société, on la délite, on la ruine, on y ouvre des brèches irréversibles, on la réduit en cendres.

 
La récente étude sur les «Fractures françaises en 2019» montre, outre certains paradoxes, un pourcentage élevé de citoyens pensant que la Démocratie n’est plus la meilleure réponse aux problèmes de notre époque! De plus la défiance se creuse envers les politiques, les institutions et les médias. Dans cette étude il ressort également que hier est meilleur qu’aujourd’hui, que le progrès n’est plus certain, et que l’autorité est réclamée par tous…Oui mais, laquelle? On recherche un peu tout et son contraire, et cela souligne l’immense désorientation d’une société, qui doute de tout systématiquement et de façon compulsive, sans jamais que les citoyens, pris séparément et dans tous les domaines, se remettent eux en question via les postures, les fake news et les délires complotistes qu’ils propagent sans nulle réflexion sur le Web.

 
Il y a plus de deux siècles les français prenaient La Bastille, certains de nos jours voudraient imaginer qu’une autre Bastille, numérique ou symbolique, puisse être mise à bas pour le plus grand bien du peuple. Le peuple étant un mot à illusion d’optique il faut bien sûr comprendre qu’il s’agit d’un renversement qui servira les intérêts des faussaires de l’Histoire, des voleurs arrogants et des crapules sans foi ni loi qui aujourd’hui font autorité via les réseaux sociaux.

Là-dessus, comme si le poison extérieur n’était pas suffisant, des juges eux-mêmes commencent à dédouaner des délits et à ouvrir la boite des «motifs légitimes», car si on comprend bien où ils commencent on ne peut pas savoir où ils aboutiront…Rétrospectivement, les agissements des «Brigades rouges» en Italie, doivent avoir eux aussi des «motifs légitimes»?

Personne ne voit donc que le terme «légitimité» ne peut être employé pour expliquer ou permettre tout et n’importe quoi dans un État de Droit? Quand on perd tous ses repères la fin est proche, c’est valable pour un individu naufragé ou égaré dans une jungle, mais c’est aussi valable pour une société toute entière.

La Vème République, si décriée, et pourtant déjà si modifiée, n’est pas un paravent qui cacherait, comme on veut nous le faire croire par une propagande sans fin, le trône des riches, mais bel et bien une forteresse dans le chaos. Un tour d’horizon comparatif des constitutions des pays occidentaux et autres devrait servir déjà à relativiser, voire à éteindre, toutes les critiques névrotiques que l’on accole à nos institutions.

Je conseille vivement d’ailleurs à tous ceux qui décrient cette Constitution de la Vème République, mais qui ne l’ont jamais lue, de l’étudier enfin avec ses préambules et les principes fondamentaux qu’elle dégage. Voyons donc ce que l’on nous propose pour la remplacer et comparons les deux…C’est une farce bien amère que l’on promet aux gens que l’on aura d’abord manipulés comme des marionnettes en peignant leurs idées en rouge ou en brun et en les habillant de jaune, de vert ou des haillons de l’opportunisme.

 
Aujourd’hui l’assertion sans preuve, vociférée sur tous les tons à travers la presse, les chaines d’infos et Internet, sert de justification à tous ces complotistes! On a désormais les mêmes ressorts caricaturaux que les premiers films muets en noir et blanc, avec des postures grandiloquentes, mais avec en plus le son des dissonances, des accusations à tout va et des élucubrations de vieux politiciens malades d’eux-mêmes. Et chaque jour, les mêmes plateaux servent le même plateau de poison et de contorsions médiatiques. Ce guignol permanent sert à déstabiliser, à décrédibiliser, à noyer l’information, et à rendre notre pays encore plus ingouvernable.

Oui il faut accepter qu’une majorité élue définisse une politique à tenir, oui il faut respecter ceux qui ont obtenu un pouvoir grâce à une élection, oui il faut préserver les biens d’autrui, les symboles et représentations de notre République! Soixante sept millions d’individus ne se dirigent pas comme une ville-État, la Démocratie nécessite aussi une conscience citoyenne, une culture politique et non pas politisée, et un respect de tous dans leurs diversités d’appartenance à tels ou tels courants ou partis, dans leurs croyances ou non, dans leur sensibilité, et dans leur sexe. Le comble dans un pays comme le notre c’est de devoir défendre l’évidence et les acquis de nos pères.

