Balancement d’Azur et de Noir -I-


(1) commentaires


Odilon Redon

Textes et poèmes de Jean-Louis Garac



Mais...si tu étais moins bleu que l'avenir?
Dis...oui, dis-moi les secrets de ce monde...
Terre...tu la recouvres d'une soie de voyage!
Années...comme le sable et galets d'un temps infini...


***
J'avançais dans la nuit, naufragé de mes rêves,
Et sans savoir
***
Sur le plateau d’une vie, le poids du bonheur fait rarement pencher la balance du bon côté, la plupart des hommes d’ailleurs n’en connaissent le goût et le parfum que par ouï-dire ou dans les proportions d’un aromate si rare que sa densité vaut le cil d’un safran…De quoi peut-on se nourrir intellectuellement sur terre? Il y a le risque de n’entretenir que ses illusions… On pourrait penser que le vide est tout…Tant de malentendus autour de sa famille, tant de malentendus autour de l’amour et de l’amitié, tant de malentendus autour des mots eux-mêmes, autour des sentiments que l'on pense avoir. Souvent le creux le dispute au vide. On mesure l'insondable mépris de certains hommes qui continuent leurs ravages: guerres, meurtres, médisance, hypocrisie, manipulations ! On constate que l’Homme penche trop souvent vers la mort, et surtout celle des autres...Ce monde cloisonné, fractionné, délirant, côtoie aussi celui de ceux qui se lèvent pour sauver, préserver, et donner une âme et un horizon nouveau à de nombreux défis qui s’accumulent devant nous ! Curieuse alternance de jour et de nuit, de bleu et de noir, d’espérance et de destin foudroyé…

 
 
***

H Lebasque




Le long des promenades,
Non, je n'ai plus d'amis,
Le soleil se fait fade
Et la mer s'obscurcit;

J'ai marché dans l'espace,
J'ai parcouru le temps,
J'ai senti les menaces
Planer sur le présent;

Ai-je oublié ma mère,
Ai-je perdu la foi?
L'amour tombe en poussière,
L'image n'est plus toi;

La partition des villes
Ne chante plus au coeur,
Les stucs et les coquilles
Ont perdu leur bonheur;

 
Remparts de pierres blanches,
Portes fermées toujours,
Les jardins se retranchent
Dans le gris-vert des jours;

Le long des promenades,
Où j'écrivais des vers,
Je sens une ombre froide
Montrer tout à l'envers:

 
Le bleu, la courbe d'anges,
Les tuiles roses, l'or
Des vagues, les franges
Des palmes qu'un vent tord...


***

 
Obscure épure au soir venu
D'un arc de mer noir étendu;
Que de couleurs de feux scintillent,
Et que l'humain, garçons et filles,
Y meurt dans nos regards perdus...

Un peu la fin de l'innocence,
D'un art de vivre au nom de France
Disparaissant à tout jamais;
La Liberté aura un "mais",
Glacial comme un trop long silence...

J'ai vu des arcs-en-ciel d'enfants,
Et des rires et joies de vivre,
S'arrêter là et ne rien suivre
De cette marche où va le temps...



***

Vitraux de Chagall
 
La vie nous appelle, c’est un défi immense!

La mer, univers en soi immense, a besoin de vos yeux et de vos mains;

Elle qui sent vos regards la caresser jusqu'aux horizons sans fin, vous demande votre secours;


La vie nous appelle, c’est un défi immense!

La terre, aux multiples couleurs, a besoin de votre présence bien ancrée sur son sol et de vos pieds;

Elle qui vous entend marcher pour des guerres inutiles, vous demande de la sauver;


La vie nous appelle, c’est un défi immense!

L'air, dont les gammes vont de la douceur parfumée à la tourmente la plus terrible, a besoin de votre odorat et de vos bras;

Lui qui vous imagine au coeur du souvenir humain, attend votre souffle pour lui redonner son sens;


La vie nous appelle, c’est un défi immense!

Les plantes, les arbres, les animaux sur terre et dans les eaux, ont besoin de votre conscience et de votre intelligence;

Eux qui vous accompagnent de leur présence humble et magnifique, crient aujourd'hui vers vous au fond de leur massacre;


La vie nous appelle, c’est un défi immense!

