"Callas à Naxos", un nouvel opéra ?


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Si vous ne savez pas que la Callas a cassé son contre-ut il y a 30 ans c’est que vous devez être sourd ou un inconditionnel jour et nuit de Skyrock ; sinon vous auriez au moins appris, par les journaux papiers, télévisés, émissions diverses et hommages radiophoniques appuyés, que cette grande dame est ainsi devenue une étoile du chant comme jadis le fut La Malibran (voir « Stances à la Malibran » de Musset). Je ne vais pas ici vous faire le coup de la biographie de la Diva, la plupart des médias s’y emploient sans relâche...
www.naxos.com
Mais pour un gay que peut bien signifier « La Callas » de particulier ? Je pense d’abord qu’elle est pour l’éternité des mythes associée à Pasolini, ayant joué en 1969 dans le film « Médea ». Et sans le vouloir, elle reste pour beaucoup d’entre-nous l’héroïne intemporelle, et voix du destin brisé, dans le film de Jonathan Demme, « Philadelphia ». Rappelez-vous, quand l’acteur Tom Hanks, bouleversant et inoubliable, donne à son personnage de jeune homme malade du sida une âme extraordinaire et qu’il joue avec le chant de Callas ; on y entend le fameux passage de « la mama morta » (air de Madeleine) de l’opéra d’Umberto Giordano, « André Chénier ».


Bien sûr sa voix et son timbre si particulier font de cette femme une référence musicale incontournable, mais sans doute la vie même de Callas, malheureuse et bafouée et prototype de l’amour que l’on dédaigne nous la rend encore plus sympathique parce qu’on peut s’y reconnaître... Les grands rêves tués en plein vol nous renvoient toujours à nos propres souffrances, à notre sensibilité et à notre soif de reconnaissance.

Le talent de Callas est incontournable et c’est là que j’en viens pour ce double hommage musical : le premier concerne celui qu’il faut rendre à une grande dame qui a tout donné pour le chant lyrique et qui a révolutionné l’approche scénique des personnages d’opéra et qu’il convient de connaître pour briller un petit peu en société, et le second concerne la Maison d’éditions Naxos qui sort notamment un très intéressant coffret des principaux opéras interprétés par Callas (1).

En effet, Naxos a fêté en 2007 ses 20 ans d’existence ; et elle a été la première maison à ne pas prendre ses clients pour des imbéciles ou des vaches à lait, proposant des enregistrements à tout petit prix. Son créateur est Klauss Heymann, on peut le féliciter, lui et tous ses directeurs musicaux, pour le choix de cette politique ambitieuse au service de la musique et de tous ceux qui l’aiment.

Naxos, mérite donc notre plus grand respect, alors que le passage du disque vinyle classique au compact disc (CD) dans les années 90 a été accompagné d’une hausse des prix injustifiée (on est passé de 70 francs environ à 20 et 24 euros par CD classique, hors promotion, soit le doublement du prix du disque), cette maison a voulu rendre sa liberté de choix et d’achat au consommateur mélomane en éditant des cd entre 7 et 8 euros et aujourd’hui sur le net à moins de 5 euros parfois!

Mais ce n’est pas tout, Naxos a permis de faire enregistrer et découvrir pas mal d’oeuvres introuvables en musique classique et offre un choix époustouflant et une dynamique qui ne s’est jamais démentie tant au niveau de la qualité des oeuvres enregistrées au quatre coin du monde que de leur originalité aussi ! Le choix va de la musique médiévale à la musique contemporaine, et Naxos a eu aussi la bonne idée de développer quelques thèmes comme la musique américaine, la musique française, anglaise, latino-américaine etc. Il suffit de suivre les parutions mensuelles pour être convaincu de cette passion de la musique et de cette volonté à l’embrasser dans toutes ses facettes.

Les autres grandes maisons Emi, DG, Decca, et j’en passe, peinent à suivre maintenant ce géant et tournent toujours en rond ressortant les mêmes enregistrements qu’il y a vingt ou trente ans et à un prix pas forcément adapté à nos moyens !

La collection Naxos, elle, se décline en plusieurs chapîtres : « Naxos classique enregistrement moderne », « Naxos enregistrement historique », « Naxos musique de films », « Naxos Jazz » et quelques autres. Naxos a repris également des fonds d’enregistrements estampillés Marco-Polo, Bis etc.

Bref, si on vous dit quoi de nouveau, répondez Naxos, ils ont compris avant tout le monde que le cd hors de prix était condamné, que la musique n’était pas réservée à une élite argentée et que la qualité se découvre parfois avec des noms connus comme « Callas » comme avec d’autres noms inconnus et d’autres talents venant du monde entier. Pour l’hommage à Callas inutile de vous encombrer d’une intégrale aux enregistrements inégaux, préférez le coffret Naxos, dont les opéras ont suivi un procédé de « toilettage », et régalez-vous !

Cité dans ce billet :


Site de Naxos :

(1) Le coffret remastérisé CALLASSOTHERAPY (24 cd) comprend 12 intégrales lyriques : La Gioconda (1952), Lucia di Lammermoor (1953), I Puritani (1953), Cavalleria Rusticana (1954), Tosca (1953), La Traviata (1953), Norma (1954), Pagliacci (1954), Il Turco in Italia (1954), Madama Butterfly (1955), Aïda (1055), Rigoletto (1955), soient les gravures légendaires de sa période la plus faste sur le plan vocal. Bonus : Airs issus de son récital de 1949, Casta Diva, Liebestod, Qui la voce des Puritains... Un livret de 36 pages présente rôles et carrière de Callas.





La môme Bijoux s’apelle Juliette !


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Album CD « bijoux et babioles », Polydor 2008.


Une poétesse française sur le devant de la scène ! Une femme au talent immense et à la voix chaude et prenante, avec parfois un brin de timbre à la Colette RENARD ! Quelle malice, quelle jouissance avec les mots, quelle vitalité musicale et poétique ! Tout simplement « Bravo » Madame Juliette !


Avec Juliette les chansons reprennent corps et vie, ce ne sont plus des squelettes de textes sur des rognures de notes comme on l’entend chez trop d’artistes à la mode, ce sont de vrais poèmes aux rythmes habiles et aux rimes sans contorsion, de longs poèmes dont on ne voudrait pas qu’ils finissent tellement ils nous emportent dans le monde magique des bijoux sans prix et des babioles inaccessibles.


« Mais j’aime trop comme un opium

Ce rendez-vous de chaque nuit

Ces mots qui deviennent des hommes

Loin de ce monde qui m’ennuie »


Il y a chez Juliette un véritable plaisir d’écriture qu’elle nous fait partager avec une générosité quasiment « existentielle » ! Ce plaisir des mots chantés, cette musique qui les habille au plus près et les magnifie : voilà le bijou et la femme ou la musique et les mots, et l’ivresse qui va avec tel un vin rouge rubis !


« Tu es ce que tu es

Je suis comme je suis

A notre vie d’amour

Buvons jusqu’à la lie ! »


Imagination, photographie d’un moment, mélancolie, caricature jouissive, fine parodie, en 11 chansons le dernier CD de Juliette nous envoûte une fois de plus !


« J’oublierai mon nom

J’oublierai ma ville

J’oublierai même

Que je pars pour l’exil »


A noter que la chanson « Casseroles et faussets » me semble très pertinemment destinée pour la chorale de « Polychromes », une intuition fulgurante sans doute…


Juliette se pare également de très belles chansons comme celle « Fina estampa » de la poétesse péruvienne de langue espagnole Isabel Chabuca Granda (1920-1983), ou de façon plus étonnante comme celle de la « Tyrolienne haineuse », écrite par Pierre Dac (1893-1975), chansonnier et génial fondateur de « L’os à moelle », qui n’a pris aucune ride, s’amusant même sous la patte de Juliette d’un tempo presque rap !


Qui a dit que la chanson française se portait mal ? Ceux sans doute qui ne regardent que les émissions préfabriquées et décervelantes pour chanteurs ou chanteuses cloné(e)s et clowné(e)s !


Les chansons de Juliette nous racontent une histoire, il s’agit de vrais petits contes, des poèmes qui viennent du cœur. L’écriture est toujours sensuelle et juste, parfois impertinente, et telle la princesse TURANDOT elle est tigre et jeune fille !


« Qui surgira de l’ombre

Qui dansera bientôt

Sur mon coeur en décombres

La jeune fille ou le tigre ? »


Juliette tient de Barbara pour sa délicatesse, de Ferré pour sa force et de Trenet pour son âme poétique ; alors vite parez-vous des « bijoux et babioles » qu’elle nous montre, par sa magie vous serez plus sensible et plus riche du cœur et de l’esprit !