Certes on peut toujours mieux faire et il ne faut pas s’en priver dans nos institutions, mais on peut également, si on n’y prend garde, tout laisser détruire du jour au lendemain. Il faut se rappeler les dégradations de l’Arc de Triomphe en décembre 2018! Est-on si éloigné des circonstances qui ont permis l’incendie du «Reichstag» en 1933 ou des déstabilisations en cascades qui ont donné le pouvoir aux «Trente tyrans» à Athènes, jadis? Je n’en suis pas sûr…

Déesse de la Démocratie, inventée et détruite à Pékin en 1989, et reproduite dans de multiples endroits dans le monde...
JLG, septembre 2019



NOTES




https://jean-jaures.org/sites/default/files/redac/commun/productions/2019/0916/fractures_francaises_2019_ok.pdf 



FAKE LIFE


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L'année 2019 m'a fait prendre conscience d'une chose, j'étais vraiment beaucoup trop vieux pour ce monde, j'étais dépassé, inutile, cocasse, incompréhensible, ridicule et insolite comme un hiéroglyphe perdu ou une momie millénaire! Cette année de l'exposition Toutankhamon, à Paris (1), m'a fait comprendre d'un coup que j'étais identique à l'un de ces "objets" de l’Egypte antique, et donc tout aussi étranger au monde d'aujourd'hui.

En effet, j’aime l'espérance, le chemin à découvrir; j'aime les choses qui prennent du sens, qui prennent de l'envergure, du contenu, de la résonance; j'aime ce que l'on construit, ce que l'on édifie, ce que l'on imagine, ce que l'on rêve; j'aime ce que l'on crée et pas ce que l'on détruit. Il est désormais évident que je ne suis plus qu'une momie dans ses bandelettes serrées, dont l'éducation a permis les convictions, un peu comme une tige de lotus avant d'éclore, et loin du n'importe quoi de ces rives du XXI°s.

J’ai cependant un doute, suis-je mort ou est-ce le monde qui est mort devant moi? Est-ce que je pars définitivement au fil du fleuve de la vie en compagnie des mots, des dessins, des musiques et des décors de mes songes ou de mes souhaits, ou est-ce que je vois le monde passer et s'engloutir en partant en fumée, en stupidités, en délires, en violences, en fraudes, en rapines, en médiocrités et en escroqueries sans fin?


Le plus grand casse de notre civilisation, après les gueules cassées(2), ce sont les coeurs cassés, les cœurs brisés, les cœurs en miettes, les cœurs qui ne se retrouvent plus dans ce miroir des hommes à la dérive; mais nous sommes si peu à être des coeurs cassés et si nombreux à être des «loups pour l’homme»(3)…La gangrène de ce monde c’est l’insondable bêtise, l’insondable connerie, l’insondable rétrécissement du jugement des gens sur les moeurs, les évolutions de la société, les défis écologiques, et sur la majorité des problèmes sociétaux, c’est à dire que la réflexion, aidée par la culture, a laissé la place à la suffisance, à l’arrogance et aux affirmations péremptoires. Que dire sur le volet des religions, si ce n’est que les ouvertures imaginées à une certaine époque se sont vite refermées pour continuer dans les condamnations, les anathèmes, les superstitions et toutes les impasses créées par des hommes-dieux sans amour.

Un fait majeur qui caractérise notre époque c’est la «fake news»(4) mise à toutes les sauces et aujourd’hui universellement utilisée par tous, politiciens comme citoyens de n’importe quel horizon. On peut distinguer trois formes de fake news, la première, assez simpliste, tend à réutiliser ou recycler des informations anciennes, parfois très anciennes, qui sont présentées comme des infos actuelles! On ne rappelle pas ici un fait qui s’inscrit dans son histoire, on prend un segment de vieille information pour en faire une vérité d’aujourd’hui. Il y a la couleur de la névrose et le goût du ressassement sans fin dans l’emploi de ce poison imbécile.

