L'inventaire poétique n° 2 - Poèmes de Jean-Louis Garac


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Photo JL Garac
Les poètes ont le front vers les étoiles,
La bouche près du soleil,
Les yeux perdus dans l'azur ou la nuit,
Et l'esprit dans le souffle des mots...
Dédidace à MF Zannis

Le soir qui se pose
Comme un feuillet
Encore vierge…
Il faudra bientôt
A travers les milles points
Et exclamations des étoiles
Rechercher la phrase
Cachée derrière nos cœurs…

 
«Une préface en recto-verso, mais c’est la même pièce…»
Notre conscience est parfois hermétique à l'amour du monde, nous ne voyons que quelques brides de lueurs sans toujours comprendre ni d'où elles viennent ni le sens à leur donner...Puissions-nous aller de l'obscur chemin, où l'on tourne en rond avec soi-même, aux premiers pas d'une aube où l'on serait en paix avec nous, comme avec le monde, et en acceptant nos limites comme notre amour illimité...

Ruines de la vie!...Quel dégoût me vient parfois de ce qui m'entoure...Là, on s'intéresse à des questions anciennes, mais toujours sans réponse; ici on perd un temps infini pour chercher des documents qui nous étouffent au quotidien, ou pour se soigner, ou pour attendre ceci ou cela, à cause souvent d’un système absurde, de l’incompétence ou du laisser-aller de certains et du dieu fric qui fait la loi partout! Et puis on fait le constat journalier de petitesses, de saloperies, de coups tordus qui suintent comme ces rouilles huileuses sur les méandres des bâtiments abandonnés! C’est un «jardin d’enfer», que celui de nos sociétés, disputés par des arbres tors, des feuilles drues et amères, des palmes en forme de couteaux, et la blessure des graffitis oubliés sur les bétons humides et noirs...Certes, ce paysage sinistre a donne plus de valeur aux rayons d’amitié et aux présences sincères que l’on a aussi le bonheur de rencontrer sur son chemin…Mais rares sont les moments de bonheur!
 

Qu'est-ce qu'un poète?


Une émotion, passagère ou durable…
Qui touche ainsi le coeur de son lecteur.
Si cela ne se réalise pas, il n'est rien
Que le miroir de ses propres mots…

 
M’imaginer cette fois dans un jardin despérance, interrogeant les fleurs, les arbres, le ciel, lhorizon et tout lespace qui se dérobe à nos yeux. Les idées, les vers, les mots sy attardent comme des abeilles curieuses...Cest un journal: des petites notes, de plus longues, de l'humour, et des poèmes qui s'y accrochent...
 
***
Les tableaux illustrant ce recueil sont tous de Ludwig Munthe; peintre que j'ai découvert récemment mais artiste
mal connu de la fin du XIX°s. Il m'a touché avec sa palette de couleurs sombres, grises et brunes, et sa lumière qui ressemble à une braise qui ne veut pas s'éteindre...
 
L'infini est un jardin!
Pétales de gaz, pistils de comètes,
Et phlox en myriades de lampions, fêtes
Des lys de nuages et du jasmin
D'étoiles, comme une tapisserie;
Le cosmos s'est tatoué d'ancolies,
Et les novas-oeillets s'y voient de loin...

Horizon de champs sans fin!
Les roses de nos rêves s'y déploient,
Et les iris, en galaxies de joie,
Défient le temps dérisoire et humain...
Il reste l'heure, verticale et sombre,
A ces possibles l'envers des décombres,
Et la fleur fanée ici dans nos mains.

 
***

Si difficile
D’être sans bile
Dans l’imbécile
Mouroir des villes…

Un peu débile,

Un peu futile,
Et l’inutile

Peur sans mobile…

Le moindre style

Est si facile,
Aune stérile
Des cœurs fragiles…

Tatous reptiles,
Ombres habiles,

Le corps fragile
Là se faufile;

Les nuits subtiles
Défont l'habile
Jeu où je deale
Mon rêve en île...

