"Je suis la nuit, toujours, et l’aube qui se lève !", recueil de poèmes Jean-Louis Garac


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Initialement, je souhaitais mêler poésie et peinture à la première partie de ce recueil de poèmes; et plutôt que d'écrire de la poésie sur des tableaux déjà existants, ce que j'avais déjà fait par le passé de multiples fois, j’ai proposé à un peintre que je connaissais de créer des tableaux autour de ces textes.
 
Cependant, ce projet qui semblait avoir rencontré son «artiste peintre» n’a in fine jamais vu le jour!
Ce peintre a continué sa route et moi la mienne et quelque part tout compte fait je le plains d'avoir perdu un ami qui s'intéressait à ses œuvres et qui avait pu le considérer comme sincère dans ses créations...
Mais il faut continuer à marcher droit devant pour parcourir ce monde étrange. Au recueil initial de 16 poèmes, écrits autour de 2014-2015, j’ai aussi rajouté des poèmes plus courts, de 2013-2014, qui n’ont plus besoin aujourd’hui de leurs anciennes illustrations.

JL Garac, janvier 2018.


***

Tout revient au ciel d'or où se berce le monde :

Le souvenir d'amants comme les jours anciens,

Cet hier de l'enfance et ce pourquoi demain,

Enveloppés de mots que le mensonge sonde.

D'un côté l'infinie éternité qui va

Se détachant de nous atteindre Dieu lui-même,

Et puis ce bref combat, étincelle qui aime

Mettre le feu aux poudres des univers las...

J'ai appris à laisser tomber les feuilles mortes,

A n'être qu'un instant compilé à jamais,

A sentir sous mes doigts comme roses de mai

Le parfum du plaisir qu'un seul poème emporte.

J'ai compris que le temps devenait mon allié,

Que tous les morts pour rien un jour prenait mémoire

Et sous couvert d'oubli d'une éphémère histoire

Revenaient dans nos cœurs sûrement se lier.

***

Peuples qui marchent, qui bataillent,

Vous n'avez pas vu l'horizon;

Vos regards ont cherché la faille

Comme on cherche une trahison

Dans le regard de l'autre...Vaille

Que vaille on a pris ce poison;

-Vous n'avez pas vu l'horizon...

La haine est un système en berne,

La mort se découpe à la mort;

Que d'incroyables balivernes

Ont fait gober par ce ressort !

Sentez la peur qui nous gouverne,

Brûlant la vie sans nul remords !

-La mort se découpe à la mort...

A l'avenir le monde arrive,

Et le partage est infini !

Les guerres tombent sur les rives

Où l'océan d'éphanie

Transmue le sang en force vive,

En chants d'espoir, en poésie !

-Et le partage est infini !

***

Se retirer parmi les fleurs,

Parmi les amis des poètes,

Laisser infuser le bonheur

Comme rayonne un soir de fête,

Un soir d'écho qui nous entête

De mots perdus et de mots fleurs...

Plus que désir ou que passion,

Plus que d'ivresse ou de tristesse,

Te voilà collée d'impressions

A l'ombre des hommes; délaisse

En nous, liqueur des obsessions,

Fort d'alcool de mort et de vie,

Le goût de la mélancolie...

***

L’amour propre tue salement,

Jusqu’au dessin du sentiment.

La fleur d’aimer y sèche encore,

Que le souvenir nous dévore

D’un regard pleurant dans le temps !

Il faut jeter nos vieux réflexes,

Le fatras des codes, des textes

Qui lient notre vie au malheur ;

Aimer ne connait pas la peur,

Ni les placards maudits du sexe.

L’amour est de tous les pardons,

Mariage d’aube et d’horizon !

Quand il commence il se termine,

A son oméga il culmine,

Et tient au cœur d’une chanson !

Devant lui tout est inutile :

Passé, famille et biens futiles

Qui empoisonnent le présent.

Au milieu de tout ce néant,

L’amour nous donne un droit d’asile !

Il est comme un espace en fleurs,

Tesson d’infini, de candeur

Qui accepte tout de nous-mêmes

Comme tout pour ceux que l’on aime,

Par miséricorde et bonheur !

***

Danse mon arlequin,

La scène est vide,

Car les trop longs chemins

Laissent languides;

On peut jouer l'extase

En quelques pas,

Imaginer les phases

De nos combats,

Paraître à l'unisson

Du monde avide,

Et pirouette à frissons

Tomber lucide;

On peut prendre une pose

Même sans toi,

Ivre au fond de l'hypnose

De son cœur las...

Danse mon arlequin,

Tout est suicide,

Tu peux tendre la main

Au vent torride,

Il n'emportera souple

Qu'un corps déçu,

Simple écho de ce couple

Qui ne vient plus...

***

De ta vie je ne connais

Que des images de nus,

Un sourire dont je sais

Peut-être l'espoir perdu...

Une jeunesse-jouvence,

Aux parfums de ta peau fraîche

Que je goûte de la France:

Mythe et fruits d'or comme pêche!

Le soleil des dvd

Est californien je crois,

De pouvoir y accéder

Est déjà un rêve en soi...

L'infinie joie de tendresse

Vole léger sur ta scène;

J'aimerai que tu délaisses

Ce faux chemin de l'obscène...

De ta vie je ne connais

Que l'imperceptible et l'or

D'un regard; courbes, harnais,

Grain de soie en fleur du corps...

***

Je descendais seul des marches

De marbre et des Apollons

Désignaient nus l'horizon;

Un temple semblait une arche

Sur la colline bleu-nuit...

Quel chant ai-je pu entendre

Dans la musique si tendre

De ce vieux monde alangui?

Le bonheur poudre d'ivresse

Jusqu'aux objets quotidiens:

Pauvre lampe qui n'est rien

Et dont l'éclat devient liesse,

Pauvres gymnastes si noirs

Qu'ils dansent à l'infini

De ces parois arrondies

Pour les matins et les soirs...

Sur ce temps qui s'éternise

Je sais qu'il nous ment sciemment,

Et qu'un jour tout tristement

Ce sera poussière grise

Que mosaïque et jardin,

Et que Dionysos en pose

Si lascive...là je n'ose

L'inviter à vivre enfin...