La seconde catégorie est l’interprétation basée sur des données fausses ou partielles de notre actualité. Les politiciens en abusent pour créer sans fin des polémiques stériles ou des extrapolations délirantes par un jeu de décalage permanent. Comme les vrais arguments manquent pour déstabiliser un adversaire on attaque en toute malveillance sur des points imaginaires et on organise à peu de frais une sorte de propagande en vue d’empêcher quelque chose, souvent une loi, ou quelqu’un. Le mariage pour tous(5) comme la PMA en restent d’étonnants exemples.



A côté de ce détournement sciemment élaboré, on trouve en pôle position la fake news reine, c’est à dire le mensonge viral absolu créé de toute pièce et dans tous les domaines, scientifiques, politiques, sociétaux! A partir d’images, de vidéos, de documents détournés, ou de délires purs qui ne reposent que sur des affirmations, il y a la volonté malveillante d’intoxiquer le jugement des gens. C’est une propagande nauséabonde qui se répand grâce à la crédulité, l’inexpérience, et surtout la bêtise des internautes et de tous nos contemporains, et notamment grâce à ceux qui n’attendent que l’exacerbation de leurs haines et de tous les rejets qu’ils attisent au fond d’eux-mêmes. Ces fake news trainent aussi leur nef des fous, ceux que l’on nomme les complotistes, qui hantent de leurs convulsions les espaces du web. Ils sont la queue effarante de ces comètes de mensonges qui tournent dans notre monde. Les complotistes inventeront un jour, après la mode des platistes, que la terre est un cube car tous les cristaux sur terre s’assemblent sur un mode régulier mais que nous la voyons ronde car nos yeux sont ronds ou parce que les trous du cul sont rarement carrés, CQFD…



Internet et internement se lient à jamais ! Et on notera que certaines formes de «morale», les plus réactionnaires ou fondamentalistes, surnagent toujours dans ces amas de fake news qui polluent nos cerveaux en essayant de saper à chaque fois l’espace neutre et laïc qui devrait être celui des sociétés occidentales et de leur monde virtuel via Internet.

Il est évident que les propagateurs de fake news attaquent comme les Black Blocs(6) nos Démocraties et font feu de tout bois pour faire vaciller un sytème qu’ils exècrent lui préférant les limbes sinistres de l’Histoire et les désagrégations anarchiques.

Chacun est aussi responsable de cet effondrement humain qui accompagne l’effondrement de la Nature. Il n’y a plus de rencontre, de sociabilité, nous vivons par écran interposé et par fantasme autour de notre image. Dorian Gray(7) n'est plus un cas isolé et littéraire, c'est devenu la réalité de la majorité des hommes et des femmes du monde actuel qui propagent dorénavant le portrait, certes numérique, de leurs médiocrités, avec un petit appareil ingénieux et rectangulaire, le portable, à qui on donnerait toute confiance comme à un assassin sympathique, mais qui finit par détruire lentement tout notre entourage, toute notre vie en société, et tout nous-mêmes. C’est la Xylella Fastidiosa(8) de l’Humanité.

Drôlement, c’est moi qu’on accuse d’être une momie, une chose dépassée, un élément qu’on dégage avec plaisir comme une poussière sur un revers de manche! Pourtant les portraits du Fayoum(9) sont partout sur vos téléphones portables, sur vos applications, vos sites, vos réseaux sociaux, vos profils, ils forment d’immenses cimetières d’images dans les centres de données, ou data center, qui brûlent une énergie folle pour sauvegarder la plus désespérante futilité humaine. Personne ne s’en aperçoit! De plus la contamination de cette dictature de l’image fait que chacun aujourd’hui est convaincu qu’il est exceptionnel dans sa «représentation» et que l’autre n’est bon que pour le suivre (followers), le révérer, le caresser dans le sens de l’image, mais jamais assez digne pour exister en tant que tel, car l’autre doit rester anonyme et à sa place d’ombre.



L’Egypte a créé des images pour faire perdurer la vie après la mort, car la vie était peuplée de dieux thérianthropes(10) proches de nous comme avec le chat par exemple (déesse Bastet à tête de chat), de combats, de défis et de projets pour le bien commun. La pesée des coeurs, après la mort des hommes, révélait leur valeur pour ouvrir la porte d’un au-delà sans fin. Nous ici, nous créons nos propres images pour nous figer dans un présent sans contour ni fondement, nous n’avons plus de projets communs, sauf les défis imposés par nos monstrueuses déprédations, en oubliant que nous fabriquons partout des cimetières de nous-mêmes, des huis-clos étouffants, et que nous effaçons la vie sur la terre comme sur les océans en ne sachant même pas ce que sera demain, notre avenir ici, et notre mort pour l’éternité!