***



 
 
 

Tout cela ne finira donc jamais:
Le même écrasement, les mêmes causes,
Le riche et le religieux en névrose,
En cercle vicieux pour décerveler?

Est-il si difficile d'être soi?
D'avoir le seul dessein de sa conscience?
De son amour unique qui balance
Toutes les obsessions où meurt la foi?


**

La poésie est un défi
Au temps, aux mots, et à l'usure
De vivre, quand tout se délie
Entre nous et jamais ne dure...

***

Une histoire à deux trous d'balles
Qui ne vaudrait presque rien
Dans le monde qui déballe
Tant d'idioties aux terriens!

Les oeillères sont divines
Qui condamnent lourdement
Le rapprochement des pines
Comme cornes de Satan!

Allez joue de ta musique,
Le limonaire est usé,
Et quand la Nature nique
N'y vois que des obsédés;

Tout te parle d'allégresse,
De diversité, d'amour,
Quand tu signes la détresse,
Et le contresens toujours;

Tu as détruit tant de choses,
Et de civilisations,
Qu'il ne reste plus de roses
Pour couvrir tes exactions;

Tu es pareil à toi-même,
Créature infortunée,
Et c'est la mort que tu sèmes
Puisque Homme tu es né...

***



 
 
 

Lune rouge
Rien ne bouge
Lune blanche
Tout s'épanche
Lune rousse
Tonton tousse
Lune bleue
L'oeil de Dieu
Lune orange
Zeste d'ange
Lune brune
Cul de lune !

***

Mieux que la lune rouge
L'oiseau en zeste orange!
Qui zèbre la nuit noire
D'un éclair audacieux,
Où le rêve, sang pâle,
Goutte au coeur des forêts...


***

On danse avec un souvenir,
Un roi fait de rêve et d'envie;
On touche au brouillard de la vie
L'ombre d'un amour à venir...

***

Je me pose des réponses,
Je vous laisse les questions!
Entre Jésus Christ et Ponce
Pilate, on a nos champions!

Au niveau des connexions,
C’est le bon sens qui renonce,
Comme au niveau des actions
Qui sont des effets d’annonce!

Ainsi partent en semonce
Des mots de révolution,
Des sentiments d’émotion,


Jusqu’à y trouver une once
D’empathie et d’attraction
Dans un cœur d’abnégation…



***

  

 
 

Que l'on soit plante, chat, homme ou bien femme,
La fenêtre est notre appel d'horizon ;
La clarté d'or, qui brûle de ses lames,
Finit en nous d'obscurcir nos démons...

Autant lire à l'envers ce regard d'ange
Où la mélancolie décide et fond
Un avenir perdu que tout dérange,
Puisque le passé est notre seul nom...

Lors, je voyais, par la fenêtre étroite,
Une mauvaise étoile qui tombait,
Et le bel aujourd'hui dans ses rues droites


Semblait briller d'un tout autre alphabet...
Que l'on soit femme, homme, chat ou plante,
Tout se dissout lentement dans l’attente…

***

Nous sommes le bonheur qui bande,
Qui s'amende
Lentement
A nos consciences éphémères!
Nous sommes la valse du temps,
Qui s'est accouplé à la terre...
Au fil des ombres du vouloir
A l'oeil noir

Et céleste;
Toutes nos prisons se défont
Au creux des tombes-tranchées, prestes
A nous y voir glisser au fond...
Lors pour l'azur qui s'effiloche,
Bien trop proche
Assurément
Des barques de nos Odyssées,

Passent le nuage et le vent:
L'invisible au rêve passé!
Nous sommes l'avenir d'un jour
Que l'amour
Accapare;
Le cristal d'une vie-miroir
Y fait briller comme un vieux phare
La danse pulsée de l'espoir...