***

Quand le soleil s'ennuie

Et qu'il part de nos cœurs

Le moindre mot nous nuit

Et sombre par erreur;

Tout un banc de nuages

Entraîne l'horizon

Dans un monde sans âge

Et sans nulle chanson!

Plus de notes collées

Au réveil, plus d'entrain

Et d'images frôlées

De parfums indistincts;

Plus de vivre et de danse

Où l'on se voit aimer

Et rire et où balancent

Nos corps aux vies germées!

Quand le soleil s'étiole

On est seul par millions,

Pénible cour d'école

Sans joie ni rébellion;

Se couvrant de l'espace

On s'enroule sur soi;

L'oiseau qui dort menace

Tout l'univers parfois...

***


Rêve en jeu de mots
L'atmosphère était d'océan,

De ce bleu froid et transparent

Où la lumière en blé ondule,

Comme au cadran d'une pendule;

Je me suis vu là dans le fond

Dans une forêt de cent thons...

Plus loin je poussais des rivages

Où le sable avait ton visage,

Et sur la plage un hôtel noir

Brillait comme un diamant le soir...

Ai-je entendu l'amour lubrique?

Mais les claques sont chimériques !

Je semblais vivre au jour la nuit

Si loin de tout ce qui nous nuit :

Faux amis, faux fric, et faux rôle,

Idée fausse et fausse parole !

Loin des éphémères brasiers

Quand le succès n'est qu'art bousier...

Alors je marchais vers des voiles

De nuages sur des mâts, châles

D'un coton gris pailletés d'or,

Les quais dansaient d'un faux décor

Au miroir des marins, sans doute

Un jeu d'homos que nul n'écoute...

***

Ce soir les photos m'impressionnent,

Celles d'un passé, presque jaunes,

A l'odeur d'un tiroir ranci!

Avec le presque bleu aussi

Qui contracte tout dans sa zone

D'oubli...

Le souvenir est une palette sans nom,

La couleur flanche et te dit "non".

Ce livre a marqué mes études,

Il se fane seul, et s'élude

Du monde des mains et des yeux!

Je suis invisible en ces lieux,

Et mes objets, par lassitude,

Sont vieux...

Le souvenir ajoute un pétale impalpable

Au temps de larmes et de sable.

Comment retrouver sur ces terres

Mon jardin de roses trémières?

Et ces arbres au velours doux?

Un flash rouge et sombre, jaloux,

A brûlé l'image première,

Partout...

Le souvenir est une lettre dont les mots

Perdent leur sens et leur écho.

***

Un monde bruyant et stupide,

Au plomb du vulgaire -Partout!

Comme une écume aux sels acides

Délite la vie par dégoût...

Étranges gueulards, sans mémoire,

Sans culture, et donc sans raison!

N'ayant pas vu qu'ils pouvaient croire

En eux, crevant de trahisons!

Ronde des morts aux corps difformes,

Poules, cafards, rampants visqueux!

L'enfer prend ces bouffons pour normes,

Et nous les mets devant les yeux.

Et par grimace et forfaiture,

Jeu du néant et du lampion,

Chacun laisse sa signature

Pour concourir comme champion...

***

Image ou hallucination

Le rêve est mon inclination :

Un puzzle de corps et d’aurores,

Comme un alphabet qui dévore

Toute autre considération !

Le fruit des chairs nées sous nos larmes

S’irise d’arc-en-ciel et charme

Toute la volupté des nus,

Inaccessibles inconnus

Que rien ne détourne ou n’alarme.

C’est un phare mais à l’envers

Où tourne en rond dans l’encre bleue

La lumière d’un homme anxieux,

Jusqu’au fond de mon cœur d’hiver.

C’est peut-être moi que je traque

Dans tous les clichés en miroir,

Quand jadis l’ivresse d’un soir

S’enchantait à l’alcool d’un claque.

Image ou hallucination

Voilà le propre des chansons,

L’idée au beau fixe des cimes

Où tous les rêves se déciment

A ce bûcher d’adoration !

Partout le parfum des corps danse

Dans la luxure ou la démence,

Et forme la seule obsession,

Comme le crime ou la passion,

Quand c’est l’image qui me pense.

***



Évanouissement d’image,

Absorbée de brouillards, d’écrans

Faits de mille voiles d’instant,

Comme une larme d’enfant sage !

Tout se rétrécit dans le blanc !

On y verrait notre passage

Sur cette terre de tourments :

Vagues traits d’ébauche au gommage.

On y ressent Giono, le temps

D’évoquer tel ou tel voyage

Dans la Provence des parents :

Champs de lavandes en sillage,

Et roches d’ombres surplombant

Des vals de brumes et de sang.



Tout s'enveloppe de mystères :

Mon désir à ton corps voué,

Ou le tien à mon corps à terre...

Culte d'amour inavoué...

* * *



C'est l'abandon que je célèbre,

Tes muscles forts et si bandés :

Poème de peau et ténèbres,

Feu de l'orgueil à quémander...

* * *

Un éclair de plaisir qui passe

Et qui ne reviendra jamais,

L'attente des semaines lasses

Pour un appel au coeur inquiet...

* * *

Regard où je ne suis plus qu'un objet

Presque effacé, presque déjà sans âme,

Tu es le roi dont je suis le sujet,

A tes genoux, dans les fers et les flammes...

* * *

Quel est ce plaisir démultiplié partout?

Courbes, cuisses, reins, tout d'infini rayonne

Et se perd dans l'absence et le bonheur jaloux

D'être le seuil livré aux joies que tu me donnes !

* * *

C'est un serpent qui sous la peau ondule,

Un frisson parvenu des confins noirs

Du corps ! Le collier qui tintinnabule

Donne à la procession le seul espoir

D'être soumis et de s'en prévaloir...

* * *

Au cuir se mélangent tes courbes

Et ces parfums bombés de sexe;

J'appartiens à tes cuisses lourdes

Et te servir est mon réflexe...

* * *



Je suis à skin, je suis si lisse,

Qu'un seul collier me lie à toi,

Que tu craches ou que tu pisses

Sur mon coeur tout déperlera...