JL Garac, septembre 2019
Notes :








8 https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Xylella_fastidiosa

 
10 http://archeologie.culture.fr/etiolles/fr/glossaire/therianthrope


 

Sur le complotisme :

https://www.franceculture.fr/emissions/mecaniques-du-complotisme


Émission de Martin Weill sur les complotistes, TMC : https://www.tf1.fr/tmc/quotidien-avec-yann-barthes/videos/platistes-et-chemtrails-martin-weill-a-la-rencontre-des-complotistes-97167015.html






PAS MON STYLE...


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montage JLG
 
Il est amusant de noter qu’à une époque qui manque autant de style que de charme, et que de caractéristiques (positives), et que d'intérêt aussi, le mot style soit celui le plus employé par certains pour mettre fin à une discussion autour d’une rencontre possible. Je parle bien sûr d’une discussion via Internet sur des sites de rencontre, car l’Humanité a fait un bond décisif en ce début du XXI°s et ne se parle plus que par messages interposés, et quand je dis « parle » ce ne sont en fait que des morceaux de phrases mille fois employées et des échanges sans fin de photos (pics), sans avoir une rencontre réelle in fine.


Le « style » serait donc devenu celui des stéréotypes dans l’image comme dans les mots. Et quand vous ne correspondez pas à l’image fantasmée, on vous répond désormais : « pas mon style », modulé parfois d’un « désolé pas mon style ». On apprend donc aujourd’hui que la rencontre doit se penser comme une recherche de vêtement ou de meuble, on vous « accorde » comme une cravate, un fauteuil, un tissu. Ce n’est plus une rencontre en réel et dans le présent, car les photos ne sont qu’un moment figé du passé, avec la possibilité de discuter et de faire « parler » son corps, son esprit, et sa façon d’être, ce qu’on appelait le « charme » jadis, cela devient désormais un flash froid et définitif autour d’une affaire de « style », donc de soi vers soi et pas vers l’autre.


Si le mot style en dit long sur la façon de chosifier ou d’objetiser ses contemporains, il met en relief aussi l'énorme bulle qu’Internet aura aussi facilitée, c’est à dire l’ego qui a définitivement pris le pas sur l’intelligence, le savoir ou la Culture, sur le bon sens comme sur la part distinctive qui faisait de l’Homme un être à part avec son « humanité », sa compassion, sa générosité, son élan vers les autres ou son altruisme, et sa façon de vivre et de parler d’amour.

Dans ce monde « magique » et tribal qui est le nôtre, on est passé de l’adoration des Mages à l’adoration de l’Image…de soi…mais on n’a toujours pas tué les archétypes, ni  les miroirs  sublimés, ni les contes à dormir debout, on les a remplacés tragiquement par soi.


Le « style » marque donc une absence, un trou béant, comme les trous noirs interstellaires qui font disparaître toute la lumière autour d’eux. Il est évident qu’une société de trous noirs n’est guère viable, car ce que j’observe au niveau des rencontres se dessine également dans la vie de tous les jours, certes différemment, mais le résultat en est le même que l’on prenne le métro, que l’on fasse des courses, ou que l’on se retrouve face aux collègues d’usine ou de bureau. Le même « style », où l’individu s’effondre sur lui-même en niant l’autre, se décline sans fin.

C’est ce que l’on pourrait plaisamment appeler « une mystérieuse affaire de « style » », mais le criminel est bien vite cerné, le criminel ou plutôt les criminels ceux qui ont encouragé et permis ces dérives, ceux qui ne les dénoncent pas, ceux qui s’en servent déjà pour faire du fric facile ou pour, cerise sur le gâteau, manipuler des marionnettes molles conditionnées pour ne vivre que pour elles. Ces multiples réseaux de rencontre via Internet, ou via les réseaux sociaux les plus implantés, appartiennent bien à des gens qui ont tout intérêt à ce que la plupart des hommes cultivent l’inutile, le consommable ou l’insatisfaction permanente.


