"Magnifica presenza" de Ferzan Ozpetek ou le jeu de miroir des fantômes...


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Les films de fantôme ne sont pas si courants, enfin les plus réussis, ceux qui marquent leur public, sinon la liste est longue d'environ une centaine de films qui touchent de près ou de loin au phénomène des revenants et des spectres, mais cela ressemble en fait à un filon mal exploité par le cinéma. Je retiendrai pour ma part trois films qui m'ont profondément marqué.
Affiche du film de Claude Autant-Lara "Sylvie et le fantôme"
 
Le premier film qui m'a bouleversé par sa poésie et sa délicatesse, une de mes premières découvertes cinématographiques faites à la télévision lorsque j'étais enfant, est "Sylvie et le fantôme" de Claude Autant-Lara, le deuxième coup de coeur, par la force des sentiments qu'il dégageait, est le film "Ghost" de J Zucker avec son mélange d'humour, de drame et d'amour transcendé, enfin le troisième film que je retiens pour sa beauté musicale est "Le fantôme de l'opéra" d'après l'œuvre de Lloyd-Webber, et puis j'avoue pas grand chose d'autre, sauf peut être "L'aventure de Madame Muir" de Mankiewiecz.
affiche du film "Ghost"
Ferzan Ozpetek à réalisé nombre de films attachants comme "Hamman", "Tableau de famille", "Le premier qui l'a dit", et d'autres films qui ne sont pas sortis en France mais qu'on peut trouver en coffret-DVD et en italien sur le net. Reste que l'addition du surnaturel dans un film demande beaucoup de savoir faire et une histoire bien structurée t argumentée sinon la magie ne s'opère pas...
affiche du film "Tableau de famille"
La maison de Monteverde, quartier de Rome connu pour ses belles demeures, est la maison hantée du film de Ferzan Ozpetek, "Magnifica Presenza". Avec un titre pareil, c'est à dire "présence magnifique", on aurait pu s'attendre à quelque chose de plus puissant et de plus porteur. Mais dans sa dernière œuvre Ozpetek préfère utiliser de petites ficelles qui malheureusement cassent vite. Cela se ressent tout d'abord avec la construction de son premier personnage, celui de Pietro. En fait, son portrait est brossé de façon très légère, on sait qu'il aime cette maison qu'il veut habiter et embellir, mais on ne connait les penchants homosexuels de Pietro que par deux scènes: la première est un clash avec un homme que Pietro a idéalisé au point de ne pas se rendre compte qu'il l'a dégoûté de lui et étouffé au bout de trois ans de textos, emails et appels pleurnichards ! La seconde scène par quelques regards avec un voisin certes charmant mais dont le personnage reste lui aussi esquissé dans le film. Et puis plus rien de ce coté là... Sauf qu'il souhaite devenir acteur et qu'il en rêve en préparant comme pâtissier ses viennoiseries ! Certes on pourra toujours dire que c'est là un idéaliste et que le rêve empiète trop profondément dans sa réalité, mais on a l'impression qu'il manque quelques scènes pour terminer son ébauche.
image du film "Magnifica Presenza"...les fantômes...
Sa cousine, aux traits presque almodovariens, apporte en revanche gaieté et humour, et puis il y a les huit fantômes de sa maison romaine... Huit fantômes, qui sont d'anciens comédiens morts durant la seconde guerre mondiale, période où la mort était tout sauf mystérieuse, qui ne savent plus trop où ils sont et qui doivent connaitre une "vérité", la leur, concernant l'origine de leur disparition et de leur retour perpétuel et fantomatique dans cette maison où ils ont connu à priori leurs derniers instants de vie.
image du film "Sylvie et le fantôme"
La trahison, grand ressort dramatique s'il en est, est l'origine de la quête perpétuelle de ces huit fantômes, mais ils ne le savent pas jusqu'à la fin. On peut regretter l'absence de dialogues plus étoffés, et souligner qu'ils manquent sérieusement de malice et d'intérêt, en fait ils ressemblent à des clowns tristes. Certes je mets à part le personnage du fantôme de l'écrivain qui porte à son hôte un intérêt très charnel et nous conduit à penser que l'amour n'a ni âge ni temps...En résumé huit fantômes qu'on serait tenté de dire en quête de scénario et de consistance, n'est pas Pirandello qui veut.. Car ce ne sont pas les fantômes qui sont flous et diaphanes ici, ce sont les personnages du film...
image du film "Ghost"
Les fantômes ne sont pas les fantômes et les vivants sont peut être déjà morts comme la vieille actrice, chargée si négativement, qui apparaît en conclusion telles les mauvaises reines des fables de jadis. Malheureusement pour eux les fantômes se sont cristallisés dessus, s'inquiétant de ce qu'elle devenait, plombant leur vie spirituelle, et oubliant leur propre route du paradis ! Un peu comme notre Pietro qui avait cristallisé sur son Massimo, et dont je parlais tout à l'heure. Décidément les italiens depuis Pétrarque et Dante connaissent les mêmes maux et fascinations...
affiche du film "Le fantôme de l'opéra"
Mais tout le long du film on a du mal à comprendre où veut nous mener l'auteur, et en quoi consiste le mystère de la mort de ces comédiens fantômes; l'explication qu'on nous sert à la fin du film me laisse un peu sur ma faim. Surtout, la rencontre entre Pietro et les fantômes n’entraîne pas de grands bouleversements dans sa vie ou sa compréhension du monde, elle se résumera en quelques indications gestuelles et désuètes qui le marginaliseront encore un peu plus.
L’intérêt de "Magnifica Presenza" réside peut-être dans une poésie légère qui baigne Pietro, et qui enveloppe ses rêves, ses attitudes, comme lorsqu'il prépare ses petits croissants faits avec amour et qu'il parle fougueusement de ses aspirations ! Poésie qui vibre dans sa volonté à devenir acteur, ses attentions d'un autre âge pour des personnes qui ne sont guère sensibles ni capables de s'investir dans le temps, et ne comprennent plus justement ce "temps" comme on le comprenait il y a un siècle lorsqu'il était encore abondant et fécondant.
tableau de Francis Bacon
Plus que l'histoire de fantômes, c'est le conte d'un garçon sensible, un Ziggy romain, qui n'aurait pas d'âge et se livrerait dans toute sa fragilité et ses rêves au jeu théâtral de notre monde. C'est lui en fait le vrai fantôme...