Cité dans ce billet :


Discographie de Juliette :

albums cd :







Ma vie mon œuvre



Rencontre avec Olivier Delorme, écrivain engagé


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Dans cette interview on pourra apprécier la passion et la conviction d’Olivier Delorme, qui n’utilise pas la langue de bois, dans son travail de romancier et son engagement d’homme du XXI°siècle contre toutes les inepties rampantes, galopantes et pontifiantes !


Jean-Louis Garac - D’où vous est venue l’idée de ce roman captivant et très documenté et qui vous a inspiré le personnage de Philippe ?


Olivier Delorme - Il y a deux sources à ce roman : d’abord un fait divers. La vente sur le marché international de manuscrits de la BNF qui a conduit à la condamnation, en 2007, du conservateur qui en avait la garde. Ayant suivi cette affaire, j’ai été profondément ébranlé (comme dans celle très différente d’Outreau) par la légèreté avec laquelle, au soi-disant pays des droits de l’Homme, on emprisonne avant d’avoir jugé, puis on condamne sans preuve. Il me semble que, dans notre pays, la procédure inquisitoire, la détention provisoire généralisée pour « casser » des présumés innocents qui sont en fait supposés coupables, le culte des aveux, le système qui permet de condamner sur une intime conviction, un pouvoir politique qui voit dans des lois de circonstances de plus en plus répressives la solution d’un nombre croissant de problèmes, et l’état scandaleux de nos prisons ont fini par donner naissance à un véritable cancer de la démocratie. L’aventure de Marion, ma conservatrice des Cranach du Louvre, est directement issue de mon intérêt pour cette affaire et des réflexions qu’elle m’a inspirées. Quant à la seconde source, c’est la rencontre à la Fnac de Reims, où j’étais venu présenter mon Château du silence dans le cadre des « Bisqueers roses », festival culturel gay et lesbien monté par l’association Ex Aequo, d’un lecteur gay et tétraplégique qui, depuis, est devenu un ami. Il s’agit de Michel Robert, à qui ce livre est dédié. Parce que, lorsque je lui ai dit que le connaître me rendait nécessaire d’écrire sur sa « condition », il a totalement joué le jeu. La vie de mon personnage n’a rien à voir avec celle de Michel, mais j’ai pu le bâtir grâce à ce que Michel m’a raconté de lui, parce qu’il a accepté de répondre à mes questions – y compris les plus intimes. Je lui dois un immense merci.


JLG- Dans les dénonciations, tant politiques que sociétales, et volées de bois vert que contient ce roman, vous ne ratez pas une occasion de stigmatiser le rôle des religions, notamment de la religion catholique, dans le malheur des hommes et en particulier celui des gays. Vous ne lâchez pas prise là-dessus, mais n’avez-vous pas peur d’aller parfois trop loin dans cette dénonciation en blessant un certain nombre de vos lecteurs ?


OD- On ne peut pas plaire à tout le monde et, pour moi, l’écriture suppose la sincérité. J’aime plaire, avoir du succès, comme cela s’est passé avec La Quatrième Révélation ; mais je n’écris pas pour plaire. J’écris pour captiver, entraîner dans une intrigue, amuser, émouvoir ; mais ce sont là des moyens. Le but c’est d’interroger le lecteur, de le bousculer, de le faire réfléchir. « J’écris pour agir », comme disait Voltaire. En outre, je pense que déplaire à certains ou les choquer est parfois la meilleure preuve qu’on est dans le vrai. Or, les thèmes que vous identifiez sont au cœur même de ma nécessité d’écrire. Je ne crois pas, comme certain chanoine de Saint-Jean-de-Latran [1], qu’il n’y a pas de morale sans transcendance ; je ne crois pas, comme lui, qu’un curé soit supérieur à un instituteur ni que les problèmes de la France viennent de la disparition des patronages ! Je suis à l’opposé de lui, qui se gaussait, dans son entretien avec Onfray [2] avant son élection, du « connais-toi toi-même » qui est au fondement même de toute notre civilisation – pas de la politique du même nom qui s’élabore à Eurodisney ! Je trouve scandaleux d’aller au Vatican pour déblatérer sur les martyrs imaginaires de la Séparation de l’Église et de l’État, sans dire un mot des innombrables morts, très réels ceux-là, que l’Église catholique a semés sur sa route depuis deux mille ans – des bûchers jusqu’aux victimes du sida par la grâce de la lutte acharnée des épiscopats africains contre le préservatif. Je trouve ignoble et indécent d’aller faire l’éloge des religions dans un pays où le droit se confond avec la Chariah et de s’y féliciter des progrès accomplis alors que la veille, en application de ce droit aussi religieux que monstrueux, on y a décapité à la hache une pauvre Indonésienne, un pays où l’on exécute les homosexuels, où l’on fouette et ou on coupe les mains ! où on piétine les droits de l’Homme, ceux des femmes et des pédés, précisément au nom d’une morale transcendante ! Pour moi, la présidence Sarkozy et la bushisation de la République française qu’elle semble vouloir imposer (en même temps d’ailleurs que sa berlusconisation), est hélas un pas de plus dans une direction que je redoute depuis une décennie : le retour du religieux dans la cité ; c’est aussi la preuve par le réel que ce que j’écris ne s’inscrit pas dans un combat d’arrière-garde mais dans un combat d’une actualité brûlante, sans doute dans ce qui sera un des combats majeurs du siècle qui s’ouvre : le combat contre un obscurantisme religieux de nouveau conquérant. Que les catholiques, les mahométans ou les zoroastriens croient ce qu’ils veulent ne me gêne ni ne m’intéresse. Mais je n’accepte pas plus la présence de représentants des confessions au sein de l’État que celle, dans certaines prisons, aujourd’hui, en France, de bonnes sœurs investies des missions de fonctionnaires et placées en situation d’intimider les détenues pour les empêcher d’avorter, ou d’enlever les préservatifs des paquetages de sortie : le réinvestissement de la cité par le religieux, en France, c’est Vichy ; en Croatie, les horreurs oustachies de la dernière guerre mondiale ; la morale transcendante du chanoine de Saint-Jean-de-Latran, c’est l’indifférence du siège qu’on dit saint face aux massacres nazis, oustachis et autres, puis le sauvetage des massacreurs par le Vatican – toutes choses que j’évoque dans L’Or d’Alexandre. Je vous rappelle cette citation de Louis Veuillot, un grand polémiste catholique du XIXe siècle que j’avais mise en épigraphe de la troisième partie de ma Quatrième Révélation : « Quand je suis le plus faible, je vous demande la liberté parce que tel est votre principe. Mais quand je suis le plus fort, je vous l’ôte parce que tel est le mien. » Sachons en tirer les conséquences avant qu’il ne soit trop tard… pour les gays comme pour les autres.


JLG- N’êtes-vous pas, en tant qu’historien et romancier, à la même place que Philippe dans son fauteuil roulant ? L’écriture ne joue t-elle pas pour vous le même rôle que la « bourse » pour Philippe ?


OD- Je pense que l’écriture est beaucoup plus importante pour moi que la bourse ne l’est pour Philippe. Après la parution de mon premier roman, Les Ombres du levant, il y a dix ans, elle est vraiment devenue l’axe véritable de ma vie. Je lui ai tout sacrifié, à commencer par ma carrière universitaire. Elle est aujourd’hui une nécessité absolue : je ne pourrais plus vivre sans écrire. Avec mon compagnon, les amis, le sexe et la table, elle est ce qui m’apporte le plus de plaisirs – le sel de mon existence. Mais d’une certaine manière, vous avez malgré tout raison. Pour Philippe, boursicoter c’est une manière de ne pas être réduit à une passivité absolue par son handicap, de ne pas dépendre d’autrui. Une manière, dit-il, d’être moteur malgré son immobilité, en finissant par gagner plus d’argent que son compagnon valide. C’est aussi l’expression de sa volonté individuelle de subvertir un monde dominé par le capitalisme libéral, aux règles duquel il ne veut pas se résoudre, d’utiliser les moyens de ce capitalisme pour échapper à sa loi d’airain. Et pour moi, en effet, l’écriture est également une manière de ne pas être passif face à des évolutions du monde et de la société que je réprouve, des évolutions face auxquelles je suis impuissant mais que je ne veux pas renoncer à combattre – fût-ce comme Don Quichotte face aux moulins à vent.