* * *

Il est un mot "appartenance"

Qui est si fort, qui est si beau,

On y devine un roi de France,

Un Théophile ou un Rimbaud !

Il porte en lui l'âme des roses

Et leur piquant au goût de sang,

Il permet les métamorphoses

Comme il peut effacer le temps !

Il donne à voir un précipice

Où vont mourir tous les regrets,

Il offre un infernal délice

Aux remords devenus discrets...

* * *

La chaleur devient peau humide

Et la pulsion transpiration,

Goût haletant d'un suc acide

Où va grandir mon addiction...

* * *

D'abord c'est ta voix qui résonne !

L'ordre donné à respecter,

Tout faire pour que tu pardonnes...

Ou châties pour m'en délecter...

* * *

Le noir est plus noir que le cuir

Et que le cri de la souffrance;

Le mal te pousse-t-il à fuir

Ou à chercher ta délivrance?

* * *

A genoux pour l'offrande

Et le soleil droit dans les yeux !

L'éblouissant demande

A être reconnu pour Dieu !

* * *



Le corps est pétale de rose

Et tout se galbe à son bonheur,

Le plaisir arabesque explose

En jouissant sur ces rondeurs...

* * *

Ligne de muscle et de puissance

Qui a dessiné ton regard?

Je meurs de ce même rasoir

Qui te dénude en innocence...

* * *

Comme il est amer le chemin de l'abandon...

Je voulais y trouver un vrai corps de lumière,

Et un corps rassasié d'amour et de chansons

Pour éloigner des jours l'absence et la misère,

Et je n'aurai gagné qu'un souvenir, disons

Plus cruel qu'un espoir qui dort dans son mystère...

* * *

C'est le sel de l'amour, il excite l'envie

De goûter à nouveau au miroir des folies :

Je suis lui, tu es moi, tout se lit, se délie,

D'un mot, d'un vers, d'un regard nu inassouvi...

* * *



Epure, élévation, étreinte

Avec l'immatériel azur,

Tel qu'il était avant l'empreinte

Du soleil dans nos coeurs impurs.

* * *

Nous ne faisons que nous convaincre

De valoir mieux que tous ceux là,

Qui croisent nos vies, et parfois

Se laissent aimer pour nous vaincre...

* * *

La chair dénudée longuement s'appelle,

Cherche la chair de son plaisir,

Ondulation de plage telle

Qu'elle est le sablier de l'avenir...

* * *



La caresse redessine le monde,

Comme le souffle du printemps,

Elle part d'horizon et finit en lumière;

Au velours des passions lignes et rondes

Voluptés lentement s'imposent sur la terre,

Comme le souffle du printemps...

* * *

La peau est l'étincelle des rêves

Qui en reçoit le dessin de l'amour,

Le bonheur s'y étourdit et lève

Mille obsessions d'appels et de secours...

* * *



Jour après jour,

J'essaye de survivre,

Mais qu'espérer suivre

Sans un amour?

Jour après jour,

On vit pour sa famille,

On prend mille détours,

Parfois mille béquilles

Pour seul secours!

Jour après jour,

Le temps est une larme

De sang coulant autour

De nos mains, sans alarme

Autre qu'un coeur trop lourd,

Jour après jour...

Les rêves s'effilochent,

Poussière en fond de poche,

Images sans retour,

Jour après jour...

La vie démente

Prend une pente

Comme un dernier Monet

Tout brouillonné,

Et tout s'efface

Jour après jour

Dans cet espace...





* * *

S'ouvrir au soleil mouillé

Comme une fleur de rosée fraîche,

Coeur démon déverrouillé

A l'impatient goût de pêche...

Atteindre une nuit sans lune

Où tout s'éclabousse de vie,

L'impudence a forme de prune

Aux courbes noires de l'envie...

Couvrir le corps de l'amour

Comme les étangs sous la brume,

L'éternité prend toujours

L'oubli jaune et vert des agrumes...

***
Ici bas, les yeux fermés sur ma solitude,

Et d’aussi loin que viennent les déceptions,

Mon corps semble plonger dans l’or des certitudes !

Ma blessure est ouverte à l’orée des passions,

Elle saigne des mains où se perd la tendresse,

Elle est sur les lèvres où l’absence est poison,

Glissant dans les regards aux souvenirs qui laissent

Couler des larmes au plus cruel abandon…

***

Et si l’éternité se prenait dans nos bras,

Et la mandorle d’or de notre aura

S’ouvrait à ces trésors d’humanité perdue ?

Et si l’or déroulait lentement dans les rues

Cette lumière à cheminer vers toi ?

***



Je suis le repos, et la légende dorée,

L’enluminure fraîche au doux réveil des rêves ;

Ma vie à ce dessin ainsi incorporée

Donne un corps à jamais questionné par vos glaives !

Et la poésie dort en ce jardin d’amour,

Comme s’en vont dormir les souffrances des jours…

Je suis la nuit, toujours, et l’aube qui se lève !


Poèmes Jean-Louis Garac


L’ amertume des jours, recueil de poèmes Jean-Louis Garac


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Qui peut faire le constat joyeux de la société dans laquelle il vit ? Ceux dont la fortune, dans tous les sens du terme, ont pu les plus éloigner de la servitude de gagner jour après jour leur pain et de n'avoir nul souci pour vivre ici ou là et pour réaliser leurs rêves auront une vision sans doute moins triste du monde. Tous les autres, dont je fais partie, y verront des verrous, très préoccupants :

-déjà l'absence de liberté, et parfois il ne faut pas aller bien loin pour le constater!

-déjà l'état de lambeaux du cœur humain qui n'est plus capable d’aimer, de pardonner, d'être honnête et sincère et en premier lieu avec soi-même!

-déjà tous ceux qui ont le jugement si facile et la hargne si prompte à sortir à n’importe quelle occasion!

-déjà le nombre d'addictions qui mettent en déliquescence la faible épaisseur humaine et réduisent à néant toute relation sereine dans la durée!

-déjà l'effondrement d'une morale, ou d'un simple bon sens, qui est remplacée par une forme d'égoïsme ou de folie sans borne!