 

Notes :






 









 

 

Le rideau rouge


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Si le théâtre et le cinéma devaient être associés à une couleur, d'instinct, ce serait au rouge. C’est d’ailleurs par la filiation du théâtre que ce rideau rouge s’est retrouvé dans les salles de cinéma.
Difficile, en effet, de ne pas penser aux teintes de ces grands pans de velours, parfois tape-à-l’œil, dont les reflets pourpres glissent depuis la scène pour réchauffer la salle. Ce rideau rouge est-il le garant du folklore théâtral, un simple instrument daté, ou a-t-il une réelle valeur symbolique et magique ?
En fait , c’est le symbole même du monde du "jeu"; il est le superbe complice de la scène, le gardien d'un spectacle dont il souligne, sans doute, le premier artifice. Il marque le début et la fin de l'illusion, et la fonction dramatique de cette étoffe de velours est bien souvent sous-estimée. Car au-delà de ses aspects décoratifs, le rideau délimite et transcende l’espace du spectacle.
Le rideau rouge c’est la tradition avec son côté solennel, c’est de la pâtisserie à l’ancienne si l'on veut tenter une comparaison gourmande. Mais aujourd’hui, ce rideau tente à diapraître; il est tombé en désuétude, tout comme les décors des théâtres et des cinémas qui se sont envolés également ! Ces lieux uniques se sont fondus dans des salles interchangeables, multiplexes et impersonnelles. L’aspect music-hall et fête foraine qui les distinguait si bien et avait fleuri à la belle époque s’est évanoui.
 