***

Tableau



On y mettra des brins de paille,
Des fleurs des champs fanées déjà,
Et ce vermillon de ripailles
Qui fait les joues des enfants gras...

On y verra un pastel fluide,
Comme un coussin d'herbes sur l'eau,
Et la moiteur des corps timides
Qui voudraient naître d'un pinceau!

On y devinera le triste,
Cette fenêtre d'illusion,
Mais aussi tout ce qui existe
De frissons jusqu'à la passion.

Au seuil des années de reproche,
On jettera quelques mots noirs
Mêlés de tessons verts, si proches
Des bouteilles bues en un soir...

Et puis le vivre aura son heure
Et sa couleur de sentiments,
Le jaune au goût de soleil-beurre
S'y perdra Indéfiniment...


***



 
 
 
 

Des indices, des oiseaux gris
Et blancs perdus dans leur sommeil,
Et sur l'étain profond du ciel
L'ombre en velours qui a tout pris!

Miroir de rêve, au bruit des ailes,
Pour peindre un peu de la lumière,
Et qui s'efface de la terre
Comme une journée bien trop belle...

***

Le monde, étrange fourmilière,
Sent l'ombre humaine et familière
Se détacher vers le couchant,
Comme se détache le chant
D'un triste souvenir! Lisière
Où se décompose le temps...

***

La photographie
 

Plaque d'azur, plaque de mer,
Tout un accordéon d'images,
Pour évoquer le doux mirage
Des jours disparus jusqu'à hier!

Mon corps invente l'aube rouge
Et mes yeux quelques lendemains
Au souvenir de l'incertain
Dont la silhouette en mon coeur bouge...

L'idée des temps et des couleurs
A décidé de l'âme humaine,
Mais tous les dégradés de peine
Lui ont laissé l'ombre des peurs!

Puissé-je ici par élégance,
Et par intuition et pouvoir,
Sortir du labyrinthe et voir
La toile d'univers immense!

Immense au lobe de ces fleurs,
Qui gardent les sons des étoiles,
Les mots d'amour comme des voiles
En photo-photons de l'ailleurs...

***

Aller sur quelle tombe?
La mienne ou bien la leur?
Les gros pots de fleurs tombent,
Pointillés de douleurs
De bruns mordorés jaunes,
Sur le marbre où l'automne
Joue au triste effeuilleur...

***



 
 
 
 
 

Dieu est tombé dans un trou noir!
La création de toutes parts
S’en fout un peu de ne plus voir
L’indifférent aux encensoirs!

Qui va se disputer le lard
De tant de prières d’espoir?
Voyez, les fous ont le pouvoir
De tout passer au laminoir…

Adieu l’amour comme un devoir,
Voici le temps de l’Homme hagard
Qui n’a plus rien dans le regard

Que des mots en traces de fard
Pour maquiller le désespoir 
Et le naufrage en son miroir…

 
***

Le vent se mêle à nos pensées
Jusqu’au dernier cheveu dressé!
Passe le vent sur les remords,
Roulant de tribord à bâbord,
Et quand l’eau monte en fière écume,
L'horizon n'est plus que de brume...


***

Le vent se mêle à nos pensées
Jusqu’au dernier cheveu dressé,
Passe le vent sur les remords
Roulant de tribord à bâbord,
Et quand l’eau monte en fière écume
L’horizon n’est plus que de brume…


Et quand l’eau monte en fière écume,
Le vent se mêle à nos pensées,
L’horizon n’est plus que de brume!
Passe le vent sur les remords
Jusqu’au dernier cheveu dressé
Roulant de tribord à bâbord!


Il se noue un moment de grâce,
De mille actions nos vies s’effacent,
Nous faisons corps aux tourbillons!
Sur un ciel noir nous naviguons,
Et la mer sur nos têtes lance
Des vagues comètes qui dansent!