Vous croyez vivre libre, vous pensez que vous avez adopté un « style », vous vous imaginez puissant, mais c’est tout le contraire, en fait vous n’êtes que la photocopie de ce que certains médias ont façonné par la mode, qu’un simple consommateur qui n’a plus de recul devant ce qu'on lui propose, que la énième mouture d’un écho repris par les codes du milieu, les musiques planétaires, les images surmédiatisées, et l’approche débilitante de ce rêve de virilité qui n’existe pas; l’homophobie dans les stades de foot en est en quelque sorte son ombre ou son contrepoint.

Ce « pas mon style » est gay comme hétérosexuel, il est jeune comme vieux, il est masculin comme féminin, il est riche comme pauvre, car il est l’étiquette plastique de ce monde sans vie, sans objectif, sans issue, sans rédemption, et sans les puissances et leviers d’avenir que sont la connaissance de la fragilité, l’amour, et le goût des découvertes.


Suite à ce constat, aux diverses lectures et prises de conscience (voir les notes en fin d'article), à mon vécu sur les réseaux sociaux, qui rejoignent totalement ces mêmes dysfonctionnements, je n'ai eu qu'une seule envie : fuir ces réseaux de mort que j'avais fréquentés depuis plus de 10 ans! Ici la monstruosité, cet ego en forme de bête dévastatrice et tentaculaire, se mélange de manipulations sans fin sur l'Histoire, sur la politique, sur les faits de société, et joue à fond sur la crédulité, pour ne pas dire la bêtise et l'inculture, de nos contemporains!

L'inutile côtoie l'absurde, le faux prend le pas sur la vérité, l'affirmation péremptoire sur l'analyse, et les complots sur le bon sens! L'idée d'échanges, de partages, de découvertes a été plombée je pense définitivement par cela, et aujourd'hui ces réseaux sont un précipité empoisonné qui rajoutent au désordre, à la pollution et aux multiples ravages et naufrages de notre monde. Là je peux dire que ce n'est pas « mon style »...

Jean-Louis Garac, septembre 2019


Notes :
« La civilisation du poisson rouge », de Bruno Patino, Grasset
« L’amour sous algorithme », de Judith Duportail, La goutte d’or
« La société du paraître, les beaux, les jeunes… et les autres », de JF Amadieu, Odile Jacob

Également à lire même si plus éloigné du sujet:
« Le nauvrage des civilisations », d’Amin Maalouf, Grasset

Et Différents articles dont:
« L’irruption des réseaux sociaux sur la scène internationale », de Julien Nocetti
« Oui Internet conspire à nous rendre cons, très cons, de plus en plus cons », de Béatrice Sutter, ADN
Etc.





Comment une société peut disparaître….


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«Le biais de confirmation est une erreur de raisonnement récurrente et universelle. C’est le fait de chercher à valider nos croyances plutôt qu’à les tester. On souhaite confirmer plutôt qu’infirmer nos arguments.» Nicolas Gauvrit

La France aujourd’hui est devenue un curieux pays, un pays qui ne correspond plus à l’image qui s’est construite autour de lui au fil des siècles et que la littérature et les arts ont diffusée; et dont bien sûr les grands événements historiques fondateurs, qui ont influencé l’Europe et le monde, comme la Révolution de 1789, ont participé à façonner.

La France bienveillante, tolérante, libre et libertaire, frondeuse et innovante, généreuse et gouailleuse, toujours prête à chanter l’amour et à défendre les grandes causes, inventive et fer de lance dans de multiples sciences, aux savoirs et traditions millénaires, branchée, phare de la mode et de la gastronomie, aux mille terroirs savoureux, aux mille apports culturels et religieux, aux grands courants humanistes, s’est transformée sous nos yeux en une hydre aux convulsions nauséabondes.


Vivions-nous donc sur un mythe? Un mythe partagé, un mythe propagé, un mythe entretenu, un mythe comme un rêve éveillé d’enfant, mais un simple mythe? Il est possible que cela soit le cas, que cette France tenue à bout de bras par des géants comme Hugo, Clemenceau, De Gaulle, n’ait été qu’une prodigieuse incarnation d’un rêve auquel on voulait croire et qui n’aurait vécu que le temps d’un rêve.

