"Je suis la nuit, toujours, et l’aube qui se lève !", recueil de poèmes Jean-Louis Garac


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Initialement, je souhaitais mêler poésie et peinture à la première partie de ce recueil de poèmes; et plutôt que d'écrire de la poésie sur des tableaux déjà existants, ce que j'avais déjà fait par le passé de multiples fois, j’ai proposé à un peintre que je connaissais de créer des tableaux autour de ces textes.
 
Cependant, ce projet qui semblait avoir rencontré son «artiste peintre» n’a in fine jamais vu le jour!
Ce peintre a continué sa route et moi la mienne et quelque part tout compte fait je le plains d'avoir perdu un ami qui s'intéressait à ses œuvres et qui avait pu le considérer comme sincère dans ses créations...
Mais il faut continuer à marcher droit devant pour parcourir ce monde étrange. Au recueil initial de 16 poèmes, écrits autour de 2014-2015, j’ai aussi rajouté des poèmes plus courts, de 2013-2014, qui n’ont plus besoin aujourd’hui de leurs anciennes illustrations.

JL Garac, janvier 2018.


***

Tout revient au ciel d'or où se berce le monde :

Le souvenir d'amants comme les jours anciens,

Cet hier de l'enfance et ce pourquoi demain,

Enveloppés de mots que le mensonge sonde.

D'un côté l'infinie éternité qui va

Se détachant de nous atteindre Dieu lui-même,

Et puis ce bref combat, étincelle qui aime

Mettre le feu aux poudres des univers las...

J'ai appris à laisser tomber les feuilles mortes,

A n'être qu'un instant compilé à jamais,

A sentir sous mes doigts comme roses de mai

Le parfum du plaisir qu'un seul poème emporte.

J'ai compris que le temps devenait mon allié,

Que tous les morts pour rien un jour prenait mémoire

Et sous couvert d'oubli d'une éphémère histoire

Revenaient dans nos cœurs sûrement se lier.

***

Peuples qui marchent, qui bataillent,

Vous n'avez pas vu l'horizon;

Vos regards ont cherché la faille

Comme on cherche une trahison

Dans le regard de l'autre...Vaille

Que vaille on a pris ce poison;

-Vous n'avez pas vu l'horizon...

La haine est un système en berne,

La mort se découpe à la mort;

Que d'incroyables balivernes

Ont fait gober par ce ressort !

Sentez la peur qui nous gouverne,

Brûlant la vie sans nul remords !

-La mort se découpe à la mort...

A l'avenir le monde arrive,

Et le partage est infini !

Les guerres tombent sur les rives

Où l'océan d'éphanie

Transmue le sang en force vive,

En chants d'espoir, en poésie !

-Et le partage est infini !

***

Se retirer parmi les fleurs,

Parmi les amis des poètes,

Laisser infuser le bonheur

Comme rayonne un soir de fête,

Un soir d'écho qui nous entête

De mots perdus et de mots fleurs...

Plus que désir ou que passion,

Plus que d'ivresse ou de tristesse,

Te voilà collée d'impressions

A l'ombre des hommes; délaisse

En nous, liqueur des obsessions,

Fort d'alcool de mort et de vie,

Le goût de la mélancolie...

***

L’amour propre tue salement,

Jusqu’au dessin du sentiment.

La fleur d’aimer y sèche encore,

Que le souvenir nous dévore

D’un regard pleurant dans le temps !

Il faut jeter nos vieux réflexes,

Le fatras des codes, des textes

Qui lient notre vie au malheur ;

Aimer ne connait pas la peur,

Ni les placards maudits du sexe.

L’amour est de tous les pardons,

Mariage d’aube et d’horizon !

Quand il commence il se termine,

A son oméga il culmine,

Et tient au cœur d’une chanson !

Devant lui tout est inutile :

Passé, famille et biens futiles

Qui empoisonnent le présent.

Au milieu de tout ce néant,

L’amour nous donne un droit d’asile !

Il est comme un espace en fleurs,

Tesson d’infini, de candeur

Qui accepte tout de nous-mêmes

Comme tout pour ceux que l’on aime,

Par miséricorde et bonheur !

***

Danse mon arlequin,

La scène est vide,

Car les trop longs chemins

Laissent languides;

On peut jouer l'extase

En quelques pas,

Imaginer les phases

De nos combats,

Paraître à l'unisson

Du monde avide,

Et pirouette à frissons

Tomber lucide;

On peut prendre une pose

Même sans toi,

Ivre au fond de l'hypnose

De son cœur las...