 
Actuellement, on rencontre un dépouillement qui souligne tristement une absence de moyens financiers plutôt qu’un réel choix décoratif. Plus largement, ces changements, au niveau des bâtiments et de leurs espaces, s’inscrivent dans les conceptions linéaires et modernistes développées depuis la fin de la seconde guerre mondiale et théorisées dès le début du XX°s. Seuls quelques architectes poètes, devant cette uniformité glaçante, ont marqué les esprits tels Hundertwasser et Gaudi.
Le nivellement par l’ambiance minimale, le niveau zéro de l’ambiance en quelque sorte, s’est installé partout, broyant les ornements, éliminant les caractères, raréfiant les salles, pour ne produire que des modèles strictement identiques sans particularités, ni singularités qui ne témoignent plus de leur époque, si tant est qu’ils soient arrivés encore jusqu’à nous. On peut toutefois saluer à Paris la renaissance du cinéma le "Louxor", péplum à lui tout seul, dont l’agonie a duré des dizaines d’années…Ce cinéma a eu la chance de trouver des amoureux du 7° art, avec l’association "Action Barbés", qui ont permis à ce bâtiment magique de rouvrir ses portes !
 
 
 

"Pourquoi avoir choisi l’Égypte antique plutôt que Rome ou le règne de Louis XVI – alors fort en vogue dans les édifices de spectacle ? Il y a une raison à cela : le Louxor renvoie à l’un des films-cultes du cinéma muet, « Cleopatra » tourné en 1917 pour la compagnie Fox par J. Gordon Edwards. Non seulement, c’est un long métrage7 qui a marqué la naissance du cinéma en tant qu’art, mais c'est l’un des plus prestigieux, avec un budget d’un demi-million de dollars et plus de deux mille participants. Enfin et surtout, le film a été marqué par la participation d’une des premières grandes stars du cinéma, la new-yorkaise Theda Bara, qui inaugure le règne des vamps et dont « Cleopatra » a été le plus grand de ses succès." Wikipedia
 
Theda Bara dans Cléopâtre
 
A Nice, il existe, et il a existé, de très belles salles, aujourd’hui disparues ou dénaturées en magasin, restaurant ou boite de nuit. C’est le cas de l’exceptionnel cinéma "L’Escurial" où de très belles fresques n’attendent qu’à retrouver une ambiance cinématographique et sortir de l’oubli; seul hic il est transformé depuis peu en supermarché…
 
Dans ce cinéma, les murs étaient recouverts de fresques signées Etienne Doucet. Là aussi, il s’agissait d’une illustration péplumnique qui en faisait un lieu exceptionnel et une œuvre d’art pour le 7° art ! A noter que ce peintre a aussi laissé à Nice, au début du XX°s, d’autres fresques qui ornent une des églises les plus originales de cette ville : "Notre Dame Auxiliatrice", vaste bâtiment qui est une ode à la lumière et à la couleur et qui renoue avec le goût des églises du moyen-âge recouvertes de fresques et décorées jusqu’au plafond pour donner l’illusion du merveilleux et du divin. On ne peut donc que regretter qu’une œuvre majeure de ce peintre, qui reste méconnu, soit bâillonnée de plâtre et dérobée aux regards des hommes pour je ne sais combien de dizaines d’années, avec le risque de perdre irrémédiablement ce témoignage d’une époque…
 


Fresques du cinéma l'Escurial

 
Fresques de Notre Dame Auxiliatrice
 
On peut faire un parallèle avec les salles de théâtre qui ont largement disparus elles aussi, parfois reconverties dans un premier temps en salle de cinéma pour terminer inexorablement à leur tour en garage ou autre commerce. Aujourd’hui la mode est dans la salle théâtrale façon café-théâtre improbable: cave, remise, entrepôt, etc. où le rideau rouge a disparu de même.
Le rideau n’a pas été créé à l’origine du théâtre, ce sont au départ en Grèce des scènes semi-circulaires ouvertes en plein air. Le rideau apparaît plus tard à Rome, avec des théâtres plus évolués. Cependant, en fonction des profondes mutations de la civilisation européenne et chrétienne, c’est patiemment par la lente réinvention du théâtre, et par sa lente indépendance vis-à-vis du domaine sacré que l’on est revenu vers le XVI°s, notamment en Italie, aux fondamentaux: un espace en forme de U, sur plusieurs niveaux, une scène et un rideau rouge !