JLG- On retrouve dans ce roman certaines idées déjà exposées dans vos livres antérieurs, notamment la philosophie développée par vos deux héros qui ont compris qu’il fallait profiter de la vie et ne rien laisser passer de bon. Sentez-vous une urgence particulière à les réexprimer à nouveau ?


OD- L’hédonisme est pour moi une urgence dans ce monde qui ne connaît plus que le fric, le travail, la consommation, y compris de produits dits culturels. Si je combats le christianisme, c’est aussi parce que je combats le « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », « tu enfanteras dans la douleur », etc. Tout ce que le christianisme véhicule de culpabilité et de rédemption par la mortification – les « valeurs » que, dans L’Or d’Alexandre, représente la mère de Philippe. Aucune souffrance, jamais, n’est désirable ; aucune douleur ne sert jamais à rien. Le travail subi (c’est-à-dire celui de tous ceux qui ne travaillent pas par et pour leur passion) aliène le corps et l’esprit. Les Anciens le savaient bien pour qui l’idéal de vie était l’otium, c’est-à-dire le loisir de cultiver son souverain bien, de travailler pour soi et d’en jouir, pas pour produire ou survivre. Le problème n’est pas de travailler plus pour gagner plus. Il est de travailler mieux et d’être justement rémunéré pour être plus heureux. « Le bonheur est une idée neuve en Europe » écrivait Saint-Just en 1794 ; elle l’est encore aujourd’hui. Et ce n’est ni Gide ni les 40 heures hebdomadaires, comme l’ont prétendu les prédécesseurs vichyssois du chanoine, qui sont responsables de la défaite de 1940. Forcer les gens à travailler de plus et plus longtemps n’est pas une nécessité économique. Il suffirait de revenir à la répartition des richesses entre capital et travail des années 1960 pour régler les problèmes de la misère, comme les déficits des comptes sociaux. C’est un moyen d’empêcher nos concitoyens de penser et de jouir – deux activités puissamment subversives pour les capitalistes comme pour les religieux. Parce que la pensée et la jouissance sont libératrices. Alors qu’enchaîner l’homme à son travail, le tenir sous la menace du chômage par la grâce aux délocalisations, c’est s’assurer de sa docilité. Il est plus facile de l’abrutir, une fois épuisé par une journée, une semaine ou une vie de travail, que de lui donner les moyens de se cultiver, et de cultiver des bonheurs autres que marchands. Car l’hédonisme, la recherche du plus grand bien au prix du moindre inconvénient sans nuire à autrui, n’est pas une voie de facilité ; c’est une ascèse, une morale bien plus exigeante et excitante que la morale sarko-transcendantale. Lisez Onfray ! L’Or d’Alexandre, comme mes précédents livres, est donc une ardente défense de cet hédonisme-là, mais aussi des moyens qui permettent d’y accéder : une éducation exigeante qui apprenne à penser, à comprendre le monde, qui forme à la critique du conformisme ambiant (ce à quoi l’Éducation nationale a renoncé, victime à la fois de sa propre lâcheté et des libéraux qui veulent former des producteurs, pas des honnêtes hommes) ; une vraie politique culturelle – ce que, malgré les apparences et les discours, ce pays n’a plus depuis des décennies. Il n’est qu’à voir l’état de notre enseignement artistique, celui des lettres, l’état de notre télévision et la politique des musées (à laquelle je m’attache dans L’Or d’Alexandre) initiée par le sinistre Donnedieu de Vabres qui supprima la gratuité d’entrée au Louvre pour les enseignants mais l’établit pour les salariés de Total. Une politique dont le seul but n’est plus que de faire du fric. Dans L’Or d’Alexandre, à travers un suspense que j’espère prenant et deux enquêtes – sur des tableaux du Louvre remplacés par des faux et sur l’acquisition par le musée d’un fabuleux trésor d’orfèvrerie hellénistique offert autrefois par Alexandre le Grand à l’Athéna de Delphes – je pose la question de savoir si le faux et le vrai sont encore des catégories pertinentes à une époque où la communication a pris le pas sur la culture, l’imposture sur la politique. À une époque où l’éducation, la santé, les musées doivent devenir rentables. Où l’on ouvre des succursales du Louvre comme des Carrefour, afin de transformer les collections nationales en actifs financiers générateurs de revenus, en attendant de permettre aux musées (comme c’est déjà le cas dans L’Or d’Alexandre alors qu’on en est, dans la réalité, au stade des rapports et des propositions de loi) de vendre une partie du patrimoine national accumulé depuis des siècles par tous les régimes – hormis Vichy qui se fit complice des pillages nazis, comme je le dis dans ce livre.


JLG- La vie de vos deux héros est liée par un amour profond et un dévouement sans doute hors du commun... Cependant, ne trouvez-vous pas que le monde gay, ou « pédé » pour reprendre vos termes, est lui aussi bien sujet à critiques : jeunisme, barebacker, cloisonnements extrêmes, repli sur soi...


OD- Il n’y a aucune raison que les gays soient meilleurs que les autres. Il y a, parmi les gays, la même proportion d’imbéciles ou de salauds que dans le reste de la population. En l’occurrence les barebakers incarnent, à mes yeux, l’antithèse du libertinage que j’évoquais plus haut. Celui qu’Onfray qualifie de solaire et qui suppose une éthique de responsabilité, de ne nuire ni à soi ni avant tout à autrui. Ils font le jeu de la vieille logique chrétienne de la punition. Ils la justifient par leurs élans morbides. Alors que, pour moi, Éros n’a décidément rien à fricoter avec Thanatos. Éros est pulsion de vie et de bonheur. Quant aux gays, ils sont probablement victimes, dans la même proportion que le reste de nos contemporains, de cette « non-culture » de la toute-puissance de l’image qui les prive des bonheurs qui sont pour moi les plus précieux de l’existence. Et je regrette, bien sûr, notamment, qu’ils ne lisent pas davantage !!! Mais en ce qui me concerne, je pense que le fait d’être pédé (je n’aime pas plus le médical « homosexuel » que l’anglicisme « gay ») a été une chance. Ce fut parfois difficile, mais je suis content de ma vie. Heureux pour tout dire, malgré les frustrations, les déceptions, les chagrins que connaît tout homme. Je pense en tout cas, comme le dit Stéphane, à un moment dans L’Or d’Alexandre, que le fait d’être pédé m’a gardé en éveil par rapport à la glissade vers le conformisme qui vient souvent avec l’âge. Peut-être, quand on est pédé, si l’on n’a pas été un jeune con, devient-on moins aisément un vieux con ! Et puis j’ai eu la chance de rencontrer mon mec, il y a 23 ans ; et nous avons eu le talent de savoir nous garder, de ne pas sacrifier l’essentiel pour des jalousies, dont j’écris ce que je pense dans ce livre, de surmonter nos crises. C’est à lui que je dois d’avoir pu tout consacrer à l’écriture, et tant d’autres choses. Il m’est aussi essentiel que Philippe et Stéphane le sont l’un à l’autre. Mais je ne parlerais pas de dévouement : un mot qui ferait sauter Philippe dans son fauteuil ! Parce que derrière ce mot, il y a pour moi toute la vieille ordure chrétienne du sacrifice, de la charité. Quand on est heureux de regarder ensemble dans la même direction, de se blottir l’un contre l’autre, quand on est heureux des bonnes fortunes de l’autre, qu’on n’a absolument pas l’impression de vivre ensemble depuis plus de vingt ans… même si on fait pour l’autre des choses qui vous coûtent et qu’on ne ferait pour personne d’autre, il ne s’agit pas de dévouement. Il s’agit simplement d’amour.


JLG- Comme vous racontez le travail extraordinaire entrepris par Rose Valland durant la guerre et l’après-guerre, n’avez-vous pas envie de reprendre l’idée exprimée par un de vos personnages : à savoir de réaliser une exposition sur les œuvres perdues et/ou détruites durant cette période, et sur l’épopée des œuvres qui ont pu être retrouvées et identifiées ? A ce propos le livre essai de Feliciano, « Le musée disparu », édité en 1995, reparaît.