L'Homme, la Femme, l'Enfant ont besoin de votre amour;

Tous ces rêves croisés, ces silhouettes douces, ces allées et venues d'ouvriers, d'artisans, d'agriculteurs, de ceux qui réinventent le verbe, l'image, l'espace, les matières et qui tissent l'humain ont peur de la nuit qui s'annonce et vous demandent d'intervenir auprès d'eux;

La vie nous appelle, c’est un défi immense!

Dieu n'a pas besoin de nous et votre chemin est Libre;

Ni dogme, ni livre sur les comportements à tenir, ni enfermement de la raison; si Dieu est la mesure de l'univers, il ne peut en revanche prendre en nous que la place d'un sentiment caché, qui nous suit comme une ombre discrète en nous laissant le choix de notre destin.

La vie nous appelle, c’est un défi immense!



***



Flocons de printemps,
Déplié de soie,
Dans les doigts du vent
Délivrant sa joie
En pétales blancs
Fiers s'amoncelant !

Et le soleil vire
Comme un arc-en-ciel,
Les couleurs attirent
Une idée de miel,
Les fleurs sont l'empire
D'un coeur à traduire :

L'Amour Essentiel !

***

Kandinsky

Je passe en dérision
Des morceaux de ma vie,
Copeaux morts des passions
Qui ne font plus envie,

Ou tessons de vitrail
Et puzzles des visages:
Du Bacon, du détail
De Bosch en décryptage,

Des trognes de Brueghel,
Ou de Goya des vieilles,
Et d'Otto juste un fiel,

Rictus au mille fards,
Qui partout nous surveillent
Et jusqu'au corbillard...

***

Tout est rond et tout se caresse,
Depuis l'épaule jusqu'aux fesses!
Vois le téton qui va frémir
A l'idée qu'on va le cueillir!

 
Et tout s'attribue de pensées,
Judicieusement commencées,
Mais qui finiront bien plus tard
Au fond du coeur dans un placard...

Le roman d'amour et de rose
Sur le corps des amants se pose,
Ventre, genoux, oreilles, joues,
On met un "x" sur le tout!

Combien attendent les baloches
Pour jouer à un air de cloche!
Et que le rythme soit en eux
C'est le piston des amoureux!

Tout rond, tout rond, et tout ronronne
A l'ambre des muscles qui donnent
Tant de frissons à leur contact
Qu'on pourrait perdre notre tact!

Voilà, ils se métamorphosent,
La drogue d'amour est la dose
Que les amants rechercheront
Sous la peau d'un soleil tout rond!



***

Odilon Redon


Mon coeur est las, qui s'effiloche
Au fil des histoires sans coeur;
Seul, perdu les mains dans les poches,
Je suis une ombre de Gavroche,
Lorsqu'il ne reste que les pleurs...

Mais je me sens coupable et proche
De ceux qui tissent leur malheur;
Et fuyant celui qui approche,
J'entrevois pourquoi c'est la roche
Qui prend l'image de mon coeur!

Aurai-je ainsi raté le coche,
Dans l'illusion des mots trompeurs?
Le temps m'en fait un dur reproche
Et sonne au vent comme une cloche,
L'écho du glas au fond du coeur...



***

Fier, j'imagine un jardin fauve
Où le vent orchestre les fleurs,
Chaque pupitre a la couleur
D'une ancestrale alcôve
Aux seuls motifs rêveurs...

D'un éventail de feuilles tendres,
L'arbre danse au printemps tout frais,
Précieux compagnon à l'adret
Où les corps vont s'étendre
À "j'aime et j'aimerai"...

Désignez aux cimes la lune,
Au bouton l'horizon, soleil
Coulant comme un rayon de miel,
A la rose commune
Changez le goût du ciel...

Voyez l'euphorbe en vert reptile
Protège un cactus étonné,
Et le rythme, où le soir est né,
D'une note subtile,
S'enlace aux coeurs fanés...