Exemple de théâtre romain

 
L’émergence de l’opéra s’est fait aussi à la même époque. Cet écrin à la représentation théâtrale a fini par gagner toute l’Europe. Le rideau jouant le rôle des rideaux d’une immense fenêtre, délimitant l’espace réel de l’espace inventé livré aux spectateurs. De façon intuitive peut-être, il ouvrait un espace et une fenêtre comme le fera bien plus tard le cinéma, la télévision et les écrans numériques. Certes le rideau rouge, crée de la distance, mais tout en soulignant l’intérêt de ce qui va être révélé, de plus il habille les lieux, il est en soit déjà une invitation au déguisement par le goût de l’étoffe qu’elle soit en trompe l’œil fait en carton peint, suggérant l’illusion théâtrale, ou en lourd tissu de velours.
La couleur rouge est sans doute une des couleurs préférées dans le monde. Elle apporterait le bonheur et elle est associée au domaine royal et divin depuis l’antiquité! Elle est passion, sang, élégance, et rouge comme la chair, vérité intime ! Une simple touche de rouge suffit parfois à donner une âme à un tableau et à animer l’ensemble ! Notre rideau rouge était en quelque sorte le manteau de l’allégorie du théâtre et du cinéma, nous invitant à rentrer au sein même d’un parcours poétique, philosophique, initiatique, ludique et tout simplement humain.
 
Notes
 
Blog de l’association Action Barbés : http://actionbarbes.blogspirit.com/tag/louxor
 
Opéra - En 1598 , Jacopo Peri joue son œuvre "Daphne" au Palazzo de Jacopo Corsi. Cette œuvre est considérée comme le véritable premier opéra, suivant les objectifs que s’est fixée la Camerata.
 
Cinéma- le 28 décembre 1895, les frères Lumière organisent au Salon indien du Grand Café à Paris, une projection publique payante des premières images animées (L'Arroseur arrosé, Le Repas de bébé, La Sortie de l'usine Lumière à Lyon).

PEAU DE ZOB ou "LA PIEL QUE HABITO" film de PEDRO ALMODOVAR


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Les informations alarmantes sur la "violence sexuelle" prennent de plus en plus de place dans nos vieilles sociétés : les faits divers rapportés par les médias font frémir, comme les séquestrations sur des dizaines d'années ou l'incroyable déchainement de fureur des assassins face à leur victime.

Là dessus se pose immanquablement les questions de la prévention et surtout celle du châtiment quand le ou les coupables sont arrêtés. Combien de temps vont-ils rester en prison? Peut-il y avoir une sortie de prison anticipée? Le jeu des remises de peine peut-il les concerner? Que faire avec les récidivistes? etc.

Cette violence au quotidien, devenue presque banale, qu'elle soit sexuelle ou crapuleuse, a fasciné les écrivains et les cinéastes ! Ainsi se sont développées des oeuvres en nombre impressionnant depuis un siècle : Conan Doyle, Agatha Christie, Georges Simenon, Alfred Hitchcock en restent les plus beaux fleurons et symboles, sans compter les mille et une séries télévisées qui se nourrissent de cette soif du crime, du juridique et des criminels...

Dans ces derniers cas c'est peut-être une forme de "catharsis" touchant via la télévision des millions de gens, car justement le criminel est toujours découvert dans ces oeuvres de fiction, à l'inverse de la réalité où les "petites cellules grises" des professionnels luttant contre le crime sont souvent bien insuffisantes pour établir les faits et arrêter les coupables.

Catharsis d'autant plus appuyée quand il s'agit d'une série comme "Dexter" où le héros est un "noble" criminel, et nous sert en quelque sorte de défouloir, car il ne tue que les méchants ! Une sorte de Zorro ou Batman ou Spiderman plus jusqu'auboutiste en quelque sorte et sans costume particulier...

Pedro Almodovar avec "La piel que habito" livre un nouveau film qui ne peut laisser indifférent parce qu'il soulève un grand nombre de questions et nous met mal à l'aise devant l'enchaînement des mécanismes psychologiques mis en oeuvre.

Un chirurgien, joué par Antonio Banderas, avec sa fille, fragile mentalement, assiste à une soirée. Cette fille et un jeune homme se sont remarqués dans l'assemblée et sortent dans le parc flirter. La scène capitale qui suit entre les deux jeunes gens ne ressemble pas vraiment à un viol, mais plutôt à un moment d'incompréhension et de peur réciproque.