-déjà le nombre astronomique de «fake news» disséminés par bêtise ou malveillance, et qui se double par le nombre non moins hallucinant des «fake friends» qui deviennent des «amis» si enflammés et si engagés pour disparaître curieusement du jour au lendemain ou pour vous cracher à la figure à la moindre occasion quand ils se seront lassés de vous…et cela reste typique des réseaux sociaux qui marquent et signent leur terrible faillite!

-déjà les perturbations du climat qui étouffent la Nature et qui mangent jour après jour nos paysages, nos repères, et nous font voir une beauté de la flore et de la faune en péril absolu ou en souvenirs figés d’un passé qui ne revivra plus!

Cette société est trop souvent aussi celle du «sens unique», et le partage, l'attention, la compassion, la bienveillance et l'amitié s’éteignent dans de vains mots. Certes on accueille les gestes, les vœux, les éloges ou les témoignages d'affection ou d'intérêt avec gourmandise mais ce qui est bon à prendre n’entraine que rarement quelques sentiments en retour. Les amitiés virtuelles ne montrent notamment qu'une «cour» de followers réduits à jamais à l'état de spectateurs! Vous comprendrez, si vous ne l'avez pas déjà vécu vous-mêmes, que ces constats d'amertumes et de tristesses jonchent le sol de nos chemins aujourd’hui. «L’enfer c’est les autres», dit Sartre avec raison, car il faut sortir de ce jeu de «jugements» qui plombent et engluent le monde. Dénoncer ces constats d’amertumes, c’est déjà prendre de la distance, c’est déjà les analyser, c’est déjà les combattre et faire prendre conscience, via la poésie, de l’essentiel qui nous échappe si l’on ne fait rien pour l’éviter.

JL Garac, janvier 2018
 
 
L'AMERTUME DES JOURS
 
16 poèmes
1

Le temps d'espérer une fleur,

Un mot, une pensée, un geste…

Le temps de murmurer la peur

Devant le chemin qui nous reste;

Le temps de l'indécision leste

Où meurt l'amour si près du cœur.

Mais le temps de croire à la fleur

Du destin, d'un seul petit geste...

***

2

Être deux, le doux rêve,

Qui ne vient qu'une fois...

Combien d'échecs, parfois

D'impasses où l'on crève

De l'ombre que l'on a...

Être deux ! Tout soulève

La poussière de soi,

Et le temps noir achève

Ce singulier combat...

***

3

Dans la jungle du monde

L'inextricable ennui

Et les forces de mort

Se détruisent parfois;

Des chaos de chacun,

L'aurore peut surgir :

Et vouloir Respirer,

Et Vivre et Être Libre

S'annoncent comme un jour

Que l'on n'attendait plus...

***

4

La pierre et l'impalpable,

Dans les jeux de miroir

Le prisme insoupçonnable

Mêlé du jour au soir,

Ce globe d'eau où roule

Un sable de rayons,

Et l'éternité saoule

De mille conjonctions...

***

5

Que sommes-nous pour certains:

Des traits fuyants, des visages

D'ombre, des repoussoirs, pages

D'ébauche sans nul destin?

Que de mouvance et de danse

Comme des algues sous l'eau,

Et la peur d'y voir bientôt

Notre propre ressemblance...

L'autre n'est qu'un confident

Occasionnel, sans substance;

Aigreurs et larmoiements rances

En font l'ami d'un moment.

La hargne seule surnage

Dans son unique plaisir,

Qui est de mordre et salir

Pour tenir face au naufrage...

Ce monde ignore l'amour

Comme le pardon immense,

L'amitié même se pense

De services en retour...

A ce jardin maléfique,

Les plus belles fleurs, partout,

Sont, de la mort, l'avant-goût,

Et, pour nos espoirs, tragiques...

***

6

Dieu est l'Aboutissement et la Destruction,

Il naît du sentiment d'écrasement de l'Homme,

Triste "rien" regardant la voie lactée, en somme

L'impossible reflet d'une constellation...

L'Homme se choisit donc un Dieu à son image,

Fait d'ombre et de malheur, d'inspiration, de mots;

Le déjà balbutiant se dit Psaume, et bientôt

Loi, pareille à la foudre au contour d'un orage...

Il s'étrangle au cordeau de sa propre maison,

Et l'absurdité la lui rend inhabitable;

Mais ce Temple éternel est bien notre prison...

Quand il aura tout tué de lui, sauf la fable

Dans laquelle il se voit atteindre le soleil,

Il sera devenu ruine, poussière et fiel...

***

7

Ne jamais savoir de quoi sera fait

Le jour, qui arrive au galop des heures;

Aussi indécis qu’improbable leurre

De soi, et du sens, que tout a défait.

Quand le monde s’agite en vouloir vivre,

En ego plombant la courbe du temps,

Et que nul désir ne vient délivrant

Tous ces écrits qui ne font pas un livre,

Je me sens devenir comme un jardin,

Impatient du soleil d’or de l’aurore;

La rosée frôle un rêve et se colore

Du prisme fluide d’un autre destin…

Ne jamais savoir vers quoi je m’avance,

Ni de quelle fleur je porte l’essence…

***

8

Les vents taillent

Les arbres, les nuages,

La crête des sommets,

Jusqu'au seuil solitaire

Où je vis...

Chaque pensée s'arrête

D'un souffle de soie,

Palette de parfums

En couleurs...

Alors le souvenir

S'agite et se transforme

En reproche;

Le temps danse d'un coup,

Rapide et bien rythmé,

D'éventail...

***

9

J’ai peur de voir la vie défiler devant moi,

Comptant les fleurs poudrées de soleil, lors défaites

Au couchant d’horizon rouge et mauve, en soi

Mes amies d’un soir, pour se retirer muettes.

J’ai peur de ce temps là qui n'est plus que compté,

De ces portes fermées couleur de mur d’impasse,

De ce chemin où seul je me dois d’exister

Alors que rien ne vient changer ma vie trop lasse…

J’ai peur de ne donner aucun nom à l’amour,

Au tableau d’impressions que des couleurs obscures,

Et dans l’inespéré, au puzzle de ces jours,

Qu’un sentiment tracé comme une simple épure…

J’ai peur de voir l’ennui recouvrer jusqu’au bleu

Que la fenêtre ouverte invite en pure fête,

Mais rien ne pourra plus troubler ce simple adieu

Pour dire j’aime au-delà du monde obsolète…

***

10

Boys à la poudre d’escort,

Et poupées-putes sans âme,

La «Révolution» des corps

A trainé hommes et femmes

Dans des clonages sans fin!