Au réveil nous constatons donc de l’aigreur, de la violence pure et dure, de la bêtise, une inculture inimaginable, de l’antisémitisme, de l’homophobie, des racismes multiples, la haine sans borne des riches, un égoïsme sans limite, un rejet de l’étranger, un rejet de tout civisme, un mépris de son Histoire, un mépris de tout ce qui ne pense pas comme soi, une lente et diffuse tentation du meurtre pour assouvir sa vengeance venant d’on ne sait où et allant vers je ne sais quel n’importe quoi.


Les civilisations sont mortelles disait Valéry et il avait bien raison, le lien secret qui unissait chacun des français dans la même vision fantasmée d’un pays protecteur et unique s’est dissous au fil des décennies. Déjà il y a un manque de savoir, de connaissances, d’instruction, c’est à dire une absence de tout ce qui est nécessaire pour constituer un peuple évolué. Or cette maîtrise et ce savoir se sont volatilisés progressivement depuis plus de quarante ans. La plupart des gens ne connaissent plus par exemple la Constitution de leur pays, ni le fonctionnement de la présidence et du gouvernement, ni le fonctionnement de l’Assemblée et du Sénat, ni la structure même de l’État et de ses organismes: Conseil Constitutionnel, Conseil d’État, Justice, etc. sans parler des collectivités locales entre Régions, Départements, Communes, Métropoles etc. Idem aussi pour les institutions européennes, et pour tant d’autres : ONU, OTAN pour n’en citer que deux.

Il suffit déjà de voir comment la maîtrise de la langue, donc des idées, des concepts, de la réflexion et du jugement, est devenue pour beaucoup un exercice impossible. Par courrier, par courriel, par sms et par toutes les publications sur les réseaux sociaux on constate en tombant de haut des inepties grammaticales et lexicales qui font du français aujourd’hui un galimatias où se perdent verbes, substantifs et tous les autres mots outils. On ne sait plus, on ne comprend plus, on ne sait plus se faire comprendre, on confond tout, mais jamais on ne se remet en cause, et on crie à l’insulte quant on parle d’illettrisme…


Un des tournants de cette chute vertigineuse me semble être l’apparition d’Internet et des réseaux sociaux. Car cela a été inventé au pire moment de notre Histoire collective, c’est valable d’ailleurs dans tous les pays. Car au moment où l’éducation, la connaissance et tous les savoirs ont commencé à péricliter, surgirent ces ordinateurs et ces applications pour tous. La facilité de paraître, d’apparaître, de communiquer, d’échanger s’est fait parallèlement avec une forme de reniement de soi, chacun se coulant dans le même moule de l’imitation et des comportements grégaires. L’Homme a disparu pour des duplicatas sans fin, sans forme et sans consistance.

C’était pourtant un outil fabuleux, d’une technique révolutionnaire, mais au service de citoyens dont la plupart n’avaient déjà plus les moyens intellectuels pour s’en servir. Le progrès est ainsi devenu une bombe dévastatrice.


L’illusion d’Internet et des réseaux sociaux, pour ceux qui ont abandonné toute réflexion, a été de leur permettre d’occulter leurs lacunes, de rechercher à confirmer leurs croyances, et de se propulser dans des sphères qui n’étaient pas les leurs. Chacun est devenu du jour au lendemain : économiste, politicien, sociologue, historien, médecin et chercheur, juriste, enquêteur, théologien, et j’en oublie, et chacun s’est fourvoyé comme jamais.

Si dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme «tous les êtres humains naissent libres et égaux», il n’en va pas de même pour leurs connaissances, leur instruction, leur conscience et leur intelligence; et tout mettre au même niveau devient bien problématique. Un simple exemple: il n’y a aucune égalité entre un citoyen lambda qui crie et ameute les réseaux sociaux contre les vaccinations et un vrai médecin spécialiste chercheur à l’université ou ailleurs, et indépendant des industries pharmaceutiques. Le mythe de la connaissance immédiate et spontanée que semblent propager les réseaux sociaux en dit long sur l’effacement de la raison devant la flambée des égos, des postures, et des vanités ridicules.

La grande illusion c’est de croire que chacun peut discuter de tout, argumenter sur tout et faire plier, par le poids des followers ou d’un quelconque mouvement, telle directive, telle préconisation, telle politique, tel constat historique, telle mesure prophylactique! La Vox Populi prend à bien des égards la forme d’une inconscience monstrueuse et d’une imbécilité sans fond.