Le personnage de Vincente au bal...maudit...

Pourtant, le père va croire à un viol en récupérant sa fille allongée au pied d'un arbre et en voyant le jeune homme fuir. La jeune fille, qui à la personnalité déjà vascillante, va s'enfermer dans son monde et finira par se suicider. On peut supposer toutefois, qu'il y ait eu cet incident ou non, que le personnage se serait suicidé de même, le suicide apparaissant comme le but secret et inévitable de ces êtres fragiles, quel que soit le motif déclencheur quand on en trouve un.

N'ayant pas assisté à la fameuse scène entre sa fille et ce jeune homme, le père interprète les indices trouvés comme des preuves du viol. Sa fille se retranchant du monde il ne peut pas non plus avoir avec elle d'explication. Quand il enlève et enchaîne le jeune homme (Vincente) il ne cherche pas non plus à savoir les circonstances exactes de ce qui s'est passé, il n'y a nul dialogue et les questions effrayées du jeune homme tombent dans le vide. Le père ne parle pour ainsi dire jamais. Le rôle de justicier est ici un rôle muet, il faut dire que toute cette histoire est plus que périlleuse car la haine empêche toute forme de réflexion ou de remise en cause et emmure l'esprit dans une "vérité" qui devient une obsession et une idée fixe.
L'équipe du film au festival de Cannes 2011

Le châtiment du jeune homme sera une vaginoplastie! Ce n'est plus ici la Loi du Talion mais une vengeance exponentielle qui traduit la folie, la férocité et le mal être du soi-disant justicier... Le Pauvre Vincente va devenir Vera. Je souligne au passage que ce prénom signifie "foi" et effectivement ce personnage va garder sa foi jusqu'au bout puisqu'il arrivera à se libérer.

En français comme en espagnol "Vera" fait penser au mot "verrat" (porc) et "verraco" (par apocope), ce qui n'est sans doute pas gratuit car il ne faut pas perdre de vue que le chirurgien travaille à une nouvelle création de peau artificielle pour les grands brûlés obtenue par manipulation génétique entre des cellules humaines et des cellules de cochon... Transgénèse interdite d'ailleurs par le code déontologique de la bioéthique semble dire un autre personnage du film (?), mais bon à ce niveau les lois sont souvent dépassées avant que d'apparaître et des coeurs de baboin ont bien été à une époque transplantés sur des humains...

Une des idées clefs de ce film c'est la fascination de l'image: la haine du chirurgien se mue en attirance quand l'image de la femme efface progressivement l'image du jeune homme, et vient peut-être rappeler en plus l'image de sa fille ! A côté des crimes et perversions en tout genre, le dernier volet du triptyque moderne qui caractérise nos sociétés est montré avec ostentation : culte est rendu à l'image capable de changer l'insipide en passion, la haine en amour, l'eau en vin en quelque sorte !
Mythique image de Vénus par Botticelli

Le film manque cependant de clarté. On a un peu de mal à reformer l'ensemble du puzzle de cette histoire et on comprend moyennement qu'il y a eu une rencontre avec le demi-frère du chirurgien et Véra, et que cette dernière, en plus des tranformations infligées à son corps, a eu un accident de voiture et s'est retrouvée gravement brûlée. Le chirurgien créant une nouvelle peau à cette occasion, d'où le nom du film.

Tous ces rebondissements laissent rêveur quant au calvaire physique, moral et psychologique de ce personnage sequesté et métamorphosé en femme.

Le vrai monstre dans tout ce film c'est bien le chirurgien-fou qui comme le docteur Moreau (cf "L'île du Docteur Moreau") capture ses victimes et en fait ses cobayes.

Ces personnages de "créateurs" foisonnent en littérature, on en trouve en effet un grand nombre qui, ayant perdu la raison, sont devenus amoureux de leur créature; ici la règle est respectée. Le chirurgien est subjugué par Véra au point d'imaginer d'en faire sa compagne.
le chirurgien admirant sa créature sur un écran géant !

Ce film à l'atmosphère étouffante dépeint une peau de chagrin affligeante, celle de la liberté et de la justice, au profit d'une monstrueuse montée de haine et de perversion, dominée par la déesse IMAGE qui peut tout modifier. C'est en quelque sorte le conte de "Peau d'âne" inversé de notre XXI°s. ou une peau inhumaine habille nos fantasmes... de plus ici c'est une peau de zob que l'on pert : le crime sexuel fige et castre à la fois.