***

K Haring


Je vis dans l’art régénéré
Par la poésie et l’offrande
D’un cœur d’homme-enfant qui quémande
Un peu d’amour immodéré…

Je suis le Klee et le prophète
D’une couleur à inventer !
Le temps a pris et segmenté
Les tissus de carreaux-serviettes,

Les tabliers des grands-parents,
Les doudous et laines légères
Dans le brouillard des éphémères
Et jeunes bonheurs d’un moment…

Alors je vis tout l’invisible
Qu’un seul regard pouvait porter,
Et bien sûr la voie Liberté
Comme autant de ciels accessibles !


***



Le bonheur mot crevard
N'est construit que de contes;
Il s'épuise au hasard
Des vies qu'on se raconte,
Il n'a plus que le poids
D'un souffle au bout des cimes,
Mais il parle de soi
Comme un portrait ultime...



***



Braque
Étrangeté d'un vol d'ennui
Qui semble une blessure ouverte;
Où va mon regard sur la nuit,
Où va mon rêve vers sa perte?

Un dessin noir au mur s'appuie,
N'est-il pas déjà un murmure?
Le début d'un cri qui s'enfuit
Comme une ronce à l'aventure?

Et dans le désert des cités
Des silhouettes deviennent pierres,
Veillant nos propres vérités
Dans ce chaos loin des lumières.

Et là s'effondre un monde vain,
Une fielleuse mascarade:
Les jours passés ne valent rien,
Tous les systèmes sont en rade!

Inventer, si raison le peut,
Construire, si amour le fonde,
Rattraper, si le coeur le veut,
Préserver, si l'esprit abonde...

Étrangeté d'un vol d'ennui
Vers l'horizon qui en nous brûle
Du cristal de demain, je suis
De moi déjà si incrédule...

***


Les fleurs nous adoptent, c'est vrai,
Elles font de nous leurs potiches,
Ce soir je suis vase de riche
Pour quelques roses sans secret!

Hier n'étais-je pas pot vulgaire
En couleur chaude de la terre
Pour recevoir des gazanias,
Pendouillant comme un vieux chéchia?

Et puis cette urne au ton austère
Jouant Atlas pour des dahlias,
Et qui vit jadis Victoria,
Me semble avoir mon caractère!

Ainsi moquez-vous grandement
De vos amoureux de printemps,
Et d'esclaves changés en vasques
Pour des bouquets par trop fantasques !


***

Tu es le fruit d'amour des jours perdus
Aux velours doux comme celui des pêches ;
Les ombres noires croisées dans la rue,
De leurs épines terribles et sèches,
N'ont rien abîmé de ce que j'ai cru...

De tout le temps qui est resté si nu,
De tout ce qui au quotidien empêche,
J'ai devers toi dans le rêve entrevu
Une histoire dont l'innocence fraîche
Semble une pluie au désert disparu.

Alors j'ai dit au nuage ma peine
Ou bien ma joie, ou bien je ne sais plus,
Car tu étais si proche du salut
Qui donne un sens à l'existence humaine...

***

G De La Tour
Je suis passé le long de cette nuit,
Comme un esquif longeant un soir la côte,
Témoin sans pouvoir, ou malvenu...hôte
Qui ne dit mot au monde fait de bruits ;
Lors, pourquoi ne pas mourir aujourd’hui ?

Je suis lassé d’un mensonge construit
Comme le plus noir et odieux des crimes,
La roue du temps impatiemment décime
Le coeur des avancées…tout se détruit ;
Lors, pourquoi ne pas mourir aujourd’hui ?

Je suis perdu devant l’immense ennui
Et l’imposture, et les contes de fées !
Les faux amours qui nous ont étouffés
Ont caché la vermine dans ce fruit !
Lors, pourquoi ne pas mourir aujourd’hui ?

Je suis blessé de ce monde depuis
Que j’ai compris l’étendue du désastre !
Le ciel n’est plus qu’un cimetière d’astres
Dont on ne voit que la vie qui a lui !
Lors, pourquoi ne pas mourir aujourd’hui ?

J'ai tant cherché un peu partout celui
Qui devait posséder ma délivrance,
Que j'ai du chambouler toute la France
Pour mille fois rester seul et sans lui !
Lors, pourquoi ne pas mourir aujourd’hui ?