Les nihilistes, terroristes et anarchistes, qui se sont relookés aujourd’hui en grands manitous des sphères occultes, ont en revanche bien compris cela, ils ont donc investi durablement toutes les plateformes du Net en s’activant comme jamais depuis ces derniers lustres. Car là où il y a de la bêtise, on trouve immanquablement de la malveillance et de la manipulation à foison. Ceux qui ont laissé à d’autres le soin de réfléchir, de comparer, de confronter, de chercher, de choisir, de se poser des questions, ont vite été phagocytés dans les filets invisibles du numérique. Une hydre immonde aux mille tentacules a trouvé avec ravissement son peuple de décérébrés.

La Démocratie vacille quand les citoyens ne deviennent qu’un écho vide des fake-news qu’ils relaient jour après jour. Et ils ne sont en rien aidés par le goût du « buzz », du sensationnel, de l’info-combustible façon usine à gaz qui partout prospèrent sous la houlette de certains médias télévisés ou par le Net! Et il n’y a désormais plus de distance et d’analyse profonde sur les faits qui s’accumulent sous le nez des spectateurs gourmands.


Pour certains internautes, comme pour les visiteurs occasionnels ou avérés de manifestations nées sous l’X des réseaux sociaux, les approximations, les demi-vérités, les mensonges proférés avec un aplomb digne des grandes dictatures, le plaisir de se plaindre constamment, l’ivresse de jouer un rôle et de sortir pour un temps de l’anonymat, la recherche d’une forme de consolation comme d’autres cherchent des paradis artificiels, sont devenus des drogues dures qu’Internet a chimiquement dosé pour tous.

Pourtant, on peut déjà constater que trop de pays ont chaviré politiquement dans la bouffonnerie, et les bouffons amènent toujours à des replis et à des cassures sociétales terribles. Les bouffonneries sont les prolégomènes de heurts plus violents encore entre les États et les peuples, mais la plupart des gens semblent l’avoir oublié.

Avant d’avoir des Droits, il faudrait donc enseigner d’urgence à tous les individus sur terre, aux plus jeunes comme aux plus vieux, que l’Homme a d’abord des Devoirs : déjà celui de s’instruire, celui de réfléchir par lui-même, celui de connaître son Histoire et celle des autres Nations, celui d’avoir de la Bienveillance et de l’Humanité, celui de se rappeler les fondamentaux de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, celui d’accepter les différences dans tous les domaines, celui d’oeuvrer à un monde plus juste et pas seulement à son bonheur particulier, celui de respecter la Nature et les animaux, celui de combattre l’injustice et la démagogie, celui de rompre définitivement avec la violence, celui de protéger la Culture d’où qu’elle puisse venir, car La Culture est la pierre d’angle de tout l’édifice humain et agrège toutes les Cultures du monde, et enfin celui d’aimer et de combattre la haine qui n’est qu’une sale impasse.

Une fois que l’on a acquis et compris tout cela alors, sur tel ou tel sujet, on peut s’Indigner comme l’envisageait Stéphane Hessel, un des derniers grands philosophes de France, car sans ces préalables on ne rencontre que de l’agitation vaine et de stériles débats.



Jean-Louis Garac, décembre 2018.


 
NOTES https://revue-progressistes.org/2016/07/02/comment-avoir-moins-souvent-tort-le-biais-de-confirmation-par-nicolas-gauvrit/

http://www.anlci.gouv.fr/Illettrisme/Les-chiffres/Niveau-national

https://www.inegalites.fr/Les-pratiques-culturelles-selon-les-categories-sociales-et-les-revenus?id_theme=19

https://www.liberation.fr/france/2018/01/08/les-francais-sont-complotistes-mais-ceci-n-est-pas-un-complot_1620874

https://www.franceculture.fr/emissions/le-tour-du-monde-des-idees/le-tour-du-monde-des-idees-du-mardi-11-decembre-2018

https://www.francetvinfo.fr/societe/education/numerique-a-l-ecole/vos-enfants-seront-ils-bientot-incapables-d-ecrire-a-la-main_2641772.html

Illustrations : détails des œuvres de Jérôme Bosch