Danse mon arlequin,

Tout est suicide,

Tu peux tendre la main

Au vent torride,

Il n'emportera souple

Qu'un corps déçu,

Simple écho de ce couple

Qui ne vient plus...

***

De ta vie je ne connais

Que des images de nus,

Un sourire dont je sais

Peut-être l'espoir perdu...

Une jeunesse-jouvence,

Aux parfums de ta peau fraîche

Que je goûte de la France:

Mythe et fruits d'or comme pêche!

Le soleil des dvd

Est californien je crois,

De pouvoir y accéder

Est déjà un rêve en soi...

L'infinie joie de tendresse

Vole léger sur ta scène;

J'aimerai que tu délaisses

Ce faux chemin de l'obscène...

De ta vie je ne connais

Que l'imperceptible et l'or

D'un regard; courbes, harnais,

Grain de soie en fleur du corps...

***

Je descendais seul des marches

De marbre et des Apollons

Désignaient nus l'horizon;

Un temple semblait une arche

Sur la colline bleu-nuit...

Quel chant ai-je pu entendre

Dans la musique si tendre

De ce vieux monde alangui?

Le bonheur poudre d'ivresse

Jusqu'aux objets quotidiens:

Pauvre lampe qui n'est rien

Et dont l'éclat devient liesse,

Pauvres gymnastes si noirs

Qu'ils dansent à l'infini

De ces parois arrondies

Pour les matins et les soirs...

Sur ce temps qui s'éternise

Je sais qu'il nous ment sciemment,

Et qu'un jour tout tristement

Ce sera poussière grise

Que mosaïque et jardin,

Et que Dionysos en pose

Si lascive...là je n'ose

L'inviter à vivre enfin...

***

Quand le soleil s'ennuie

Et qu'il part de nos cœurs

Le moindre mot nous nuit

Et sombre par erreur;

Tout un banc de nuages

Entraîne l'horizon

Dans un monde sans âge

Et sans nulle chanson!

Plus de notes collées

Au réveil, plus d'entrain

Et d'images frôlées

De parfums indistincts;

Plus de vivre et de danse

Où l'on se voit aimer

Et rire et où balancent

Nos corps aux vies germées!

Quand le soleil s'étiole

On est seul par millions,

Pénible cour d'école

Sans joie ni rébellion;

Se couvrant de l'espace

On s'enroule sur soi;

L'oiseau qui dort menace

Tout l'univers parfois...

***


Rêve en jeu de mots
L'atmosphère était d'océan,

De ce bleu froid et transparent

Où la lumière en blé ondule,

Comme au cadran d'une pendule;

Je me suis vu là dans le fond

Dans une forêt de cent thons...

Plus loin je poussais des rivages

Où le sable avait ton visage,

Et sur la plage un hôtel noir

Brillait comme un diamant le soir...

Ai-je entendu l'amour lubrique?

Mais les claques sont chimériques !

Je semblais vivre au jour la nuit

Si loin de tout ce qui nous nuit :

Faux amis, faux fric, et faux rôle,

Idée fausse et fausse parole !

Loin des éphémères brasiers

Quand le succès n'est qu'art bousier...

Alors je marchais vers des voiles

De nuages sur des mâts, châles

D'un coton gris pailletés d'or,

Les quais dansaient d'un faux décor

Au miroir des marins, sans doute

Un jeu d'homos que nul n'écoute...

***

Ce soir les photos m'impressionnent,

Celles d'un passé, presque jaunes,

A l'odeur d'un tiroir ranci!

Avec le presque bleu aussi

Qui contracte tout dans sa zone

D'oubli...

Le souvenir est une palette sans nom,

La couleur flanche et te dit "non".

Ce livre a marqué mes études,

Il se fane seul, et s'élude

Du monde des mains et des yeux!

Je suis invisible en ces lieux,

Et mes objets, par lassitude,

Sont vieux...

Le souvenir ajoute un pétale impalpable

Au temps de larmes et de sable.

Comment retrouver sur ces terres

Mon jardin de roses trémières?

Et ces arbres au velours doux?

Un flash rouge et sombre, jaloux,

A brûlé l'image première,

Partout...