OD- Dans L’Or d’Alexandre effectivement, Marion, ma conservatrice accusée du trafic de faux, a le projet de monter une pareille exposition au Louvre. Et j’aimerais beaucoup visiter cette exposition que j’imagine à travers elle ! La découverte pour moi de ce que furent la réalité et l’ampleur des pillages nazis en Europe, du nombre d’œuvres spoliées qui n’ont jamais reparu, sans doute en partie détruites mais aussi en grande partie cachées depuis dans des collections privées, comme le montre la réapparition sur le marché, chaque année, d’une ou plusieurs d’entre elles, a été un choc. La découverte du rôle joué par Rose Valland, une modeste attachée de conservation, ainsi que par Jacques Jaujard, le directeur des Musées de France, leur courage personnel et leur acharnement, les risques qu’ils ont pris pour sauver tout ce qu’ils pouvaient du pillage, pour répertorier ce qu’ils ne pouvaient pas sauver et noter les destinations des convois, tout cela m’a passionné… et rempli d’admiration. J’aime admirer. En outre, une telle exposition serait une belle manière de rendre hommage à cette femme qui s’est incrustée, seule française au musée du Jeu de Paume transformé en gare de triage des œuvres volées entre 1940 et 1944, dans le dispositif de brigandage nazi. De rendre hommage aussi à Jacques Jaujard, entré dans la Résistance dès 1940, ainsi qu’à l’attitude exemplaire de la quasi-totalité de l’administration des musées qui, malgré les Allemands appuyés là comme ailleurs par Vichy, a âprement défendu les collections publiques comme les collections privées appartenant à des israélites et menacées de spoliation.


JLG- Un roman historique se déroulant dans la Grèce antique, car c’est je crois un de vos domaines privilégiés, vous tenterait-il ?


OD- Mon éditeur, Henri Dhellemmes (le H de H&O) me le demande depuis plusieurs années. J’avais presque commencé à construire quelque chose autour d’Alcibiade, lorsque H&O a publié Le Songe d’Alcibiade (un très bon bouquin) d’Eric Jourdan : deux romans sur ce personnage chez le même éditeur, ça faisait un peu beaucoup. J’ai une autre idée qui me trotte dans la tête. Mais il me faut du temps. Et puis l’exercice du roman historique me fait très peur ; les anachronismes vous guettent à chaque ligne : c’est Flaubert, je crois, qui en lisant La Vie de Jésus de Renan, où les apôtres se promènent parmi les orangers, note que cet arbre n’est rapporté de Chine en Palestine que par les caravanes arabes du Moyen-Age.


JLG- Lorsqu’on étudie l’Histoire et que l’on voit passer à travers tant de documents d’innombrables vies assassinées, et aussi tant d’œuvres d’art détruites à tout jamais (ce qui rend la Culture aussi fragile qu’un groupe humain), cela ne donne-t-il pas une forme de vertige, en rappelant les mots de Paul Valéry « Toutes les civilisations sont mortelles... » ?


OD- Oui et non. « Matériellement », vous avez incontestablement raison. « Historiquement », c’est déjà plus compliqué : elles sont mortelles, et en même temps elles continuent à vivre autrement. La Grèce ancienne n’est plus ; pourtant, la loi comme expression de la volonté d’un corps civique, la démocratie, la philosophie, l’histoire, le théâtre, l’urbanisme et tant d’autres choses qu’elle a inventées, remodelées ou développées, demeurent au fondement même de notre civilisation. Rome a disparu ; le droit romain reste le socle du droit écrit, caractéristique des pays latins par rapport aux pays anglo-saxons de droit coutumier. La Renaissance nous a appris qu’on pouvait forcer les monothéismes à admettre la liberté de conscience. Les Lumières et la Révolution française ont inventé le bonheur, le contrat social, les droits de l’Homme ; ils ont permis aux Européens de quitter l’état de sujets soumis à un monarque absolu pour celui de citoyens, substitué la souveraineté nationale au droit divin. Et spirituellement c’est encore une autre histoire. Je défends par exemple, notamment dans Le Plongeon qui vient de reparaître en collection de poche, que la Grèce ancienne reste très présente dans l’orthodoxie grecque. Séféris [3], le prix Nobel grec de littérature, écrit que tout est plein de dieux, et le romancier Emmanuel Roïdis [4], dans La Papesse Jeanne, que les saints grecs ne sont que des dieux antiques que l’Église a déguisés pour pouvoir s’imposer. C’est pour moi une évidence : saint Nicolas est Poséidon, le prophète Élie est Apollon, quant à saint Dionysios… Enfin, personnellement, je peux vous dire que rien n’est mort, pour moi, en Grèce. J’écris quelques pages sur Delphes, dans L’Or d’Alexandre, et ce que j’y fais dire à Philippe est exactement ce que je ressens en cet endroit – ainsi qu’en quelques autres (Bassae, Épidaure, Mycènes, Dodone…), même si Delphes a une magie, une force incomparables. Je suis allé je ne sais plus combien de fois en ce lieu, je pourrais y retourner chaque année ; je souhaiterais y mourir. J’y suis bien. Serein. Apaisé. Parce que le dieu y habite toujours. Lequel ? Apollon ? Pourquoi pas, s’il faut lui donner un nom ! Le génie du polythéisme grec est d’avoir compris que, s’il existe quelque chose d’autre que notre monde matériel, qu’on l’appelle les dieux ou, comme Mitterrand, les forces de l’esprit (une expression qui me convient assez, même si je n’ai rien d’un miterrandolâtre), les hommes ne peuvent le concevoir. Et qu’alors, il est beaucoup plus sain de fabriquer des dieux à l’image des hommes (tout est dans le pluriel), plutôt que de croire que Dieu a construit l’Homme à son image (tout est dans le singulier !), révélé Un livre, établi Une vérité, Une église, Une morale, Un dogme. En cela aussi, pour moi, la civilisation grecque n’est pas morte. Au contraire. Je vais être provocateur, mais j’aime bien cela : ce que j’essaye de montrer également dans tous mes livres (Apollon et Dionysos sont au centre du Plongeon, La Quatrième Révélation est dédiée à Hermès, L’Or d’Alexandre à Athéna) c’est que la mythologie grecque n’est pas une série de petites histoires plus ou moins ridicules, qu’elle peut au contraire donner des réponses très efficientes à des problèmes d’aujourd’hui ; que face au retour de la haine et de la théorie du pouvoir que véhiculent les mythologies monothéistes (car ce ne sont que des mythologies), c’est encore la Grèce qui peut nous fournir une partie des contrepoisons.


JLG- Vous parlez d’un auteur yougoslave « Pradcik » et vous en faites faîtes un prix Nobel ; son histoire comme celle de sa femme participe à l’intrigue de votre roman, mais pourquoi avoir créé ce romancier alors que tout le fond historique est vrai, sauf bien sûr quelques noms de personnages contemporains « inventés » ou « transposés ».


OD- Comment dire ? Tout est vrai parce que tout est faux, et réciproquement. Dans Le Rouge et le noir, Stendhal décrit la France de la Restauration ; les La Mole n’existent pas et pourtant ils sont complètement vrais. Idem pour La Chartreuse, pour Flaubert dans Bovary ou l’Education sentimentale, chez Balzac comme chez Proust ou chez Anatole France lorsque, dans l’Histoire contemporaine, il décrit la vie d’une petite ville de province au temps de l’affaire Dreyfus ; dans un genre très différent, chez James Ellroy dans American Tabloid pour ce qui est des coulisses mafio-policières du pouvoir dans les États-Unis de Kennedy. Pour moi, l’obsession nombriliste de la littérature française actuelle est suicidaire. Le romancier travaille sur lui, bien sûr, mais aussi sur le monde : donc j’invente, je transpose, je mélange. Je m’amuse. Il y a une dimension ludique importante dans l’écriture (et un éloge du jeu, de la dimension ludique de l’existence dans L’Or d’Alexandre) : tromper le lecteur, l’égarer en lui faisant croire qu’il existe un Dictionnaire gay de la mythologie, comme dans La Quatrième Révélation, ou qu’un Pradcik qui n’existe pas a eu le Nobel est un grand plaisir. Sauf quand ils sont historiques (de Gaulle dans Les Ombres du levant ; la reine Frédérika de Grèce dans Le Plongeon ; les nazis, les oustachis [5], les évêques français ou les organisateurs ecclésiastiques de l’exfiltration massive des criminels de guerre après 1945 dans L’Or d’Alexandre), aucun de mes personnages n’est un seul personnage copié de la réalité. Ils doivent être crédibles, agir dans un contexte historiquement irréprochable lorsque je les place dans le passé, mais ils sont des personnages de fiction, pas des photos plus ou moins déformées de la réalité. En l’occurrence, j’avais inventé Pradcik, comme une référence et une silhouette, pour Le Château du silence. J’avais même mis une citation de son discours Nobel, aussi imaginaire que lui, en épigraphe d’une des parties de ce livre : « les hommes sont des hommes et les loups sont des loups. La civilisation est ce qui permet aux hommes d’avoir plus à craindre des loups que de leurs semblables ». Frédéric, qui est aussi mon premier pourvoyeur d’idées, aimait bien ce Pradcik, tout en trouvant dommage que je me sois arrêté à l’esquisse. Il souhaitait que je lui donne plus d’existence ; et comme ses désirs sont des ordres, j’en ai fait ce mélange entre Havel, Kadaré et Ivo Andric [6] un humaniste et un cœur généreux, une conscience et une gloire nationales hésitant entre ses convictions et les privilèges de la nomenklatura titiste, entre le statut de presque dissident et celui de pas tout à fait écrivain officiel, profondément yougoslave, c’est-à-dire révulsé par les chauvinismes sanglants, fils des tragédies de la dernière guerre mondiale, qui ont conduit aux terribles guerres de sécession dont sont sorties ou sortent d’exécrables solutions qui ne sont sans doute pas plus justes que durables.