Là des médiocrités viles,

De métrosexuels hautains

Qui errent, froids, dans les villes,

Ont submergé nos écrans

Pour noyer l'intelligence

Et tuer tous les «printemps»…

L’interchangeable ainsi danse

Jusqu'à effacer l’humain,

Aussi bien que l’orthographe!

«Cœur vide et pensée de rien»

Sera leur seul épitaphe,

-Rempli de fautes s’entend…

Le sexe-addict fait le monde,

Ou le défait au présent,

Sur nos amours moribondes…

***

11

Un siècle…

Car je suis un soldat qui n'aime pas la guerre,

Et que j'ai vu passer trop d’immondes combats!

Parfois, il n'y avait ni raison ni colère,

Hors l'idée que l'on veut nous forger ici bas!

On construisait un monstre au regard sanguinaire,

Son passé était noir de vengeance et de feu,

Et il sortait des corps troublants de la misère,

Pour apporter la mort partout devant nos yeux!

Parfois, il était d’or, de sable, et de lumière,

Et il semblait si beau qu'il fallait le tuer;

Si loin de nos savoirs, si loin de notre terre,

Ce que nous apportions fut en bloc conspué…

Parfois, il avançait en nuées meurtrières,

Coulant comme la lave au sang incandescent,

Haine et folie mêlées pour prix d'un millénaire,

Qui aura dévasté l'Homme pendant cinq ans!

Parfois, quelques regards, d’un froid de cimetière,

Croisaient notre chemin, détruisant pour toujours

L’insouciance et l’espoir…Sans être militaire,

Mourir comme fauché au champ triste d’un jour!

Parfois, c'est dans nos cris d’impossibles prières,

Et nul dessein humain ne créera un seul cœur;

Car je suis un soldat qui n'aime pas la guerre,

Et dont les ennemis connaissent trop la peur.

***

12

Aujourd'hui il ne faut plus «être»,

Il faut simplement «ressembler»

Aux modes qui par la «fenêtre»

Nous diront qu’on sera comblé!

Les tailleurs d’image et de style

Ont cultivé le corps humain:

Salades clonées dans les villes

Et courges au même destin…

Adieu ma pauvre différence,

Adieu ma personnalité,

Les miroirs fous de l’ignorance

Se sont bien démultipliés.

Nous serons des poissons de masse,

Fébrilement dans notre banc,

Suivant au quart de tour la trace

De tous nos rêves là devant.

Et prêts aussi à nous détruire,

A nous manger l’âme et le foie,

Le semblable est parfois le pire,

Car on ne tue vraiment que soi!

***

13

A un ami

Comme on aime les chiens

Qui toujours nous regardent

Sans perdre jamais rien

De nos regards lointains.

Leur cœur entier s’attarde

A donner des câlins!

Ils savent la souffrance

Qu’on cache au quotidien

Les certitudes bien

Fragiles, nos errances

Aux multiples demains…

Loin devant, sur la plaine,

Ils sont des étendards

Courant à perdre haleine

Pour quelque jeu à peine

Récompensé! Au soir,

Ils ressentent nos rêves,

A nos pieds, tendrement,

Feignant de dormir sans

Qu’il n’y ait quelque trêve

A leur fidèle amour;

Amis de tant de jours…

***

14

Comme l'homme ne sait pas vivre

Il se crée un dieu pour tuer

En se condamnant dans des livres;

Le néant l'a perpétué!

Comme l'homme ne sait pas vivre

Le crime est son seul mouvement,

Et l'effroi qu'il se donne à suivre

Court comme un lierre sur le temps...

Comme l'homme ne sait pas vivre

Le voilà bouffi de folie

Et d'orgueil étouffant, qui lient

Le passé au présent! Sans fin,

L'écho de l'Amour qui délivre,

Croise la Mort sur son chemin.

***

15

Rien ne dure ni ne tient

Sur cette longue route,

On dit bonjour et soudain

On est béni en voûte !

Tel ami, passé demain,

S’en ôte comme un doute…

Et on sent qu’il n’y a rien

Sous nos pas qui chaloupent…

Rien ne dure au vieux soleil,

Tout passe et tout s’efface,

Les jours de joie ou de fiel

Les sourires, les grimaces!

L’ombre d’un corps sans pareil,

Se défait dans l’espace,

Quant aux sentiments de miel

L’aigreur a pris leur place…

Rien ne dure, ni les dieux:

Vieux Chacal, vieilles Lunes!

Granit, marbre, bois précieux,

Le temps n’a eu aucune

Indulgence pour l’un d’eux!

Mais il reste, ô Fortune,

Aux autels, le sang visqueux:

Haine, mépris, rancune…

***

16

Le ponton des souvenirs

A bien des vaisseaux fantômes,

La brume le voit tenir

Seul face à des millions d’hommes

Devenus scintillement,

Quand la lune roule, à peines

Et à pleurs, sur notre temps

Et à demi-mots à peine…

Le ponton voit débarquer

Sur la vague en roue de mousse,

Un écho de vie marqué

Par une absence aigre-douce,

Ou par la mort d’un amour;

L’infini refrain du monde

Dans les osselets du jour

Rend notre âme vagabonde…

Le ponton des souvenances,

Reste abandonné depuis

Que tournent loin nos errances

Au-delà de chaque nuit;

Et seul le départ ultime,

Comme un mot flottant en nous

Mi scélérats, mi victimes,

Verra l’horizon au bout…

 
Jean-Louis Garac – poèmes 2017


 
Les photos : Jean-Louis Garac

Deuxième Balancement d'Azur et de Noir ! Poèmes de Jean-Louis Garac


(1) commentaires



Version du David à Nice

 

La poésie a un point commun avec le théâtre, c'est qu'elle a besoin d'interprètes pour s'exprimer et vivre pleinement, c'est donc à vous, qui allez découvrir ces poèmes, de vous en emparer, de les défendre, de les faire grandir en voix, en émotions, en vérités, en confidences, en invocations, en rêves et en réalités; oui en "réalités"...celles-là mêmes qui nous feraient croire que la poésie n'existe plus...