Antonio Banderas avait joué plus anciennement dans un autre film d'Almodovar "Attache-moi", à croire que le réalisateur voit en lui le prototype d'un séquestreur idéal...

Antonio Bandeiras

Cité dans ce billet :


Notes :






Le triple « k » ou l’inénarrable film « The killer condom » d’après Konig - (Kondom des Grauens)


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Alors que l'univers baigne dans une hétéro-pride sans fin avec des pics himalayens comme celui du mariage princier de Kate Middleton et du prince William, alors que la ville de Nice n'en finit pas de refaire ses façades parce que tout le monde le sait la façade c'est l'élément essentiel du Sud, peu importe ce qu'il y a à l'intérieur (et les gens ici sont comme leur façade), alors que la grisaille s'installe sur cette terre entre pétage de câble des hommes et craquage de croûte terrestre un peu partout (en prime-cerise sur le gâteau : nappage de tsunami et irradiations), il est bon de se réfugier dans un lieu encore convivial, encore intéressant, encore humain, et encore hautement coloré : le festival du film niçois Gay et Lesbien In&Out des Ouvreurs !

Bravo à leur équipe, à leur performance, à leur originalité et à leur inventivité, et à leurs jolis modèles qui tels des icones se sont retrouvés torse nu et peints devant l'adoration de leurs fidèles lors de la séance « The Killer Condom » du dimanche de Pâques au cinéma Mercury! Ces icones n'auraient pas déplu d'ailleurs au grand amateur d'art grec que je connais et qui partage sa vie entre Paris et une île en mer Egée ! Ce romancier regrettait récemment de ne pouvoir assister aux fêtes pascales orthodoxes... Mon cher Olivier Delorme, il fallait venir à Nice, c'est déjà plus près !

Ralf Konig
Devant le front international de cette hétéro-pride orchestrée, les films proposés nous ont ouvert un espace de rêve, de réflexion, de culture, et de "Rire" ! Oui de Rire, enfin mis à la place de choix qui lui revient et qui est restée malheureusement vide depuis si longtemps dans cette société de l'hétérocrise-fistéco-mondialo-fuckée!

Ce Rire merveilleux, héritier de Dionysos, nous le devons au film « The killer Condom », réalisé en 1997 en Allemagne par Martin Walz et très peu connu en France, sauf via la BD du célèbre et drôlissime Ralf Konig, dont le film s’inspire.

C’est en effet une gigantesque farce, jouée de main de maître par des acteurs géniaux dont Udo Samel (inspecteur Luigi Mackeroni), Marc Richter (gigolo Billy), Leonard Lansink (Babette), ce dernier d’ailleurs atteint un véritable sommet d’hilarité dans le rôle du travesti Bob Miller dit « Babette » et il rappelle l’immense acteur français Denis D’Arcangelo ; son cousin germanique en quelque sorte!

Leonard Lansink
Parodiant les univers des commissariats tels que les séries américaines ont pu les immortaliser, je pense à Kojak notamment, ou les sombres histoires de savants kidnappés comme dans les James Bond et Fantômas, l’histoire délirante s’ancre dans un bordel qui est le lieu central de cette histoire et qui offre de savoureux et truculents portraits … C’est du néo-expressionnisme allemand !

Dans ce monde infernal, la capote qui sauve se transforme en capote qui tue ! Tout cela parce qu’une femme médecin, atteinte d’une mysticismite aigue, veut éradiquer la fornication sur cette pauvre terre et sauver l’honneur de Dieu en tuant les fornicateurs…à la racine ! Mais voilà c’était sans compter sur la force de l’amour, car l’amour gay sort grandi de cette histoire, et sur la détermination de tous ceux qui veulent sauver leur bite ! L’égérie castratrice terminera donc sa vie comme un condiment dans une marmite de condoms voraces…

L'inspecteur et le jeune prostitué
Cela nous vaut in fine un passage extraordinaire avec un moment unique, sur l’amour et l’acceptation des différences, défendu par l’inspecteur Mackeroni, enfin touché par la grâce, et qui s’inspire sans doute du discours humaniste de Charlot à la fin du film « Le Dictateur »…

Le plaisir d’une telle œuvre est difficilement mesurable, tellement cela fait du bien d’être porté par le rire, mais pas un rire bête et méchant, un rire où éclatent la malice, l’irrévérence, et le désir de vie de tous ces personnages qui sont bien plus épais qu’une feuille de BD !