JLG- Stéphane est baptisé plaisamment « Indy » par son ami Philippe, en référence au surnom d’Indiana Jones, est-ce un désir inconscient de voir porter à l’écran L’Or d’Alexandre ?


OD- Stéphane est archéologue ; il est également très porté sur la bonne chère et un peu enveloppé. Si Philippe lui donne ce surnom, c’est avant tout par jeu : leur relation aussi est en partie fondée sur le jeu, en plus de la connivence, de l’affection, de l’ironie. Cela dit, je pense en effet que ce livre, comme La Quatrième Révélation d’ailleurs, pourrait faire un excellent film ! En tout cas si un producteur ou un réalisateur était intéressé ou si un des lecteurs de cet entretien avait des contacts dans le milieu, qu’ils ne se gênent surtout pas ! En ce qui me concerne, une pareille aventure me passionnerait.


JLG- Je vous remercie Olivier Delorme pour cette interview !


Vous pouvez vous procurer L’or d’Alexandre , éditions H&O, dans votre librairie habituelle et sur le site des éditions H&O

"L’or d’Alexandre", d’Olivier DELORME, roman policier... et beaucoup plus encore


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« L’or d’Alexandre » d’Olivier Delorme, où l’on apprend que tout ce qui brille n’est pas or !







« L’Or d’Alexandre », roman d’Olivier Delorme, n’est pas un roman policier, froid et nébuleux, où tout est sacrifié aux ressorts d’une intrigue aussi stupéfiante qu’improbable et où des personnages, n’ayant l’épaisseur que d’une feuille de papier, ne laissent guère de souvenirs à leur lecteur.


Ici, Olivier Delorme, formation d’historien, de numismate et d’archéologue oblige, réussit un tour de maître : nous passionner avec une aventure qui prend ses racines dans l’Histoire et dans l’Art en nous racontant une profonde histoire d’amour entre deux hommes. A noter que le volet historique est à deux niveaux : l’attaque de Delphes par le général gaulois Brennus et le vol des objets d’art par les nazis !


Ce roman est aussi un extraordinaire condensé sur de grandes questions de notre temps, une invitation au voyage (Delphes - Senj en Croatie) et à la réflexion ! Car Olivier Delorme n’alimente pas son roman que d’un passé historique tragique, il a aussi une âme d’idéaliste et dresse le constat d’une France d’aujourd’hui bien « malade » !

Il dénonce l’état délabré des prisons, les dysfonctionnements de la Justice, les droits insuffisants des gays, et les droits insuffisants des personnes handicapées, la politique culturelle actuelle, l’absence du droit lorsqu’il s’agit de mourir dignement etc. Sa diatribe souligne le risque majeur de perte de nos identités et de nos libertés !


Delorme dénonce également le totalitarisme religieux, avec la même ironie et férocité que Voltaire en son temps, ou que le philosophe Michel Onfray aujourd’hui, en digne héritier des Lumières ! Les homophobes et familles homophobes en prennent aussi pour leur grade : ils sont révélés sous l’éclairage de l’hypocrisie, de la bêtise, et sous la coupe abrutissante de la religion. Par exemple, pour ceux qui ont suivi les épisodes américains de « Queer as folk », le personnage de la mère de Philippe rappellera le personnage de la mère de Brian : une maman grenouille de bénitier comme on voudrait s’en défaire prête à maudire son fils homosexuel…

Le roman est construit en plusieurs livres dont les chapitres sont racontés alternativement par les deux héros en couple « Stéphane » et « Philippe ». Ce qui donne une facture originale et attachante au livre. Ces deux personnages sont les deux « masques » que prend Olivier Delorme pour nous raconter cette histoire hors du commun, car il y a beaucoup de lui chez l’un et l’autre des deux protagonistes sans toutefois qu’on puisse les confondre.


Ce ton épistolaire, je le souligne, convient très bien à Olivier Delorme, son style s’y épanouit librement. Il nous avait déjà livré dans « La Quatrième révélation » de très beaux courriers « retrouvés », du petit ami de saint Paul, propices aux confidences et aux révélations aussi scabreuses qu’incroyables !

Bien sûr dans « L’or d’Alexandre », le suspense tient le lecteur, mais le roman, complexe et subtil, permet à Delorme, comme je le disais plus haut, d’explorer toute une richesse de situations, de personnages et d’horizons. On passe de l’introspection, à la poésie (de très belles descriptions de la Grèce), au lyrisme, à la dénonciation véhémente, aux faits historiques réexpliqués (dans toute leur horreur parfois), et aux minutieux rouages de l’intrigue ! Quel dosage étonnant qui surprend, qui pique au vif, qui nous communique les indignations de l’auteur, qui nous fait rêver, qui nous alimente d’informations sur l’art, ses techniques, sur l’Histoire et tous ses à côtés sans nous lasser un seul instant ! Loin d’être un roman passe-temps, c’est un roman qui nous interroge de multiples façons et qui nous suggère aussi de profiter du temps présent !


Ce roman vaut donc le détour ! « L’Or d’Alexandre » vous procurera de précieux moments de lecture et d’évasion ! Vous aimerez le ton juste et prenant d’Olivier Delorme qui a rédigé son dernier ouvrage d’une plume trempée dans l’encre de la passion. Certaines de ses réflexions feront cependant grincer des dents tous ceux qui tirent profit des impasses de notre société et tous ceux qui entretiennent la peur et le fanatisme.

Cité dans ce billet :



Vous pouvez vous procurer « L’OR D’ALEXANDRE », éditions H&O, dans votre librairie habituelle et sur le site des éditions H&O.


Un coffret CD magique ! Evgeny SVETLANOV


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Par ces temps de restrictions, de peau de chagrin du porte-monnaie, et d’ombre de la récession planant sur notre petite planète, on peut encore découvrir et acheter un coffret de disques sans trop se serrer la ceinture ! Il est vrai que la culture est la première victime de ces crises boursières : que de gratte-ciel de gros sous en or s’écroulent et ne ressemblent plus qu’à des boutons de culotte ou des pièces de cuivre... Que faisons-nous alors, si ce n’est préserver vaille que vaille nos assiettes de petits capitalistes. Sorties, théâtres, opéras, livres, expositions, disques, en prennent un sérieux coup dans l’aile !

Cependant, grâce à des maisons de disque comme Brilliant Classics, le « choc » reste à la musique et non au portefeuille !

Trois étoiles pour "une mélancolie arabe" d’Abdellah Taïa


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« La mélancolie est une maladie qui consiste à voir les choses comme elles sont. », Gérard de Nerval

 
Abdellah Taïa est un jeune homme d’origine marocaine de 35 ans, qui est déjà l’auteur de plusieurs ouvrages (voir bibliographie en fin d’article). Il est né à Salé en 1973, ville crée par les romains et qui a été longtemps la grande concurrente de Rabat, notamment par l’attrait culturel et religieux que cette ville a su garder.

Depuis 1999, Abdellah Taïa vit cependant à Paris où il a fait des études sur la peinture avec un doctorat sur le peintre français du XVIII° siècle : Jean Honoré Fragonard. Il a également enseigné, notamment à l’étranger. Il a choisit d’être un auteur marocain de langue française, mais un auteur témoignant de sa sensibilité gay sans renier toutefois ses origines et sa culture arabe initiale.

Il se trouve ainsi placé à un carrefour étonnant mais offrant de riches et fécondes possibilités : entre les fruits de notre culture et les chaudes couleurs de son Maroc natal.

Cet auteur manie la langue française à merveille de façon très claire, sobre, directe et touchante. Son dernier roman est un vrai coup de cœur que je voulais vous faire partager : « Une mélancolie arabe », aux éditions du Seuil.

En effet, quel joli style fait de phrases courtes, avec un goût prononcé pour les mots justes, les analyses pertinentes ! L’émotion contenue est presque délivrée sous forme de poème en prose. Abdellah Taïa nous offre un roman très attachant, écrit à la première personne, où le « Je », par rayonnement, finit par devenir « nous ».