Merci de les créer à votre tour !
 
JLG
 
 
 
Aujourd'hui le possible est impossible,
Le simple et le vrai n'ont plus d'intérêt !
Tout ce qui est tordu, moche et risible,
Offre aux médias son visage égaré...

Alors s'étouffer d'orgueil dans soi-même,
S'étourdir de mille avatars de soi,
N'avoir que des choix de baise en dilemme,
Mêlés d'alcool et de je ne sais quoi,

Résument chaque jour cet impossible,
Cet inhumain dessein de gâcher tout!
Le foutoir des idées devient La Bible,
Et les sentiments morts brûlent sur nous...

Le mépris, l'ironie, la malveillance,
Ont désormais des yeux d'adolescents;
Jusqu'à l'humour tirant sa révérence,
Devant les mots vulgaires et blessants...

L'horizon a les couleurs d'un coeur blême!
Marcher sur l'illusion berce le temps!
Et le poids terrifiant du verbe "j'aime"
Dérive depuis toujours dans le sang...



***

Vasarely à Aix


C'est une forme presque fluide,
Muscle reflet au fil de peau,
Parfois la tension est acide,
Ou bosselée d'un roc sous l'eau!

Deux courants tissent ces losanges,
Corps ensorcelant nos regards,
Ce mordoré est preuve d'ange,
L'ombre des paupières son fard!

On le croirait statue antique,
On l'imagine tel un dieu,
Mais chez lui rien de romantique,

Il tourne au bal des orgueilleux,
Laissant au hasard les fleurs bleues,
Loin de sa propre mécanique...



 

***



Entre client et amitié
Il y a l'espace d'un leurre,
Car les deux ne font pas leur beurre,
Le prix n'est jamais la pitié...

Entre le sexe et l'amitié
Se trouve un gouffre de souffrance,
L'un s'inquiète et l'autre est béance,
Ce n'est pas le même métier...

Entre le monde et l'amitié
Se trouvent l'infiniment vide,
Le faux, l'amer et puis l'acide
Où notre coeur va se noyer...

Entre l'argent et l'amitié,
Se défie toute l'espérance,
Il faut laisser le goût du rance
Sur les murs des riches quartiers...

Entre parent et amitié,
C'est le divorce qui se joue,
Et l'on s'y frotte jusqu'au bout
Comme la pierre au joaillier...

Entre Bon Dieu et Amitié
On sent l'espace du mensonge,
Le premier a la clef des songes,
L'autre nos secrets de papier...



***



De vrai que les jardins,
De sens que les chemins
Au tempo des roses
Et des jasmins
Qui éclosent!

Rythme aux mille couleurs, glycine
Aux fumerolles qui dessinent
Des arabesques d'Orient
Et des aigue-marines
D'un bleu clair fuyant...



***


Coucher de soleil à Marseille


Pavés de sombres guerres,
Combats si las de tout,
Faisant de notre terre
Un bien méchant caillou;

Et que de gens sinistres,
Et que d'esprits plombés !
Politiques de cuistres
Où la vie est tombée !

L'humanité s'empêtre
Dans la toile d'argent
D'une mafia grand-maître
Des crimes du présent !

Je veux vivre et reprendre
Le pouvoir à la mort,
Voir la grimace pendre
Du poids de tout son or;

Et donner à la vie
Son goût de renouveau
Comme on donne à l'envie
Sa fleur d'amour et d'eau

Fraîche ! Et voir au ciel calme
Un horizon serein,
Au vent les vertes palmes,
Du soleil dans les mains

Pour créer et pour rendre
Tout le bonheur perdu,
Et qu'il n'y ait de cendres
Qu'aux feux de joie des rues...



***

 
L'infini est un jardin!
Pétales de gaz, pistils de comètes,
Et phlox en myriades de lampions, fêtes
Des lys de nuages et du jasmin
D'étoiles, comme une tapisserie;
Le cosmos s'est tatoué d'ancolies,
Et les novas-oeillets s'y voient de loin...

Horizon de champs sans fin!
Les roses de nos rêves s'y déploient,
Et les iris, en galaxies de joie,
Défient le temps dérisoire et humain...
Il reste l'heure, verticale et sombre,
A ces possibles l'envers des décombres,
Et la fleur fanée ici dans nos mains.


***

 
Péchés capiteux
Gourmandez-moi vite
Que sous d'autres cieux
J'expie tous ces rites!

Sensuellement
En rond je m'y donne,
Les corps m'affutant
A leurs phéromones,

Aux courbes d'enfer,
Aux couleurs cachées,
A leurs goûts de mer,
Aux soies déhanchées

Qui n'ont pas de prix!
Péchés de vie pure
Ce que j'ai appris
C'est notre aventure...



***


Les cons sont nos satellites,
Chaque homme les sent sur terre;
Nous avançons, ils gravitent,
Ciblant leur destinataire!

Certes il y a des cons, cons,
Et des cons mauvais...de mort;
Mais de tous les horizons,
Les cons sont en plein essor!

On a le con en termite
Qui ronge nos nerfs fragiles,
Et le con de dieu, très vite
Devenu tueur débile...

Et le con, nul président
De quelque société,
Le con en perte de temps
Pour toute l'Humanité...

Le con créateur d'impasses,
Le con microbe qui colle,
Le con créant la mélasse
Des conneries les plus folles...



***

Une après-midi à Nice
Je suis d'humeur trop "passagère"
Comme un ciel filant du coton;
J'inscrirai bien quatre saisons
Dans une journée toute entière...

J'imaginerai quelquefois
Que le temps est pour moi multiple,
Et que j'aurai des vies de "roi"
Entouré de mes condisciples!

Ou bien qu'un poème en chanson
Fasse le tour de ce bas monde,
Ou que je vive à l'unisson
D'un jardin qui me corresponde...