Le souvenir est une lettre dont les mots

Perdent leur sens et leur écho.

***

Un monde bruyant et stupide,

Au plomb du vulgaire -Partout!

Comme une écume aux sels acides

Délite la vie par dégoût...

Étranges gueulards, sans mémoire,

Sans culture, et donc sans raison!

N'ayant pas vu qu'ils pouvaient croire

En eux, crevant de trahisons!

Ronde des morts aux corps difformes,

Poules, cafards, rampants visqueux!

L'enfer prend ces bouffons pour normes,

Et nous les mets devant les yeux.

Et par grimace et forfaiture,

Jeu du néant et du lampion,

Chacun laisse sa signature

Pour concourir comme champion...

***

Image ou hallucination

Le rêve est mon inclination :

Un puzzle de corps et d’aurores,

Comme un alphabet qui dévore

Toute autre considération !

Le fruit des chairs nées sous nos larmes

S’irise d’arc-en-ciel et charme

Toute la volupté des nus,

Inaccessibles inconnus

Que rien ne détourne ou n’alarme.

C’est un phare mais à l’envers

Où tourne en rond dans l’encre bleue

La lumière d’un homme anxieux,

Jusqu’au fond de mon cœur d’hiver.

C’est peut-être moi que je traque

Dans tous les clichés en miroir,

Quand jadis l’ivresse d’un soir

S’enchantait à l’alcool d’un claque.

Image ou hallucination

Voilà le propre des chansons,

L’idée au beau fixe des cimes

Où tous les rêves se déciment

A ce bûcher d’adoration !

Partout le parfum des corps danse

Dans la luxure ou la démence,

Et forme la seule obsession,

Comme le crime ou la passion,

Quand c’est l’image qui me pense.

***



Évanouissement d’image,

Absorbée de brouillards, d’écrans

Faits de mille voiles d’instant,

Comme une larme d’enfant sage !

Tout se rétrécit dans le blanc !

On y verrait notre passage

Sur cette terre de tourments :

Vagues traits d’ébauche au gommage.

On y ressent Giono, le temps

D’évoquer tel ou tel voyage

Dans la Provence des parents :

Champs de lavandes en sillage,

Et roches d’ombres surplombant

Des vals de brumes et de sang.



Tout s'enveloppe de mystères :

Mon désir à ton corps voué,

Ou le tien à mon corps à terre...

Culte d'amour inavoué...

* * *



C'est l'abandon que je célèbre,

Tes muscles forts et si bandés :

Poème de peau et ténèbres,

Feu de l'orgueil à quémander...

* * *

Un éclair de plaisir qui passe

Et qui ne reviendra jamais,

L'attente des semaines lasses

Pour un appel au coeur inquiet...

* * *

Regard où je ne suis plus qu'un objet

Presque effacé, presque déjà sans âme,

Tu es le roi dont je suis le sujet,

A tes genoux, dans les fers et les flammes...

* * *

Quel est ce plaisir démultiplié partout?

Courbes, cuisses, reins, tout d'infini rayonne

Et se perd dans l'absence et le bonheur jaloux

D'être le seuil livré aux joies que tu me donnes !

* * *

C'est un serpent qui sous la peau ondule,

Un frisson parvenu des confins noirs

Du corps ! Le collier qui tintinnabule

Donne à la procession le seul espoir

D'être soumis et de s'en prévaloir...

* * *

Au cuir se mélangent tes courbes

Et ces parfums bombés de sexe;

J'appartiens à tes cuisses lourdes

Et te servir est mon réflexe...

* * *



Je suis à skin, je suis si lisse,

Qu'un seul collier me lie à toi,

Que tu craches ou que tu pisses

Sur mon coeur tout déperlera...

* * *

Il est un mot "appartenance"

Qui est si fort, qui est si beau,

On y devine un roi de France,

Un Théophile ou un Rimbaud !

Il porte en lui l'âme des roses

Et leur piquant au goût de sang,

Il permet les métamorphoses

Comme il peut effacer le temps !

Il donne à voir un précipice

Où vont mourir tous les regrets,

Il offre un infernal délice

Aux remords devenus discrets...

* * *

La chaleur devient peau humide

Et la pulsion transpiration,

Goût haletant d'un suc acide

Où va grandir mon addiction...

* * *

D'abord c'est ta voix qui résonne !

L'ordre donné à respecter,

Tout faire pour que tu pardonnes...