Je sais ce but que l'horizon poursuit,
L'émulation des coeurs purs qui délaissent
Le mal au mal et jamais ne se blessent
Sur les cailloux d'un chemin sous la pluie;
Lors, pourquoi ne pas mourir aujourd’hui ?

***

Là je voyais des satyres aux lichens pâles,
Entre deux ombres de frondaisons, s'essayaient
A revenir en chair et parfums de juillet,
La tête parée d'asphodèles en étoiles...

Il n'est pas de statue qui ne tente un beau jour,
De s'amuser au jeu des visages fugaces,
Des regards en douce, ou rêveurs, ou qui se lassent
D'être trop admirés dans un trop plein d'amour...

Vu de la permanence, un humain paraît drôle,
Et si insignifiant dans un jardin de fleurs,
Où le vent vient jouer un air de barcarolle

Sur un univers clos, jaloux de son bonheur;
Car les bosquets épais et les arbres magiques,
Sont aussi quelque part des dieux énigmatiques...


***

JM Basquiat
Je n'ai plus qu'un visage étrange,
Cependant ni démon, ni ange,
Ni dû au pouvoir, au mépris,
Ni à l'amour, rose des fanges,
Dont la grâce n'a pas de prix!

Je n'ai plus qu'un regard qui passe
Sur tout le tragique qui lasse
Et qui jamais ne se finit,
Sur l'avenir qu'un jour efface
Comme un chemin où meurt la pluie...


***


Tout est faux au vertige de ce monde,
Toupie perdue au vent d'un vieux soleil,
La mort accompagnée de tous les fiels
Rythme le temps seconde après seconde...

 
Le mensonge est l'humus de notre esprit,
Le mensonge est le point commun des hommes,
Et tout le Mythe humain est à ce prix,
Qui détruit lentement ce que nous sommes...

D'abord on s'y élève et l'on s'y perd,
La vie s'écrit d'encre noire de contes,
Et, dans le brouillard des laissés-pour-compte,
Au printemps disparu, surgit l'hiver...

Parents, mes chers parents, combien de leurres
Qui n'aident ni à grandir, ni à rien;
Et toi Amour, masque de cire où pleurent
Les bonheurs contrefaits, ton nom est vain...

Que peut-il rester d'un divin message
Lancé par mille poètes d'un jour :
Des dogmes en roulement de tambour,
Des querelles sans fin, et des carnages...

Et même toi, noble refuge d’Art,
Ton chemin est trop souvent un calvaire,
Devant l’opportunisme sans égard
Ayant sciemment tout verrouillé sur terre…

***


Le mot vestige
A retourné sa veste,
Corolle en tige,
Et qui n’est pas en reste
Pour se mouvoir
Comme un beau soir…
La colonne à la lune
De l’infortune !
Le mot antique,
A cumulé les tics,
Et se trafique
A la barbe des flics ;
Chariot d’années,
Ainsi damnées
De ne se sentir plus
Qu’ombre des rues…
Le mot passé,
D’un fil de soie laissé
Inachevé,
S’est longtemps agacé
D’être un vieux leurre,
Ballon où meurent
Les enfances fécondes
Des nouveaux mondes…


***

Presque une comptine...

 
Douze chats bleus veillent sur moi,
Douze chats bleus au regard d’ambre,
Ni craintifs, ni taquins, ni froids,
Juste soie d’édredon de chambre,
Quand ils s’étirent près de moi…

Trois lézards bis courent joyeux
Sur les murs chauds comme des plages,
Tandis que les rêves précieux,
Bien au-delà de nos rivages,
Nous font aussi reptiliens qu'eux!

Six lamas rouges sont venus
Voir les Alpes au crépuscule,
La glace éparse au sang reçu
Mêle l'immense au minuscule
Et le silence à l'étendue...

Onze colombes de couleur
D'or sont cachées sous la glycine,
La vie pourrait leur faire peur,
Mais sous leurs plumes se dessine
Presque un oeil mauve et paille en fleur!


***
 

W Turner
J'ai souvent vu l'insignifiance,
Toute plombée de corps au coeur,
Et souriant comme un silence
Qui suit le couteau dont on meurt,

Venir évoquer quelques rêves,
De ceux qu'on fait à deux je crois,
Mais dont la conclusion très brève
Dit froidement qu'on n'y est pas...