On se prendrait presque à imaginer à la fin du film, comparant les rares exemples de ce genre de cinéma, qui soit dit en passant honore l’imagination humaine, ce que pourrait produire la rencontre de ces capotes tueuses avec l’attaque d’une Moussaka Géante par exemple…

Mon cher Dionysos permet à des Ralf Konig pour les BD, à des Martin Walz, à des Panos Koutras, à des John Cameron Mitchell pour le cinéma, à des Jean-Luc Revol pour le théâtre, et à des auteurs moins connus comme « A.S. Steelcock » (édité chez H&O), et à tant d’autres que j’oublie, de nous donner notre Rire quotidien, si précieux, si rare et si reconstructeur aussi !

Cité dans ce billet :



NOTES & LIENS

A noter que le dvd du film « The killer condom » n’est pas sorti en France.







"The kids are all right", film de Lisa Cholodenko


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Vient de sortir en dvd le film « The kids are all right », qui a obtenu 2 Golden Globes dernièrement (voir notes à la fin). En quelques mots ce film est présenté comme une agréable comédie, genre que les américains réussissent plus ou moins en fonction du nombre de « clichés » qui assaisonnent leur savante composition quasiment chimique : à savoir un peu de « scabreux », un peu de « romantisme », un peu de « convenances », un peu de « prêt à penser », un peu de « happy end »…

L’histoire est celle de deux femmes de la cinquantaine, aux prénoms très féminins (Nic et Jules) vivant en couple et ayant eu deux enfants par insémination artificielle d’un même donneur de sperme anonyme : une fille de 18 ans et un garçon de 16 ans (Joni et Laser). Or le garçon, en connivence avec sa sœur qui a atteint sa majorité, veut découvrir son géniteur. En retrouvant le dossier médical et le centre où l’insémination a eu lieu, les deux ados vont demander les coordonnées de leur père. Aux USA cela semble très simple : le jeune adulte en recherche du père fait une demande au centre concerné lequel demande au donateur s’il veut ou non communiquer ses coordonnées et sortir de l’anonymat, et le tour est joué !

M Ruffalo, jouant le rôle de Paul
Le père (Paul) n’est rien d’autre qu’un autodidacte qui cultive ses légumes bio et qui a ouvert un restaurant. Simple, attachant, pas compliqué, un peu héritier des babas cool des années 60-70, c’est un éternel célibataire qui semble bien dans sa tête, ses bottes et sa bite !

Ajouter à cela que le couple lesbien semble battre de l’aile, déjà imperceptiblement, l’une boit et l’autre ne trinque pas encore…On les voit ainsi dans leur vie de tous les jours, l’une au foyer, l’autre chirurgien affirmée et portant culotte, manageant les deux ados atteints l’un comme l’autre d’une inexpressivité pathétique pour leur âge. C’est que le film, dont le scénario est mince et les personnages peu fouillés, ennuie passablement : manque de rythme, manque de dialogues originaux, manque d’épaisseur psychologique, et surabondance de clichés pour faire « in », dont la fameuse scène du broute-minou entre les deux protagonistes en couple qui ont besoin d’un film porno gay et masculin pour arriver à se détendre et à jouir…

Le généreux donateur de sperme (Paul) va s’avérer être un type sympa avec ces deux « enfants » qui lui tombent du ciel : s’intéressant à eux, les invitant, partageant des moments de loisirs et de découvertes. De même, il sera ouvert et cool avec ce couple de lesbiennes…Lequel d’ailleurs finit par représenter une forme de « norme » ou de « référence » familiale par rapport à la vie d’hétéro-patachon de Paul jusqu’ici uniquement comblé par une métisse pulpeuse et des légumes gorgés de « bio ». Quelque part on repositionne le curseur de la « normalité », et c’est certainement le seul intérêt malicieux du film.