Ou châties pour m'en délecter...

* * *

Le noir est plus noir que le cuir

Et que le cri de la souffrance;

Le mal te pousse-t-il à fuir

Ou à chercher ta délivrance?

* * *

A genoux pour l'offrande

Et le soleil droit dans les yeux !

L'éblouissant demande

A être reconnu pour Dieu !

* * *



Le corps est pétale de rose

Et tout se galbe à son bonheur,

Le plaisir arabesque explose

En jouissant sur ces rondeurs...

* * *

Ligne de muscle et de puissance

Qui a dessiné ton regard?

Je meurs de ce même rasoir

Qui te dénude en innocence...

* * *

Comme il est amer le chemin de l'abandon...

Je voulais y trouver un vrai corps de lumière,

Et un corps rassasié d'amour et de chansons

Pour éloigner des jours l'absence et la misère,

Et je n'aurai gagné qu'un souvenir, disons

Plus cruel qu'un espoir qui dort dans son mystère...

* * *

C'est le sel de l'amour, il excite l'envie

De goûter à nouveau au miroir des folies :

Je suis lui, tu es moi, tout se lit, se délie,

D'un mot, d'un vers, d'un regard nu inassouvi...

* * *



Epure, élévation, étreinte

Avec l'immatériel azur,

Tel qu'il était avant l'empreinte

Du soleil dans nos coeurs impurs.

* * *

Nous ne faisons que nous convaincre

De valoir mieux que tous ceux là,

Qui croisent nos vies, et parfois

Se laissent aimer pour nous vaincre...

* * *

La chair dénudée longuement s'appelle,

Cherche la chair de son plaisir,

Ondulation de plage telle

Qu'elle est le sablier de l'avenir...

* * *



La caresse redessine le monde,

Comme le souffle du printemps,

Elle part d'horizon et finit en lumière;

Au velours des passions lignes et rondes

Voluptés lentement s'imposent sur la terre,

Comme le souffle du printemps...

* * *

La peau est l'étincelle des rêves

Qui en reçoit le dessin de l'amour,

Le bonheur s'y étourdit et lève

Mille obsessions d'appels et de secours...

* * *



Jour après jour,

J'essaye de survivre,

Mais qu'espérer suivre

Sans un amour?

Jour après jour,

On vit pour sa famille,

On prend mille détours,

Parfois mille béquilles

Pour seul secours!

Jour après jour,

Le temps est une larme

De sang coulant autour

De nos mains, sans alarme

Autre qu'un coeur trop lourd,

Jour après jour...

Les rêves s'effilochent,

Poussière en fond de poche,

Images sans retour,

Jour après jour...

La vie démente

Prend une pente

Comme un dernier Monet

Tout brouillonné,

Et tout s'efface

Jour après jour

Dans cet espace...





* * *

S'ouvrir au soleil mouillé

Comme une fleur de rosée fraîche,

Coeur démon déverrouillé

A l'impatient goût de pêche...

Atteindre une nuit sans lune

Où tout s'éclabousse de vie,

L'impudence a forme de prune

Aux courbes noires de l'envie...

Couvrir le corps de l'amour

Comme les étangs sous la brume,

L'éternité prend toujours

L'oubli jaune et vert des agrumes...

***
Ici bas, les yeux fermés sur ma solitude,

Et d’aussi loin que viennent les déceptions,

Mon corps semble plonger dans l’or des certitudes !

Ma blessure est ouverte à l’orée des passions,

Elle saigne des mains où se perd la tendresse,

Elle est sur les lèvres où l’absence est poison,

Glissant dans les regards aux souvenirs qui laissent

Couler des larmes au plus cruel abandon…

***

Et si l’éternité se prenait dans nos bras,

Et la mandorle d’or de notre aura

S’ouvrait à ces trésors d’humanité perdue ?

Et si l’or déroulait lentement dans les rues

Cette lumière à cheminer vers toi ?

***



Je suis le repos, et la légende dorée,

L’enluminure fraîche au doux réveil des rêves ;

Ma vie à ce dessin ainsi incorporée

Donne un corps à jamais questionné par vos glaives !

Et la poésie dort en ce jardin d’amour,

Comme s’en vont dormir les souffrances des jours…

Je suis la nuit, toujours, et l’aube qui se lève !


Poèmes Jean-Louis Garac