Et je veux l'intense et l'amour,
La séduction et le pérenne,
Et le sel graveleux des jours,
Et ton regard à perdre haleine...

La seule chose cependant
Qui me ferait rester plus calme,
C'est d'entendre aux frissons des vents
Murmurer la rose et les palmes,

C'est de conter dans un sonnet,
Sur l'herbe d'émeraude douce,
Les coquelicots de Monet,
Et de Renoir les corps de rousses...



 

***

 
Un jardinier mordoré,
Dont l’épaule est un pétale,
S’en va dans la poudre pâle
Que laube a évaporée !
 
Le pastel est destin d’homme,
Et son grain la société !
A la soierie de l’été
Se voit l’ombre que nous sommes…

Plus de soleil jusqu’au cœur,
Et d’extases de lumière,
Pour nos corps de lettres-fleurs :

 
Un coquelicot meurtri,
Un bouton d’or qu’on a pris
Dans les champs de la misère…

Dans les champs autour de Grasse

***



 

La vie voulait jaillir,
Au ricochet des pierres ;
Nous sommes à vieillir,
Quand nos fils sont lumières !

 
Il n’y avait de moi
Rien qu’une descendance,
Un souffle de surcroit
Dont je n’ai que la chance,

Involontairement,
D’avoir servi la cible !
De tout ce qui se ment,
On fait parfois des Bibles,

De tout ce qui n’est pas,
On dessine des hommes,
Où marchent pas à pas
Des utopies fantômes,

Qui auront le parfum
D’un corps de poésie,
Il n'en faut pas plus d'un
Qui baisse son fusil...



***

Combien de visages souriants
Ne sont que des empreintes risibles,
Masques de nuages et de vent
Des réseaux sociaux; selfies pénibles,
Glissant au seuil de l'effacement...

De quoi donc l'inutile nous informe?
Cette image de soi en écho
Dit-elle que jouir est conforme
Pour s'associer à la nef des sots?
Un Fayoum à l'envers devient norme...

Et j'étale à l'envie mon plaisir,
Mon bien, mon physique, et tout le leurre
Que notre société peut offrir
Aux consommés, sans vie intérieure...



***


Comme il est fou l’indifférent,
Qui ne voit que son beau portable ;
Son monde est un pixel de sable
Qui s’évanouit au néant !

Comme il est fou cet égoïste
Qui fait tomber un voile noir
Sur ce qui est pénible à voir
Et le troublerait sur sa piste !

Comme il est fou le sans ami
Qui fait l’éloge de sa pomme
Et ne sait voir parmi les hommes
Que le décor de ses commis ;
Comme elle est blessante la page
Où l'illusion a notre image…



***

Rose d'Antibes

Ne boude pas, prends cette rose !
Je sais, cela fait peu de chose,
Mais une rose c'est déjà :
L'invitation au réséda,

Et vaincre à deux quand tout s'oppose,
Et prendre l'esprit d'un combat,
Et c'est l'effeuillage qui ose
Trouver un coeur rien que pour soi !

L'horizon devient si morose
Quand tu n'es pas là près de moi...
Ne boude pas, la vie se pose

Sur un rien de couleur de joie,
Sur quelques pétales de rose
Que j'ai pu créer autrefois...



***

 

Le bonheur s’étiole en chemin,
De l’enfance aux temps incertains
Il n’est souvent qu’un oxygène,
Un «être soi» sans joie ni peine,
L’enivrement d’un regard vrai
Qui un beau jour a pris nos traits…

Comprendre est un luxe illusoire
Pour tant d’esclaves en déboires
Brouillant la belle Humanité;
Comprendre quoi, l’inanité,
Le faux, l’immonde, l’injustice,
Et Dieu comme une cicatrice?

 
Grandir n’est pas devenir vieux,
C’est plutôt naître sous nos yeux,
Le cœur permet tout et libère
Ce qui, en nous, se désespère!

La maturité a le goût
D’une pluie coulant sur la joue…

L’amour n’est que coquille vide,
Un échafaudage à suicide
Dont l’ombre est sur le genre humain;
Depuis les murs remplis de mains
Jusqu’à l’art moderne et féroce,

Il brûle d’une absence atroce…

Le sens s’est perdu sur le temps,
Sa couleur a fané aux vents,
Pauvre statue au grain de pierre!
Il y a tant de cimetière
Où l’os des vérités blanchit
Devant les passants qui les nient…

Feuillage d'automne à Aix


 

***



Ton corps s’est effacé,
Toi mannequin des sables,
Dans les rubans glacés
Qui ferment l’horizon!

Tu es cet ineffable
Dont parlent les chansons!
 
Existence, hypothèse,
La nuit garde ton cœur
Comme un rêve en genèse
D’un embryon d’étoile!
Ainsi, j’attends la fleur
Perdue dans ce dédale…

L’impossible est passé,
Désert aux dunes rouges,
Et les mots déplacés
Ont pris souffle d’amour!
Pourtant plus rien ne bouge
Que les ronces des jours…



***

Feuille reflet de soleil à Aix


Il y a un dessèchement
Qui court de l'homme jusqu'aux terres:
Cendres de cris, poudre de sang,
Tout meurt au fond de ce mystère!

Pourtant la vie semblait vouloir
Gagner des pays sans espace,
Mais le printemps fut un miroir
Où tous les visages s'effacent...

On a reçu, lame de fond,
Des grappes d'hommes en souffrance,
Autant de corps noyés qui font
Plomber notre peu de conscience;

Le crime a pu s'enraciner,
Faire le bien est si complexe:
La faim, la mort, tout est ciné!
Pour un selfie tout est prétexte!

Sans rien régler, Ubu est roi,
Et la sottise est à l'inverse
Des possibles que chacun voit,
Et des espoirs dont on se berce !

Il y a un dessèchement
Qui fait de l'Homme un inutile,
Un pervers, idiot, ou dément,
Et une Histoire bien stérile...



 

***



Tirer profit et s'amuser !
La caste des jeunes indignes
Laisse pantois, ou médusés
Ceux qui croyaient en d'autres signes...
Mais les "vertus" sont bien usées,
La "Liberté" est porte-guigne...