Julianne Moore, joue le rôle de Jules 
Mais ce personnage va vite succomber aux charmes d’une des deux femmes (Jules) qui s’occupe des plantations non comestibles de son jardin. Et de façon sincère semble-t-il, il ne voudra plus courir plusieurs levrettes à la fois !

Il n’en fallait pas moins pour créer l’intrigue et le petit imbroglio sentimentalo-guimauve de ce film, avec comme ingrédients : deux jeunes adolescents apparaissant du jour au lendemain dans la vie de cet éternel homme-ado qui a tout réussi sauf sa vie sentimentale et paternelle, un couple lesbien au bord de la crise de nerfs dont une des deux femmes va incarner momentanément le fantasme hétéro d’une mère-amante-épouse.

Annette Bening, joue le rôle de Nic
Bien sûr, l’autre partenaire du couple (Nic) découvre par hasard des cheveux de sa dulcinée dans la salle de bains de Paul (un peu dégueu tout de même vu le standing ambiant) ouvrant la voie à l’incontournable scène de ménage et à la séparation de corps…

Ce qui est amusant c’est de voir que les clichés gays et lesbiens sont aussi indigestes que les clichés hétéros. En effet, ce petit couple formé par Nic et Jules, concentré sur son bonheur bourgeois, me semble aussi terne et triste que peut l’être un couple hétéro sans aura ni dimension particulière. Quant aux enfants, axés sur leurs petites vies de consommateurs de bien-être et leurs problèmes d’identité et de sexualité naissante, ils me paraissent aussi insipides que n’importe quel gosse sans enthousiasme de famille hétérote.

Comme le couple lesbien est copié-collé sur les modèles de couples judéo-chrétiens et hétéronormés, comme dit si justement Madame H*, il n’y a pas de place pour une sexualité plus libre, plus assouvie et hors de l’obligatoire sentiment de « culpabilité » que l’on veut à tout prix lui attacher comme un boulet.
Une scène du film avec les deux adolescents

Mark Ruffalo incarne un personnage (Paul) qui attire comme je le disais la sympathie parce qu’il est simplement humain, ne se prend pas la tête et cherche à vivre au mieux ses rêves et son désir. Ce sera néanmoins, dans ce contexte « puritain » et coincé du cul, celui qui va payer et qui va devenir le bouc émissaire : rejeté à la fois par les deux enfants qui l’ont recherché sans trop comprendre les risques d’une telle recherche et rejeté en plus par Jules qui après s’être bien amusée, après avoir mentie sans vergogne auprès de son Jules bis, retourne la foufoune basse dans le mamelon familial.

L’épisode du film gay dans la chambre de Nic et Jules est un peu le symbole du film, l’homme y apparaît comme un sextoy en images ou en réel, et quand l’amusement se termine il est rangé et oublié. Le cocon se referme sur les 4 personnages de la famille Nic, Jules, Joni et Laser, qui ne sont même pas en quête d’un peu d’authenticité et de naturel. En regardant ce long métrage, on comprend le mot de Gide : « Famille je vous hais »…

Deux seules questions « dérangeantes », posées par le jeune Laser, donnent un peu d’intérêt « dramatique » au film et à son contexte : « ça t’a rapporté combien de donner ton sperme ? » demande-t-il à Paul, et en interrogeant ses deux mères : « Pourquoi regardez-vous des films de cul gay ? ». Dans l’un et l’autre cas les réponses sont bien maladroites…

Une autre scène du film, en famille
Sur le fond de la recherche de soi, de ses parents, le film ne dit rien, car ce n’est qu’un prétexte de comédie très superficielle utilisant des ressorts passe-partout. Sur le couple lesbien le film donne en revanche le sentiment d'une sacrée caricature qui à mon sens finit par nuire au propos initial. On se demande bien pourquoi deux Golden Globes ont été attribués à ce film, un pour la comédie et l’autre pour l’actrice Annette Bening (Nic), un besoin sans doute commercial de primer quelque chose estampillée « LGBT »…

Golden Globes 2011




Best Motion Picture, Comedy or Musical

The Kids Are All Right


Best Actress in a Motion Picture, Comedy

Annette Bening

Julianne Moore (nominée)