Ne cherchez pas dans ce roman des structures compliquées, des histoires à tiroirs, des parcours extérieurs qui agrément la fantaisie mais finissent par tuer l’essence même de la narration. Il n’y a ici, de façon très classique en fait, et très concise, que le narrateur et nous ! Le roman est ainsi d’une grande limpidité, il ne se lit pas, il se goûte et se dévore. Il est bien difficile de le laisser pour le reprendre, car il nous tient dans ses filets de mots, d’émotions et de sensualité.
Ce livre est effectivement un vrai plaisir : il nous fait découvrir un monde arabe fait de finesse, de beauté, d’élégance, d’humanisme et cette même courbe d’horizon rejoint le style dont je vous parlais plus haut.

Loin des jeux tarabiscotés des plumitifs en mal d’innovation et de tous les imposteurs qui forment la cour des miracles de la littérature d’aujourd’hui, il est bon de goûter à cette oasis littéraire et de recevoir comme une leçon de français…nous qui sommes souvent oublieux de notre propre langue…

L’histoire commence dans son enfance et son adolescence et chemine dans sa vie d’adulte à travers les rencontres et les impressions qui en résultent. Les moteurs de ce livre sont la tendresse et l’amour, l’interrogation face à ceux que l’on croise et qui bouleversent nos vies : celui qui ne sait pas aimer, celui qui reste un adorable rêve, comme celui qui aime en détruisant presque l’objet de son amour !

Ici il est question de don de soi. Abdellah Taïa n’aime pas à moitié : il décrit de façon instinctive l’accroche des cœurs et des corps, la dépendance de celui qui aime et qui se livre totalement.
« Aller vers sa peau, son odeur, son crâne rasé, ses cigarettes, ses yeux andalous, sa petite taille, son sourire timide et gourmand, son prénom, Javier, le dire devant lui en secret, l’appeler par ce nom, le remplir de sens, de nous deux. »

Cet acte d’amour enclenche également d’autres réactions, ne serait-ce que dans le domaine de la religion ou des positions « politiques », n’oublions pas qu’il est d’origine marocaine et a parcouru le monde arabe.

Ainsi, être gay et vouloir le vivre sans contrainte donne le goût de la liberté. Se retrouver du côté des « opprimés » conduit également à la possibilité de réfléchir sur d’autres opprimés. La distance salvatrice prise avec la société arabe donne lieu à une autre lecture du monde :

« Quant à moi, jaloux, en colère, mécréant, depuis ce jour là j’ai commencé sérieusement à douter de l’existence de Dieu. A douter de lui et des autres. »
« Tout ce qu’on m’avait dit, inculqué malgré moi, s’est tout d’un coup évaporé. Il ne restait que l’homme. Une femme. Comme moi. Pas de différence. » (sur une femme juive qui le sauve)

Ce livre est donc riche des confidences de l’auteur sur son propre parcours, comme sur le monde arabe d’où il vient. Cette mélancolie arabe, titre du roman, est le résultat d’une forme de maturité et de clairvoyance face à son propre destin. Non, le monde ne sera plus jamais le même : séparation avec l’enfance, avec sa famille, avec ceux que l’on a aimé jusque dans une expérience de « folie » et d’abandon de soi ! Mais ceci permettra aussi la rencontre avec une force créatrice extraordinaire : celle de l’écriture !

La dernière partie du livre est consacrée à une longue lettre, on pourrait presque dire une « épître », car elle dépasse son destinataire principal. Elle est d’ailleurs autant nécessaire à son auteur qu’à tous ses lecteurs, qui sont invités à participer à cette prise de conscience, à cette connaissance de l’amour, et à cet absolu à atteindre :

« (…) dire tout, révéler tout et, un jour, écrire tout. Même l’amour interdit. L’écrire avec un nouveau nom. Un nom digne. Un poème. »

Cité dans ce billet :


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Bibliographie :





Coup double, entre musique anglaise et poésie persane


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Si la culture ne s’étale pas comme de la confiture sur une tartine, bien que certaines personnes aient l’art de nous la « tartiner » à plaisir, elle offre parfois la possibilité de faire coup double ! C’est à dire de toucher deux domaines a priori différents comme la musique et la poésie ou la littérature et la peinture, « La course à l’abîme » de Dominique Fernandez, roman basé sur la vie du Caravage, en reste un bon exemple.

Aujourd’hui mon coup de cœur est justement un coup double, je vous propose en effet de découvrir un compositeur anglais, peu connu en France, et un poète persan, peu être à peine plus connu, à travers une œuvre originale et attrayante !
L’un s’appelle Sir Granville Bantock (né et mort à Londres, 1868-1946) compositeur et auteur de nombreux poèmes symphoniques et lyriques, l’autre Omar Khayam * (né et mort en Perse, 1048-1131- ?) poète et mathématicien, auteur des fameux « rubaïyat » ou quatrains, c’est à dire de poèmes condensés en quatre vers. La littérature connaissait déjà ces formes d’expressions « miniaturisées » avec les épigrammes ou les haïku japonais.
Sir Granville Bantock était un homme curieux de tout et d’une grande richesse d’inspiration. Il faisait partie de ces compositeurs qui à la fin du XIX°siècle et début du XX° siècle donnèrent des œuvres avec des orchestrations monumentales à la façon de Richard Strauss ou de Richard Wagner. Il possédait en outre un éclectisme digne de Pierre Loti, où légendes, goût de l’orient et de l’antiquité se mêlaient allègrement pour produire des œuvres originales et chatoyantes, assurant un vrai dépaysement.

Mais les critiques de l’époque, et ceux qui suivirent, reprochèrent à Bantock, comme à tous les compositeurs de sa veine, de n’être pas assez innovant… Nous savons, nous, jusqu’où l’innovation a pu aller, et tout compte fait aujourd’hui on redécouvre pour notre plus grand plaisir ces compositeurs à l’imagination riche et audacieuse. Il s’inscrit notamment dans la lignée des grands compositeurs qui plus tard donneront le meilleur d’eux-mêmes dans les productions cinématographiques.

Il faut saluer à ce niveau le travail de recherche et de restauration autour de son œuvre accompli par le chef d’orchestre anglais Vernon Handley. Ainsi, vous trouverez dans la maison d’édition Hypérion de remarquables œuvres orchestrales dirigés par ce chef d’orchestre : « Hebridean symphony », « Fifine at the fair », « Sapphô » etc. Et chez Chandos les fameux chants d’Omar Khayyâm qui nous intéressent aujourd’hui.
Il s’agit en fait d’un oratorio que l’on pourrait qualifier de profane (comme certaines œuvres écrites par Haydn, Schumann ou Orff) d’environ 2h50 mn, dont le livret est basé sur les quatrains d’Omar Khayam qui fut traduit en anglais par Edward Fitzgerald en 1859. Ce livre connut d’ailleurs un grand succès en Angleterre à la fin du XIX° siècle.

Solistes et Chœurs, soutenus par une musique nuancée d’une grande délicatesse avec des envolées romantiques, le tout ayant une facture très moderne, chantent les « rubaïyat » d’Omar Khayam. Il est toujours difficile de faire des rapprochements avec tel ou tel compositeur mais je trouve qu’il peut rappeler l’univers sibelien.

Quant au poète persan, Omar Khayam, je considère qu’il est d’une grande modernité dans sa pensée comme dans son expression même avec l’utilisation d’une structure poétique concise. Certes, il a donné lieu à des interprétations très différentes, mais on ne prête qu’aux riches ! Si Bantock n’a pu que se fonder sur la traduction à la mode à son époque, celle d’Edward Fitzgerald, nous avons aujourd’hui plus de recul, à travers les études de ses écrits et les recensions réalisées, pour approcher de façon plus juste la pensée de ce grand poète arabe.
Mathématicien, astronome et poète, il apparaît comme un homme libre qui refuse le joug de la religion et le joug politique ! Dans un monde qui pour lui n’a pas grand sens il propose de vivre le moment présent de la meilleure façon : glorifiant le vin, la poésie et l’amour ! Ses chants sont mélancoliques mais il ne s’apitoie pas sur son sort, il reste de façon lucide un homme de sciences, conscient de ses limites, qui utilise les attraits de la poésie pour délivrer sa vision d’un univers qui n’a rien à faire des agitations humaines.