Tant j'ai croisé la platitude
Que j'y associai chaque humain!
Penser devient une habitude,
Un moulin à café aux grains

De quelques actions quotidiennes,
Alors penser je ne sais quoi
De différent brouille l'ancienne
Vérité figée dedans soi...

J'ai vu sans fin l'incompétence
Si bien nourrie de son orgueil,
Que j'ai compris pourquoi la France
Sentait à ce point le cercueil;

Le "sans conscience" et "sans culture",
Se sont multipliés partout,
Aux mourants vient la pourriture
Pour s'en délecter jusqu'au bout...

J'ai compris que la malfaisance
Était le premier des ressorts,
Même pour un peu de romance
Ou d'amour! Tout semble bien mort,

Le froid envahit chaque chose,
Et le jardin des sentiments
S'effeuille aux angoisses des roses
Qui disparaissent sous le vent.



***

 
Tu as un corps comme l'ébène,
Des doigts plissés d'un rose clair;
Ma main dans ta main fuit sa peine,
Le regard du printemps prend le coeur de l'hiver...

Tu es l'ombre où les feuilles dansent,
La douceur des bambous sereins,
Et sur l'eau calme tu condenses
Tous les paysages exaltés, jadis peints...

Entre des fleurs qu'un vent mélange,
Je te suis en vagues frissons;
Parfois, il se tient là un ange
Qui sait sur nous, inquiet, tout ce que nous taisons...

La nudité n'est pas plus noire
Que l'embrasure du destin,
Et l'horizon de nos mémoires
Aux cistes de coton souligne nos chemins...

Ta lèvre a la délicatesse
Des fruits que porte la forêt;
Aucun de tes mots ne me blesse,
Me livrant leur fraîcheur comme un cours d'eau secret...

Dans tes bras forts le ciel immense
Semble m'ouvrir tout l'univers;
Je ne sais plus ce que je pense,
Aujourd'hui va fleurir de demain jusqu'à hier...

***

Bien avant Jéhovah, je sais
Qu'un Dieu avait crée le monde;
Il avait fait un disque plat
Comme on en voit parfois sur l'onde,
Et que les hommes habitaient,
En y faisant bien des dégâts...

Mais ces premiers humains penauds
Furent punis de leur désastre!
Dieu leur vola leurs horizons!
A peine voyaient-ils les astres
Que tous leurs parcours étaient faux,
Et tous leurs repères sans nom...

Sans horizon que puis-je avoir?
Ni devenir, ni but ultime,
Ni même envie de voyager!
Pour l'Homme ce fut un tel crime...
Les jours semblaient pareils aux soirs
Et plus rien ne put s'engager!

La civilisation mourut!
Le monde-cercle allait s'éteindre
Et s'évanouir au néant
Dont le reflux n'est que le plaindre...
Mis en boulette, noir rebut,
On constata la fin des temps...

Alors Jéhovah, paresseux,
Pris ce déchet sans nulle borne,
Et par la boue d'éternité
Il malaxa la terre morne,
Et sous d'interminables cieux
Il la fit rouler sans arrêt!

Comme horizon il lui donna
Des bouts de cercles sans limite:
Parallèles et méridiens!
La Loi fut écrite assez vite:
Que l'Homme marche et il saura
Que son but avance en chemin...

**

 
E Nolde
Lassé, cité de nuit et d'ombres pures,
Comme aveugle au bonheur de nos vouloirs,
Mais doublement aveugle au seul murmure
D'un autre chemin qu'on ne veut pas voir...

Alors vient le jeu des tristes postures,
Des hypocrisies au froid d'aujourd'hui,
Toujours le glaive et toujours la blessure,
Ceux aux corps d'acier et ceux au rêve enfuit...

C'est dans la nuit que l'avenir se donne,
La solitude appelle nos départs,
On voit du jade et des cristaux d'automne
Se perdre à l'infini de tout regard...

C'est dans l'envers des mots et des poèmes
Qu'on sent la feuille vivre et l'univers
Reprendre les idées des plus beaux thèmes
Des vols d’oiseaux abandonnant l’hiver…

 


Jean-Louis Garac printemps-été 2016