Maintenant le monde est fermé,
La jeunesse est un miroir vide,
Ou pire parfois déformé,
La mort montrant ses yeux livides...
La "Générosité" gommée
Fait place aux selfies morbides...



***

Rencontre au sommet de deux pins à Antibes


Entre le soleil où vibre la ville
Coulent des couleurs d'amour caramel;
En deux mouvements vient le goût d'un sel
De désirs, ébauche d'espoir fragile...

Il y a des corps d'aimants et d'oublis
Qui vident le temps comme une syncope!
C'était un matin léger, au dépli
Des rues, naissant d'un kaléidoscope...

De mille tessons l'étoile jouait,
Créant des cathédrales éphémères;
Moi, j'imaginai le jour, tu passais,
Comme un rayon dans un cristal de verre...

Ai-je compris alors l'immensité
Qui offrait du Vivre et des Passions neuves?
Les saisons tournent autour de l'été,
Et l'amour est son axe, et toi sa preuve...



***

Touche de couleur mauve sur un petit chemin vers le cap d'Antibes
A Marie-Flore 
 

Que seraient les chemins, les routes, les venelles,
Les bords où les cours d’eau emportent les sentiers,
Et ces ravins géants limités d’églantiers
Où la nuit et la peur se sont crues immortelles;

Que seraient ce reflet à l’horizon des mers,
Où s'endort le parfum des libertés perdues,
Et dans notre jardin ce souvenir amer,
Là où la solitude écoute encore la rue;

S’il n’y avait la « Fleur », la fleur monde-soleil,
Pour donner la beauté et le souffle à la terre?
Déjà, ce goût profond de pollen et de miel,

Ce goût à refléter les jeux de l’arc-en-ciel,
Et l’art déjà humain, entre dieu et mystère,
De s’inventer à nous et se peindre en lumière…



***



 
Jeu de lumière, d'eau et de plantes à Juan les Pins

Je ne suis qu'étourdissement,
Que monde clos à l'inutile,
Et dans la poussière des villes
Qu'îlot où s'arrête le temps;

Rien n'est pour moi matière d'ombre,
Esprit ou corps tout est ouvert,
Et dans l'absence où meurt le nombre
Je sais trouver des univers;

Lors quand l'obsession te dessine,
Me fait sculpteur si caressant,
Je sais que ton regard devine
Que tu renais à ce moment...

J'arracherai le faux des livres,
Les hypocrisies de toujours,
Et dans le creuset du mot Vivre
Je coulerai l'or pur des jours...

Aux couleurs de notre aventure,
Aux tatouages des cités,
J'irai au hasard des coulures
Peindre mes mots de vérités...



 

***



Lors, serai-je un tigre affamé,
De ceux qui chassent et vont mordre
Les doux corps des proies proclamées,
Qu’un ultime abandon vient tordre?

Lors, ce parfum de tendre peau
Ne devient-il mon but suprême,
Entre dieu des bois et des eaux,
Pour s’aboucher jusqu’à toi-même?

Lors, ce bonheur de liberté,
Et le signal d’un regard phare,
Ne désignent-ils pas l’été
Mieux qu’une saison ne le narre?

Lors, cette force aux muscles d’or,
S’échauffant d’un bouillant d’envies,
Se pétrie de la chair, encor
Plus demandeuse et éblouie

Lors, la morsure au fond du lit
Devient l'écho des solitudes,
Et l'impossible nous relie
A la mort des béatitudes...



***

Feuilles d'automne à Juan les Pins


Le soleil allume les vagues
Qui crépitent de soleil,
Et l'illusion du bleu tague
Des ailes d'argent et de miel !

Le souffle prend le suc des terres,
Le vert-violet l'horizon;
Nul n'échappe à la lumière
Et tout s'y perd à l'unisson!

Pourtant celui qui voit le monde,
Le voit bien seul là où il est...
Le coeur aveugle se tait,

Portant un deuil d'azur immonde...
La création peut basculer
Et s'éteindre en une seconde...



***


Alors la Lumière est fascination,
Et les souvenirs, sillons et blessures,
Disparaissent sans trac; tout s’épure,

Avec le seul mot d’Amour pour action!
 
Alors tout l’impossible est symphonie,
Le regard devient l’univers en nous,
Et le Bien persécuté se décloue
Pour envahir notre chemin de Vie!
 
Alors la mer peut s’ouvrir jusqu’au ciel
Et devenir un firmament d’étoiles;
Les anciennes barques, là prennent voile,
Force est donnée au corps immatériel…

 
Lors, le partage est un sourire d’ange,
Et le parfum des jours l’ombre daimer,
Tous les rayons vont partout essaimer,
Et partout se danseront les vendanges…



 

***

Un petit air de pampa à Juan les Pins


Oui, je me fous de vos silences,
Des ruses pour ne rien donner;
Mon cœur s’en va en randonnée,
Là où l’absence est sans souffrance;

Oui, je me fous de vos dédains,
Et de vos jugements en douce,
Je prie le vent pour qu’il me pousse
A découvrir d’autres matins!
 
Oui, je me fous des mots qui blessent,
Des invitations à regret;
Vous n’êtes pas assez discrets
Pour cacher votre impolitesse!
 
Oui, je me fous des sans appel,
Des sans affection, des sans joie,
L’hypocrisie est votre choix,
Moi je ne peux vivre de fiel!
 
Oui, je me fous du raisonnable,
Et du médiocre et du commun;
Depuis, je n’en connais pas un
Pour qui le pardon soit pensable!
 
 
Oui, je me fous des sélections
Qu’en amitié vous osez faire!
De moi vous pouvez vous défaire,
Ma délivrance est radiation!
 
Oui, je me fous des épithètes,
Et des clans figés des rieurs;
Je veux aller vers des bonheurs
Qu’on ne comprend pas dans vos têtes…

Oui, je me fous de vos desseins,
De vos micmacs et de vos masques,
Je laisse les pantins fantasques,
Pour sortir de leur ronde, enfin!


Poèmes et photos Jean-Louis Garac
2016

Street-Art ! monde de lettres - magnifique calligraphie découverte sur un mur à Bordeaux