Les « rubaïyat » d’Omar Khayam, offrent ainsi, dans une économie de vers et une concision de formule mathématique, l’expression de la terrible fragilité humaine devant l’éternité ! Cependant, il ne s’agit pas que d’impressions ou d’images bien trouvées ; ces quatrains nous acheminent vers une véritable réflexion philosophique.

Voici 4 extraits tirés du très beau livre « Les chants d’Omar Khayam », Sadeg Hedayat, traduction de Farzaneh et Malaplate, aux éditions Corti, 1993 :

« Ces illustres savants, ces maîtres, ces dervis,
« Ces lumières au rang des tout premiers admis
« N’ont jamais traversé la nuit, atteint le jour :
« Ils n’ont que fabulé, puis se sont endormis. »

* * * *
« O juge, plus que toi je suis consciencieux,
« Tout ivre que je sois, le plus sage des deux.
« Tu bois le sang humain, moi celui de la vigne…
« Sois juste et dis lequel est le plus dangereux »

* * * *

« Chaque atome trouvé sur le bord du chemin
« Fut soleil rayonnant, étoile du matin.
« Brosse donc sur ta manche humblement la poussière :
« Un beau visage est là, caché dans chaque grain. »

* * * *

« De croire à blasphémer qu’y a-t-il ? Un soupir.
« Entre la certitude et le doute ? Un soupir.
« Ce précieux soupir, tires en jouissance,
« Car notre vie aussi s’achève en un soupir. »

Cité dans ce billet :


* * * *
* * * *
Notes : on trouve les orthographes suivantes : Omar Khayyâm ou Omar Khayam coffret de 3 cd chez CHANDOS, 2008 : Bantock – Omar Khayyâm- direction Vernon HANDLEY (à partir de 21 euros selon les sites marchands) Pour sa discographie voir le site de la Bantock society : http://www.musicweb.uk.net/bantock/- « Les chants d’Omar Khayam », Sadeg Hedayat, traduction de Farzaneh et Malaplate, éditions Corti, 1993, 15 euros.

Les neufs cases de l’homo-sapiens !


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C’est bien connu les chats ont neuf vies ! Ce que l’on ne soupçonnait pas c’est que nous, sacrés humains, nous avons 8 intelligences, voire bientôt neuf ! ! ! Il y a de cela vingt ans Howard GARDNER, professeur à l’université du Massachusetts (Graduate Scholl of Education ), a définit que notre intelligence n’était pas formé d’un seul bloc mais de 7 intelligences distinctes et aujourd’hui il en découvre une huitième et dans la foulée une neuvième encore à l’étude toutefois !



Chacun sait que l’on peut être nul dans tel domaine et brillant dans l’autre ! Ainsi, le bons sens populaire a depuis longtemps crédité ce concept en reconnaissant par exemple des talents particuliers à tel enfant afin de l’orienter dans le choix de sa vie professionnelle : « Oh Madame Lise qu’il est doué pour le modelage votre fils ! Il va reprendre l’atelier de son père à Vallauris ? Et ainsi de suite…Un autre exemple : si les gays aiment bien le genre « caillera » c’est qu’ils savent en général que ce sont de bons amants mais pas forcément de bons philosophes ou de bons danseurs classiques...


Avec Howard Gardner nous apprenons officiellement que nous fonctionnons avec un manège de 8 cases d’intelligence bien différenciées : langagière, logico-mathématique, spatiale, musicale, kinesthésique, interpersonnelle, intrapersonnelle et en dernier naturaliste !


Faisons un rapide petit tour sur ces chevaux de bois de notre manège cérébral en donnant des exemples pour chaque intelligence :


1.langagière = professeur, journaliste, romancier, poète...
2.logico-mathématique = technicien, mathématicien, ingénieur...
3.spatiale = architecte, concepteur, sculpteur...
4.musicale = musicien, chef d’orchestre, compositeur...
5.kinesthésique = danseur, athlète, toute personne habile de ses mains ou de son corps...
6.interpersonnelle = politicien, commerçant, enseignant, toute personne en contact avec d’autres...
7.intrapersonnelle = représentation fidèle et précise de soi...
8.naturaliste = chasseur, pêcheur, zoologiste...


Une autre intelligence est comme je vous le disais actuellement à l’étude, il s’agirait de l’intelligence existentielle, ce qui porterait à neuf (comme les 9 Muses dans la mythologie grecque !!!) le compte total de notre puzzle mental d’homo sapiens !


L’intelligence existentielle = c’est celle du philosophe et de tout humain qui se pose des questions sur soi et sur la vie...

On imagine que certains, notamment des Léonard de Vinci et des Michel-Ange, ont su combiné plusieurs de ces intelligences de façon extraordinaire ; ils sont devenus des « génies » reconnus depuis des siècles et des références en matière d’intelligence ! On voit également combien l’homme moyen est éloigné de cette plénitude de la connaissance : son cerveau ressemblant plutôt à un gruyère et non à un super réseau aux neuf temples du savoir !
En tout cas ces « intelligences » ne me semblent pas se trouver dans un déroulement « linéaire » placées les unes après les autres, comme autant de marches, mais peut-être dans une juxtaposition de moments donnés et selon les contextes du quotidien : celui du travail, de la famille, des amies, de l’ami(e), des sorties, de la sexualité, de la création etc.


Nous avons peut-être autant d’intelligences que de facettes à nos personnalités, à chaque masque son intelligence en quelque sorte ce qui laisse entrevoir d’étonnantes possibilités créatives, encore fallait-il s’en rendre compte !

Petite question : combien de cases d’intelligence peuvent avoir les gays et les lesbiennes ? Je vous laisse réfléchir à cette question, il faut déjà mettre de côté ceux qui continuent de chanter « bang bang » de Sheila, les inconditionnels de M. Farmer, les fana des grandes signatures de la mode masculine, qui forment un bataillon bien plus nombreux que les espaces publicitaires des abribus de JC Decaux, et les inconditionnels des déhanchements sur la techno et autres dérivés musicaux qui mixent l’intelligence spatiale, musicale, kinesthésique et interpersonnelle !!! Je vous le dit on n’a pas finit de compiler ces mélanges spirito-neurono-comportementaux !


Une dernière chose me gène : avec huit intelligences, comment peut-on s’appuyer sur les sept piliers de la sagesse ? Et avec neuf, cela se complique encore plus ! Serait-ce le côté tragique humain : on a beau être intelligent on manque trop souvent de la plus simple et plus banale sagesse !



Cité dans ce billet :
 

Wikipédia : "(Howard Gardner) travaille à l’origine sur les lésions cérébrales et leurs conséquences et comme le professeur Damasio et Olivier Sacks, il demeure étonné de constater que des malades privés d’une faculté intellectuelle bien précise sont parfaitement capables d’assumer autres. Il travail sur la population qu’il nomme "les idiots savants" : Souvent autistes, ces individus sont capable de reproduire exactement un concerto pour piano après une seule écoute par exemple. Il en conclut qu’il doit y avoir des formes différentes d’intelligence, indépendantes les uns des autres dans la mesure où lorsque certaines sont détruites les autres ne sont pas affectées."
Howard Gardner a publié : Les Formes de l’intelligence, Les Formes de la créativité et Les Personnalités exceptionnelles.

Bareback 16


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L’Eglise Catholique s’est construite sur deux piliers principaux : la haine du corps et le dolorisme. Chose surprenante on ne retrouve pas, selon moi, ces goûts morbides dans les Evangiles ou Jésus apparaît proche du peuple et des personnes qu’on pourrait qualifier de « marginales » selon les critères bourgeois ! Il semble préfèrer dîner avec les hommes et femmes « branchés » de son époque plutôt que d’écouter les « sépulchres blanchis » qu’il dénonce et qui représentent la bonne société toujours prête à lapider, honnir et juger de façon hypocrite ceux qui osent braver les postures convenues...

Malgré Vatican II, l’Eglise n’est pas sortie de ce sillon qui ressemble plus à une tranchée tragique de la guerre de 14 qu’à une ligne morale compatible avec le référent essentiel qui est Jésus, référent primordial et curieusement abandonné au profit des Paul, Augustin, Thomas, et j’en oublie, qui forment la cohorte des docteurs Diafoirus de l’Eglise...

Pourfendre la chair, pousser les hommes et les femmes à renier leur corps, est l’objectif sans cesse renouvelé des prélats en habits rouge ou blanc qui président à la destinée de cette secte florissante. Longtemps cette spiritualité morbide a recherché la mort ou la souffrance comme les premiers "martyres" de l’Eglise ou tant de "Saints" et de "Saintes" à travers son histoire...