Et la mer sur nos têtes lance,
Nous faisons corps aux tourbillons,
Des vagues comètes qui dansent!
Il se noue un moment de grâce,
Sur un ciel noir nous naviguons,
De mille actions nos vies s’effacent!


Un filet d’ambre au goût d’étoiles,
Est jeté par-dessus les voiles,
Qui s’étend au-delà du temps
Sur tous les marins de vingt ans!
Rêve confronté aux abimes,
Le chant de la mer nous décime


Rêve confronté aux abimes
Qui s’étend au-delà du temps,
Le chant de la mer nous décime!
Un filet d’ambre au goût d’étoiles,
Sur tous les marins de vingt ans,
Est jeté par-dessus les voiles!


La route monte et se fracasse,
Nous sommes voyageurs d’espace,
Mais qui arrivera au port?
Avant de vivre tant sont morts
Qui n’auront rien compris au monde
Qu’un seul reflet porté par l’onde


La route monte et se fracasse,
Avant de vivre tant sont morts,
Nous sommes voyageurs d’espace!

Ils n’auront rien compris au monde,
Mais qui arrivera au port 

Tel un reflet porté par l’onde ?


***

Le poteau à la fraise,
Le totem qui rend fou,
Le devenir au bout
Qui se déploie à l’aise!

L’animal peau de soie,
La girafe indocile,
L’autruche un peu débile
Qui veut rentrer chez toi!

Venez je vous demande
D’être comme une bande
De joyeux gais lurons

Autour de ma chanson,
Et d’une note aigüe
D’exulter dans ma rue…

***

Les vallées ondulent de vert
Et de feuillages en coulure
Où l’ocre et le rouge perdurent
Avant de se fondre à l’hiver ;

Plus loin on voit sur les restanques
Des touches d’abandon joyeux,
Frémissant en étranges feux
Tels ceux, jadis, des saltimbanques !

Ici nulle coulée d’or fin
Comme une chevelure épaisse,
Les tournesols, blés, maïs, laissent
La place aux oliviers sereins ;

On voit des pierres d’un gris morne
Et des bois presque noirs, vieillis,
Approcher l’aurore aujourd’hui
Au trot de brume des licornes !

Et tout respire l’Univers,
Une infusion du monde immense,
Et l’on ne sait plus lequel pense
De l’homme ou du bleu ou du vert ;

Au loin des châteaux et des armes
Tournoient au cirque d’horizon,
Et il n’est plus même le nom
D’un nuage en forme de larme !

S’apaise au soleil des chemins,
Un filet d’eau pure et diaphane
Qui retiendra peut-être un âne
A la rencontre du matin ;

Et je murmure au seul silence
Un embryon de mot humain,
Je ne sais quel poème enclin
A réveiller notre conscience…


***



 
 
 

Le temps me vole, et de moi-même
J'ai pris tant de jours à ma vie;
Combien de fois ai-je dit "j'aime"?
Et quand l'ai-je entendu depuis?

On nait d'une cage d'Histoire,
Où tout se noue à l'infini:
L'ombre des parents, leur mémoire,
Et l'imbroglio de nos ennuis...

L'élan de vivre, où tout respire,
Où tout se délie de nos corps,
De nos pensées, de nos délires,
Ne vient que juste avant la mort...

Comment l'atteindre, cet espace,
Qui veut déchirer nos malheurs?
Nos si petits parcours s'effacent
Dans l'immensité qui fait peur...

***
Le ciel en mosaïque
A perdu nos soleils
De bonheur chimérique,
De paix et d'arc-en-ciel !


Combien l'espace est vaste,
Et comme l'infini
Que l'Homme en lui dévaste
Se perd dans une nuit...


Tout, de feu et de flammes,
Se déchire en couleurs,

Et l'enfer prend notre âme

Au sang de sa douleur;
L'ombre passée se lie
Aux fleurs des galaxies...


Jean-Louis GARAC

***

No
tes : sur le peintre Ludwig Munthe