D’autres philosophies à travers le monde on su trouver une harmonie entre corps et esprit. Avec le catholicisme s’est instauré un malaise constant, absurde et illogique, entre esprit et corps, pourtant l’un ne va pas sans l’autre sur cette terre... Lorsque nous serons de purs esprits, il me semble qu’il sera bien temps de se comporter comme de purs esprits ! Il paraît en effet hautement ridicule et malsain d’être autre chose que ce que l’on est d’abord, c’est à dire des hommes et des femmes façonnés dans la terre et pour la terre. A chaque « passage » suffit sa peine, si j’ose dire, nous connaissons le monde matériel aujourd’hui, ne sautons pas les étapes celui d’après viendra suffisamment vite, s’il existe...

Les homosexuels qui prônent simplement l’épanouissement de chacun dans sa sexualité et dans le respect de la sensibilité que la Nature ou Dieu nous a donné, sont vivement combattus ! Mais l’Eglise ne s’arrête pas là, et sont vivement combattus de même : la contraception pour les femmes, à l’intérieur ou à l’extérieur du couple, l’avortement, avec l’illustration ahurissante de l’excommunication de cette petite fille brésilienne de neuf ans violée et enceinte (et qui a avorté), et le préservatif avec le consternant leitmotiv de sa condamnation ! Peut-on imaginer la situation en Afrique, continent ravagé par le Sida depuis des lustres et où l’accès aux soins n’est possible que pour un quart des individus...
Le dolorisme du XXI°siècle c’est donc de dire aux gens : allez et contaminez-vous ! Multipliez les souffrances inutiles, les contorsions du corps et de l’esprit, quand la morale devient quotidiennement une couleuvre à avaler ! Décidément, après l’intransigeance maladive de JP II, et les hypocrisies précédentes, Benoit 16 est en passe de devenir le premier Pape Bareback de l’histoire !

Boire du petit lait avec "MILK’ !


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2009 a été une année exceptionnelle pour le cinéma ! Il y a des millésimes fabuleux pour le vin et il semble y en avoir aussi pour le septième art !


Tout l’intérêt du cinéma est de provoquer en nous réflexions, prises de conscience, et une forme d’exaltation ou d’enthousiasme qui nous enlève de notre quotidien pour nous propulser dans une autre dimension et dans deux principales directions celle du rêve ou celle d’une autre réalité, d’une autre vie.

C’est le cas avec le film de Gus Van Sant « Milk » qui nous parle de l’histoire d’Harvey Milk (1930-1978) et notamment de son parcours politique quand il refuse dès 1972 d’être considéré comme un sous-citoyen américain à cause de son homosexualité. Il faut dire que, depuis le début de sa vie, le parcours d’Harvey Milk n’a pas été « tout rose » : d’origine juive et doté d’un physique « ingrat » il a du être confronté directement aux railleries et discriminations malheureusement « habituelles » ; première approche amère de cette « différence » vis à vis des autres...

Harvey Milk toutefois ne s’est jamais enfoncé dans une sorte de fatalisme paralysant : il bifurque plusieurs fois dans sa carrière professionnelle, prend des routes bien différentes entre marine, théâtre et photographie, change également d’Etat et déboule à San Francisco au début des années soixante-dix ! Que serait Castro street sans Harvey Milk ? Sans doute un nom banal de rue comme il y en a des milliards sur terre, mais lui a su lui donner une âme, une lumière et une visibilité dans l’histoire des droits LGBT.

Le film de Gus Van Sant se lie aux images d’archives, il s’écrit et se réécrit dans la réalité de la vie homosexuelle américaine de ces années décisives, véritable tournant sociétal comme mai 68 a pu l’être également. Je pensais jusqu’alors, certes naïvement, que les soulèvements de Stonewall (1) aux USA avaient à eux seuls modifié la donne et que l’homosexuel était passé du rôle de paria à celui d’un citoyen lambda, certes haut en couleurs, qui reprenait une place que la société bien-pensante et chrétienne lui avait ôté de façon scandaleuse depuis fort longtemps.

Le film démontre bien que l’histoire fut plus compliquée que cela et que si les USA possèdent une monumentale statue en bronze de la Liberté ils sont loin d’avoir eu dans leurs neurones la même place pour appliquer ce concept et ce droit à tout un chacun : les noirs, les indiens et les gays en ont fait l’amère expérience…

« Milk » est l’illustration, brillantissime, d’une quête de la Reconnaissance et de la Liberté. Le film raconte l’histoire d’un homme qui dit NON, qui refuse d’être un mouton de Panurge, qui refuse d’être étiqueté par les autres et réduit à une image qui n’est pas la sienne, qui refuse d’être muet et esclave d’un système aliénant, qui refuse de rester courbé, peureux, sous le poids abject d’une morale délirante.

En cela il me rappelle l’Homme Révolté de Camus devant l’absurdité d’un système. Il est celui qui refuse de fuir, qui se relève, qui fait face, qui harangue, qui clame aussi ce qu’il est de façon courageuse et sans détour. On parle de provocation insensée, mais qu’est ce que la provocation sinon la réaction épidermique d’une société qui croit se bâtir en s’enfermant dans des mythes (étymologiquement mensonge) et des idées préconçues !

Dans ce domaine la figure d’Anita Bryant (2), qu’on ne voit à l’écran que par des extraits des actualités de l’époque, agit comme un ectoplasme noir, l’ombre de l’homophobie irascible, de tous ceux qui, absolument convaincus d’agir au nom de Dieu, se sont permis de juger et de tuer.

Le film nous offre bien deux visages : la Liberté et le Soufre, celui d’Harvey Milk, joué admirablement par Sean Penn, et celui de cet ange du mal représenté par Anita Bryant elle-même. L’un amène le mouvement et la vie, la reconnaissance et la prise de conscience, l’autre l’enfermement et le rejet dans un discours qui dérape entre considération familiale et religion, les deux trous noirs de la société car l’une et l’autre font référence à un idéal aussi inexprimable qu’incernable et surtout inexportable en dehors de soi !

La révolte est une des dimensions essentielles de l’Homme disait Camus, il écrivit aussi « Je me révolte donc je suis ». C’est très exactement ce qu’on retrouve dans ce film : l’identité vient du refus de plier devant des lois scélérates, elle vient aussi dans le coming-out et la nécessité vitale et absolue de dire ce que l’on est face à une mutilation de l’individu dans son essence même, dans l’Etre par rapport au Non Etre que représente le poids de ces lois iniques portées par une société sous le charme des faux-prophètes. Harvey Milk nous invite à devenir des acteurs de ce mouvement, des acteurs qui s’affirment et qui jouent leur rôle sans honte et sans regret délaissant les clichés morbides.

Au-delà des gays, lesbiennes et transgenres, le film raconte une sorte d’épopée moderne ancrée dans le réel pour l’obtention du droit à Vivre et à Etre. Martin Luther King, Gandhi firent de même pour d’autres droits, cependant leur chemin offre bien des similitudes !

Je parlais en début d’article d’une saison riche en films intéressants, permettez-moi de citer aussi « Les Insurgés », film d’Edward Zwick, qui raconte la Révolte authentique des frères Bielski face à la monstruosité nazie durant la seconde guerre mondiale. Nous sommes dans ce film plongés dans l’univers des persécutions raciales du troisième Reich qui conquiert l’Europe de l’Est. Loin de se laisser tuer ou mener au ghetto avant une mort certaine, ces hommes et ces femmes sous la houlette de Touvia Bielski, vont arriver à survivre, à se battre de façon surhumaine et à trouver le chemin de leur liberté !

Décidément l’Homme Révolté est à l’honneur dans le cinéma actuellement !


Notes :

1-Les émeutes de Stonewall célébrées sous le nom de Christopher Street Day (CSD) furent une série de conflits violents entre d’une part les homosexuels et les transgenres, et d’autre part les forces de police de New York. La première nuit d’émeute eut lieu le 28 juin 1969, après une descente de huit policiers dans le « Stonewall Inn », un bar gay situé sur Christopher Street, au cœur du Greenwich Village. Stonewall est souvent considéré comme le tournant du mouvement de demande d’égalité des droits homosexuels. (Wikipedia)
2-Anita Jane Bryant est une chanteuse américaine qui a aussi tourné dans une serie de spots publicitaires vantant le jus d’orange de Floride. Elle est surtout connue pour avoir mené une campagne à Miami dans le milieu des années 1970 pour abroger une ordonnance locale interdisant toute discrimination basée sur des critères de préférences sexuelles. Les propos qu’elle tint lors de cette campagne furent à l’origine de la première manifestation homosexuelle ayant eu lieu à Paris, le 25 juin 1977. (Wikipédia)


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